Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour février, 2016

Le Mal des fantômes de Benjamin Fondane

Posté : 18 février, 2016 @ 7:56 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le Mal des fantômesGenre : Poésie

Editeur : Verdier (poche)

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 260

Synopsis : « De tous les poètes ses contemporains, pas un, ni même ceux qui ont été dans la Résistance, pas un n’a écrit la révolte et le goût de vivre mêlé au sens de la mort comme Benjamin Fondane. Sa situation de fantôme lui-même, y est sans doute pour quelque chose : un émigrant de la vie traqué sur les fleuves de Babylone. Contre les dualismes de la philosophie, il est dans le continu de la vie à partir du poème et du poème à partir de la vie. Par là il est présent. » Henri Meschonnic. Ce volume regroupe sous le titre Le Mal des fantômes les cinq livres de poèmes écrits en français, suivant le désir exprimé par Fondane dans la lettre qu’il a pu faire parvenir à sa femme du camp de Drancy où il fut interné du 14 mars au 30 mai 1944.

 

Avis : Je dois étudier ce livre du point de vue Poésie / Politique / Histoire. Je trouve cette façon d’étudier la littérature très intéressante, et cela me permet aussi d’approfondir ma culture, quasi nulle en poésie du XXe siècle.

Avant de lire ce recueil, il faut connaître son contexte : l’auteur est un Juif qui s’est installé en France, mais qui n’échappe pas à l’antisémitisme nazi pendant la Seconde Guerre mondiale ; il sera emmené à Auschwitz-Birkenau pour y être gazé. A travers ses poèmes, on peut sentir le déracinement constant du peuple juif, le rejet dont il est l’objet, le besoin de trouver une terre accueillante où les Juifs puissent être des hommes comme les autres, la cruauté de l’histoire et de l’Humanité, le sentiment de perte, la mort constante qui les environne, le scepticisme face à un Dieu qui semble les avoir abandonnés, la souffrance d’être traités comme des hommes différents, et même l’affirmation qu’ils sont des hommes, parce que certains l’ont oublié ! Ce recueil dégage énormément d’émotion : on sent vraiment, dans le choix des mots, dans la façon d’écrire les vers, de les déstructurer parfois, la colère ou la souffrance. J’ai souvent eu les larmes aux yeux en lisant certains vers particulièrement forts : mon livre est parcouru de traits de crayon pour marquer les endroits où ils se trouvent !

Petit point sur la structure : le recueil est composé de cinq parties. Tous tournent autour de thèmes récurrents : la nature, l’eau (le fleuve, la mer), la neige, le voyage, l’exil, le bateau, la souffrance. Les poèmes sont parfois adressés, au lecteur, à la nature, à Dieu, aux hommes, au peuple juif. La première partie, « Ulysse« , évoque le voyage par des références mythologiques, en montrant le contraste entre le peuple juif, qui ne peut pas retourner dans sa patrie, et Ulysse, qui la retrouvera à la fin de son voyage. La seconde, « Le Mal des fantômes » reprend les thèmes récurrents pour les appliquer au contexte de guerre. « Non-lieu » est un texte métalittéraire où l’auteur parle de sa façon d’écrire le poème. La troisième partie s’appelle « Titanic » : encore des références, cette fois littéraires et historiques, montrant un espoir vague qui ne mène à rien dès le titre : celui d’un bateau qui coulât. « L’exode, Super flumina Babylonis » est le titre de la quatrième partie. La « Préface en prose » est très forte : l’auteur s’adresse aux hommes pour leur faire comprendre que lui aussi est un homme, un visage parmi les visages, et que, quand il sera mort, le poème perdurera après lui : il leur demande de se souvenir de son innocence … Cette partie est sans doute la plus bouleversante. La dernière, Au temps du poème, évoque la poésie et la littérature à travers les couples Tristan/Yseult et Pâris/Hélène. Le poète semble également se demander l’intérêt du poème ici, son utilité. Un poème s’appelle même « Refus du poème » : la vie ne semble plus poétique au vu des horreurs que l’homme a sous les yeux., ce qui résume bien le ressenti général dans le recueil : le poète s’excuse presque d’écrire dans un de ses poèmes !

 

En définitive, un excellent recueil, fort en émotions, qui nous fait voir la Shoah de l’intérieur, à travers des vers forts qui submergent le lecteur.

En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

Posté : 17 février, 2016 @ 9:44 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

En finir avec Eddy BellegueuleGenre : Contemporaine

Editeur : Points

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 204

Synopsis : « En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre. »

 

Avis : J’étais un peu intriguée par ce livre ; pas mal de gens m’en ont parlé en me disant qu’ils avaient beaucoup aimé, d’autres en me disant qu’ils avaient détesté. Je me suis alors lancée !

Et je dois dire que je fais partie de la deuxième catégorie ! D’abord, je pense qu’on ne peut pas rester indifférent face à ce livre, mais aussi, qu’il nous place entre deux extrêmes : soit il nous touche, et on « aime » (même si le terme ne s’applique pas ici), soit on déteste. Je dois aussi dire que j’avais des petits a priori après une conversation sur ce livre avant même de le lire … Mais je voulais me faire ma propre opinion ! Le style d’écriture m’a semblé assez froide, ce qui ne fait qu’accroître le malaise que ressent le lecteur face à ce que le narrateur nous raconte : on dirait presque l’analyse de l’enfance, un retour en arrière sur elle avec les yeux d’un jeune homme qui la juge. Quant à l’histoire, dès la première phrase, elle donne le ton : « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux ». En effet, le narrateur va nous raconter une enfance malheureuse, sale, triste, déprimante, qui l’a forgé en opposition totale avec sa famille : il est homosexuel, et personne dans son village ne peut le supporter. Je m’attendais au choc de la discrimination homosexuelle, à sa violence, à son horreur, et tout cela est bien présent. Souvent, j’ai ressenti un sentiment de dégoût profond pour cette homophobie que je rejette complètement : les scènes d’agression sont horribles à lire, encore pire avec la façon d’écrire de l’auteur. Et pourtant, j’ai souvent eu des impressions d’exagération et de caricature, de malaise et d’agacement. D’abord, l’histoire se passe en Picardie, dans le Nord de la France, et j’ai trouvé que le livre était bourré de clichés sur ces régions : alcool, violence, misogynie, ciel gris et déprimant, briques rouges que l’on déteste parce qu’on les voit tous les jours ; les autres régions, les autres pays sont exemptés de tout ça ? J’ai eu une impression de surcharge qui m’a énervé. Puis, la façon dont l’auteur parle de ses parents ; j’ai trouvé qu’il les rabaissait sans cesse, comme s’il se vengeait, j’ai eu l’impression d’un règlement de compte, c’était assez gênant d’y assister. Le petit « moins » qui m’a complètement fait basculer : l’auteur parle des Tupperware que sa mère prépare à son père en employant le terme de « gamelle », une occasion pour le comparer à un animal : j’ai trouvé que c’était le summum de l’exagération ! Qui ne prend pas de « gamelle » quand il ne peut pas manger dans une cantine, une cafétéria ou à l’extérieur ? Cela ne fait pas de nous des animaux ! C’était la goutte de trop.

Concernant les personnages, le narrateur m’a à la fois apitoyé et agacé ; il souffre de la discrimination dont il est l’objet, et il tente, comme Mishima dans Confession d’un masque, de se conformer à ce que les autres veulent qu’il soit. Le malaise ressenti à la lecture de ce livre est parallèle à celui-ci : le masque, les désirs sexuels refoulés qui ne se font ressentir que plus intensément. Enfant, le narrateur se sait différent, et les autres aussi : ils se moquent de lui derrière ET devant lui, et la violence dont il fait l’objet à l’école est révoltante ! Il semblerait que les amis se fassent rares, et pourtant, le narrateur dit en avoir. En réalité, ici, seuls les mauvais moments sont évoqués, mais, le lecteur peut avoir l’impression que derrière cela se cache quelque chose d’autre : des amies dont le narrateur ne parle pas, qu’il mentionne une fois. La résistance du narrateur fait peine à voir, son sourire donne des frissons, et sa détermination, comme celle de Mishima, à porter un masque pour être comme les autres attriste et montre la détresse de l’enfant. Pour les autres personnages, ils sont tous vus à travers les yeux du narrateur, donc toujours subjectivement. Le père est assez ambigu : d’un côté, il ne frappera jamais sa famille, de l’autre, il terrifie son fils. Il est une convergence des clichés sur la région du Nord : alcoolique, « un dur », autoritaire, qui ne pleure pas parce que, les vrais hommes, ça ne pleure pas, qui ne dit pas qu’il aime, et qui le montre parfois de façon maladroite. Je n’ai pas aimé ce personnage, mais il m’a parfois fait de la peine : il veut lui aussi entrer dans un moule, celui de « l’homme viril », un modèle de force et d’autorité, que personne n’oserait défier, alors qu’il a lui aussi des sentiments qu’il va laisser paraître à deux reprises. La mère est femme au foyer, et ne semble pas ressentir l’amour maternel de façon conventionnelle ; le narrateur en parle à certains moments. Elle se vante – comme le père – de choses dérisoires pour cacher la misère dans laquelle elle vit. Elle tente aussi de protéger ses enfants, mais aussi de faire en sorte que son fils soit comme les autres. En réalité, le narrateur présente ses parents comme des gens fiers de pas grand-chose, encore une façon de les rabaisser. La sœur est un peu effacée, mais toujours conforme aux « mœurs » du village, elle entre parfaitement dans le moule. Sa tentative de rendre son frère « normal » est un peu ridicule, et montre encore la difficulté d’accepter la différence de quelqu’un, même d’un membre de sa famille. Le frère est le stéréotype même du gros dur très lourd, totalement intolérant, jaloux, qui ne pense qu’à cogner quand tout ne va pas comme il le voudrait. Les deux garçons du collège m’ont indigné, comme la majorité des lecteurs je pense, et j’ai trouvé assez étrange qu’il minimise ce qu’ils faisaient par compassion ; j’ai trouvé que ça augmentait encore l’aspect de victime du narrateur. Le lecteur croise d’autres personnages, moins importants que les autres, notamment des filles que le narrateur tente de séduire pour se convaincre qu’il n’est pas homosexuel, Laure et Sabrina.

La fin m’a déçue. Dans l’épilogue, le style d’écriture change complètement, sans doute pour marquer une rupture avec le reste du livre, mais cela m’a encore semblé exagéré. Et la dernière phrase, assez ambiguë, pousse le lecteur à se demander si la souffrance recommence, ou si tout se passe bien à partir de ce moment : il est accepté, tout est différent dans l’établissement où il se trouve. Je penche plus pour la seconde option.

 

En définitive, un roman que je n’ai pas du tout aimé, qui m’a mis mal à l’aise, qui m’a agacé, énervé. Je ne suis pas prête de lire un autre livre de cet auteur !

Flowers for Algernon de Daniel Keyes

Posté : 16 février, 2016 @ 12:44 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Flowers for AlgernonGenre : Science-fiction

Editeur : Orion Books

Année de sortie : 2002

Nombre de pages : 216

Synopsis : Charlie Gordon, IQ 68, is a floor sweeper, and the gentle butt of everyone’s jokes, until an experiment in the enhancement of human intelligence turns him into a Genius. [SPOILER] But then Algernon, the mouse whose triumphal experimental transformation preceded his, fades and dies, and Charlie has to face the possibility that his salvation was only temporary.

 

Avis : Cela faisait un moment que je voulais lire ce livre, et l’occasion m’a été donnée de le faire par une de mes professeurs.

D’abord, je trouve que le synopsis en dit beaucoup trop ! Il gâche dès le début une des surprises du livre : un problème potentiel dans la formule du professeur Nemur. J’étais un peu déçue par cette façon de révéler l’histoire dès le début ! Le suspense est gâché, c’est vraiment dommage ! C’est aussi une façon de prévenir le lecteur de l’émotion qu’il va ressentir tout le long du livre. En effet, c’est très difficile de ne pas se sentir impliqué, tout d’abord avec la méthode d’écriture. Charlie écrit des rapports pour voir l’évolution de ses progrès, et cela donne l’impression qu’il parle au lecteur, que c’est à lui qu’il écrit. L’attachement au personnage est ainsi immédiat, et l’on a envie que ses souhaits se réalisent, on a presque envie de l’aider nous aussi. Autre chose concernant l’écriture : l’auteur nous plonge vraiment dans son livre en nous montrant l’évolution de l’écriture de Charlie ; cela participe à l’émotion que l’on ressent, puisqu’elle montre les progrès du personnage. J’ai eu l’impression, en réalité, que tout contribuait à rendre l’histoire touchante, émouvante, à travers tous les aspects possibles : de l’amour, de l’espoir, de la cruauté, de la naïveté, de l’innocence, puis la perte, le désarroi, les regrets, le manque de temps. Combien de fois les larmes me sont-elles montées aux yeux ?

Comme je le disais, l’attachement à Charlie Gordon est immédiat. Retardé, mais motivé à devenir plus intelligent, il apprend à lire et à écrire, et décide de faire des tests afin de subir une opération pour améliorer son niveau d’intelligence, son QI. Il veut simplement être comme les autres, qu’il voit comme des génies, des êtres supérieurs à lui. Il est profondément gentil, et rit avec les autres de ses bêtises, ne se rendant pas compte qu’en réalité, il se moque de lui. Au fur et à mesure de ses progrès, le lecteur se rend compte que le caractère de Charlie change lui aussi ; il devient tout à fait différent de l’homme que l’on a d’abord rencontré. J’ai trouvé que c’était assez difficile à lire : il se transforme en quelqu’un d’autre, il semble parfois oublier qui il était, grâce à qui il est plus intelligent, et se prend pour quelqu’un de meilleur que les autres parce qu’il est passé par deux stades extrêmes, le retardement et le génie. J’ai eu de la peine pour le personnage tant on finit par ne plus le reconnaître ! A travers ses yeux, on rencontre d’autres personnages : Algernon, la souris savante, à laquelle il finit par s’identifier ; Miss Kinnian, une enseignante qui aide les personnes retardées à apprendre à lire et à écrire, courageuse, patiente, que j’ai beaucoup apprécié, et qui m’a également fait mal au cœur ; Professeur Nemur, qui se prend un peu pour le docteur Frankenstein, qui m’a un peu énervé, et un peu apitoyé, un scientifique qui se prend pour Dieu alors qu’il n’a pas mesuré toutes les conséquences de ses actes ; Docteur Strauss, que j’ai beaucoup aimé, il tente de calmer à la fois le Pr. Nemur et Charlie, et de faire ouvrir les yeux à ce dernier quand il se rend compte qu’il a profondément changé ; Burt, petit laborantin sympathique ; Fay, voisine délurée et artiste, qui va permettre à Charlie, en ne lui révélant rien, de vivre un peu une parenthèse ; Matt, Rose et Norma, la famille de Charlie : j’ai beaucoup aimé le père, qui m’a semblé véritablement aimer son fils, et tenter de le protéger face à sa mère, hystérique, qui veut absolument que Charlie soit normal. La dernière, la fille, m’a dégouté dès le début avec sa façon de traiter son frère, mais une petite surprise nous attend à son sujet (on ne la voit qu’à travers les yeux de Charlie, qui ne peut pas être objectif) ; enfin, ses amis, Mr. Donner, Gimpy, Freddy, Joe Carp, des hommes qui se croient supérieurs à lui parce qu’il est retardé, et donc, leur procure un sentiment de toute puissance (petit rachat à la fin, mais j’ai eu l’impression d’une hypocrisie).

La science est le thème central du livre, et plus précisément, la façon dont elle peut améliorer l’homme, ici, son intelligence. J’ai eu l’impression de lire une version moderne de Frankenstein : le professeur se croit capable de changer le monde, de donner la vie à une créature – car c’est comme cela que Charlie est considéré par le scientifique – et celle-ci doit lui être redevable pour son salut. De nombreuses fois dans le livre, le personnage principal nous explique qu’il était déjà un être humain avant l’opération, quand il était retardé, qu’il n’a pas été créé par le Pr. Nemur, qui, lui, le considère un peu comme Algernon, comme un animal de laboratoire qu’il a rendu humain, comme si quelqu’un de retardé ne l’était pas déjà. C’est aussi pour cette raison que Charlie change : il veut prouver qu’il a toujours été un homme, qu’il a un passé, un futur. La question du bonheur est également centrale : Charlie veut être intelligent pour être comme les autres, et pense que cela le rendra plus heureux parce qu’il pourra avoir des amis et parler de tout un tas de choses avec de nouvelles personnes. Mais l’opération ne le rend pas heureux : elle lui ouvre les yeux sur un nouveau monde, un monde cruel, où on ne rit pas avec, mais de lui. En effet, il se rend compte de la réelle réaction des gens face à son retardement : celle de ses « amis », mais aussi de sa famille, ce qui m’a sans doute le plus choqué. Il a été manipulé, on s’est servi de lui sans qu’il s’en soit rendu compte. En réalité, il semblait bien plus heureux avant l’opération qu’après. Cela pousse ainsi le lecteur à réfléchir : est-ce que, si nos vœux s’exauçaient, nous serions plus heureux ? Est-ce que le bonheur n’est pas déjà là ? Est-ce que l’on n’a pas déjà tout ce qu’il nous faut ? Surtout, est-ce que l’intelligence fait le bonheur ? L’hypocrisie du système scientifique et politique est également montré ici, lorsque Charlie est devenu un génie. Il se rend alors compte que l’on met des hommes que l’on pense être des génies sur des piédestaux, alors que ce sont des hommes ordinaires qui jouent avec les apparences. Il se rend compte qu’il en sait plus que les spécialistes sur leur propre domaine de recherches, s’inquiète et s’énerve de voir qu’en réalité, ils ne savent pas grand-chose de ce dont ils parlent. Cette hypocrisie est compensée par Burt, qui signale que les véritables génies travaillent dans d’autres domaines, comme l’armement. Enfin, la littérature a une place dans ce livre, puisque la soif de connaissance de Charlie le pousse à lire tous les livres qui lui tombent sous la main, et notamment « Dostoïevski, Flaubert, Dickens, Hemingway, Faulkner ».

La fin est triste, comme on peut s’y attendre. On a presque envie d’entrer dans le livre pour protéger Charlie nous-mêmes. Les dernières phrases m’ont achevé …

 

En définitive, un excellent roman de science-fiction, que je conseille à tous, même à ceux qui n’aiment pas ça ! Un coup de cœur !

A Song of Ice and Fire, book 5 : A Dance with Dragons de George R. R. Martin

Posté : 11 février, 2016 @ 12:38 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

A Dance with Dragons Genre : Fantasy

Editeur : Bantam Books

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 1051

Synopsis : In the aftermath of a colossal battle, Daenerys Targaryen rules with her three dragons as queen of a city built on dust and death. But Daenerys has thousands of enemies, and many have set out to find her. Fleeing from Westeros with a price on his head, Tyrion Lannister, too, is making his way east – with new allies who may not be the ragtag band they seem. And in the frozen north, Jon Snow confronts creatures beyond the Wall of ice and stone, and powerful foes from within the Night’s Watch. In a time of rising restlessness, the tides of destiny and politics lead a grand cast of outlaws and priests, soldiers and skinchangers, nobles and slaves, to the greatest dance of all.

 

Avis : J’avais hâte de lire le dernier tome publié de A Song of Ice and Fire, une série qui vaut vraiment le coup d’être lue ! Je me suis lancée après avoir entendu dire que le sixième tome, The Winds of Winter, sortait en mars !

Dès le début, avant même d’entrer dans le roman, l’auteur nous laisse une petite note pour nous expliquer la chronologie de A Feast for Crows et A Dance with Dragons. Les événements des deux livres se passent juste après la fin de A Storm of Swords, il faut donc se souvenir (comme l’oublier !) de ce qui est arrivé dans le troisième tome. Les deux livres se rejoignent à un moment donné, lorsque les personnages du quatrième tome réapparaissent dans le cinquième. Dès cette note, j’ai eu hâte que les événements se recoupent : c’est assez compliqué, dans les livres précédents, de savoir quand se passe quoi, quel événement se passe en même temps qu’un autre. Mais aussi, dès cette note, l’auteur nous annonce que l’on va retrouver les personnages qui n’apparaissaient pas, notamment Daenerys, Tyrion et Jon !

Comme toujours, le prologue met en scène un personnage secondaire – ou inconnu. Il est en relation avec ce qui s’est passé précédemment, mais paraît d’abord minime au lecteur. Toujours, la fin est soit surprenante, soit annonce quelque chose dans la suite du livre, ou de la série. Ici, la scène se passe dans le Nord, et annonce une menace que le lecteur et les personnages connaissent déjà. Avec ce prologue, le livre semble commencer doucement, et pourtant, on sent que le sang va couler ! On lit ensuite directement un chapitre concernant un personnage que l’on attend : Tyrion ! Les aventures qui l’attendent, comme pour Daenerys et Jon, sont palpitantes, et la situation ne cesse de se renverser. Ils sont tous ballotés à travers les pages, alors même que deux d’entre eux sont censés « gouverner ». En parlant de ballotage, si le lecteur a déjà découvert dans sa presque intégralité Westeros, cette fois, il va majoritairement découvrir la mer, ses îles, Valyria et une partie au-delà du Mur : beaucoup de scènes se passent sur des bateaux, en route ou perdus, puissants ou en pleine tempête. Le Mur, son au-delà et le Nord sont également présents. Les villes sont également représentés : Meereen principalement, King’s Landing à la fin, quelques petites villes dans lesquelles des personnages passent. L’impression de voyage constant est donc toujours présente dans le livre, et l’on change assez souvent de climats : la chaleur de Slaver’s Bay, le froid du Mur, l’hiver qui s’installe à King’s Landing ; le lecteur parcourt ainsi un monde entier à travers les mots. Quant au suspense, lui aussi est constant. Tout peut arriver à n’importe qui, le danger menace tous les personnages, grands ou petits, et je me suis souvent retrouvée à avancer de quelques pages tant je voulais savoir ce qui allait arriver ! Les nombreux retournements de situation font vivre le texte : certains lecteurs ont trouvé des longueurs dans le livre, mais l’auteur n’est pas toujours obligé de faire tuer tout le monde pour que l’histoire soit intéressante : certes la mort est présente, mais la réflexion, la stratégie, les hésitations le sont aussi. La guerre est aussi composée de périodes d’accalmie (relative), et le jeu des trônes se joue aussi de façon cachée : tous ne peuvent pas y survivre, tous ne peuvent pas y participer, et le lecteur le sent bien au fur et à mesure des pages. De plus, les nombreuses surprises compensent largement les « longueurs » ! L’écriture, elle, est toujours aussi agréable à lire, même si j’ai retrouvé le même petit bémol que dans le tome précédent : des répétitions un peu lourdes parfois, la même histoire dite par différents personnages, ce qui permet d’avoir le point de vue de chacun, mais ce qui plombe un peu le récit. Rien de trop gênant tout de même, rassurez-vous !

Il me semble que ce tome est centré sur les hésitations des personnages : ils veulent paraître forts, mais leur faiblesse est révélée au lecteur quand ils se retrouvent seuls. Ce jeu de l’apparence est caractéristique des gouvernants, et on sent tout le poids de leur charge peser sur eux dans les moments où ils se trouvent seuls ; face aux autres, ils ne peuvent pas douter, mais en leur for intérieur, rien n’est stable, et ils se demandent constamment s’ils font le bon choix. J’ai vraiment eu mal au cœur pour ces personnages, qui font partie de mes préférés. Ces doutes peuvent les rendre agaçants ; j’ai trouvé qu’ils les rendaient encore plus réels. Le lecteur ne peut que s’imaginer dans leur situation, et se demander ce qu’il aurait fait : là alors, il se rend compte qu’il ne peut pas les juger. Cela fait d’eux des personnages complexes, que l’on peut comprendre. L’hésitation est également présente chez des personnages « secondaires », qui se demandent comment s’en sortir ! En effet, l’horreur est très présente dans le livre, très pesante et parfois difficile à lire : la torture, le sang, les combats, la maladie, l’agonie … Frissons et dégoût en perspective ! De plus, certains personnages évoquent le passé en le réinventant totalement : si certaines choses n’étaient pas arrivées, tant de gens ne seraient pas morts. Le lecteur apprend ainsi de nouvelles choses sur des personnages morts pour la plupart, ce qui donne un nouvel éclairage sur eux. Il peut aussi avoir la même réaction face aux événements et aux décisions prises dans le présent.

On retrouve donc ici Daenerys, mère des Dragons. Sa situation est de plus en plus complexe puisqu’elle est toujours face au même dilemme : rester à Meereen ou rentrer à Westeros. Son choix est impossible à faire, et ce qu’elle vit est lourd à porter pour une fille aussi jeune qu’elle. Ses réactions peuvent paraître agaçante, car elle ne sait pas vraiment ce qu’elle fait, mais on peut la comprendre : entre la mort et la mort, difficile de choisir ! Le jeu des trônes se referme autour d’elle, elle se voit contrainte de prendre des décisions qu’elle pourrait regretter par la suite, et qui vont entraîner malheur sur malheur. Rien que la situation de ses dragons en dit long sur la sienne. De plus, beaucoup veulent sa mort, et elle ne semble pas toujours s’en apercevoir, étant donné qu’elle est concentrée sur les problèmes de Meereen et sur le fait qu’elle est reine, et donc doit remplir ses devoirs. La fragilité qu’elle laisse paraître me l’a rendu d’autant plus attachante : elle est une femme comme les autres, même en étant un dragon. Quant à Tyrion, j’ai été ravie de le retrouver. C’est un des seuls personnages qui parvient à me faire rire, tout en me rappelant ses malheurs. On peut sentir que ce qui lui est arrivé l’a changé : ses pensées sont très sombres, et ses mots d’esprit, cyniques. Il est typiquement le personnage qui ne dirige plus sa propre vie, et qui se voit balloter de mains en mains. Sans armes, sans argent, son intelligence l’aide à se sortir de faux pas qui pourraient le conduire à la mort. Concernant Jon Snow, j’avoue qu’il m’a un peu agacé au début. Il est devenu Lord Commander et se sent donc obligé de se séparer de ses frères, de s’enfermer dans une bulle d’autorité qui ne lui convient pas. Puis, il m’a fait de la peine : il ne vit qu’avec ses souvenirs des disparus qu’il aimait : Robb, Ygritte, Bran, Ned Stark. Sa vie est au service de la Garde de Nuit, et il néglige sa propre sécurité. Il m’a paru un peu naïf parfois : Melisandre tente pourtant de l’avertir plusieurs fois qu’il est en danger. Il a aussi bon cœur, et m’a paru juste. On retrouve également Davos dans ce tome, lui aussi dans une très mauvaise posture ! Il tente de trouver des alliés à Stannis, et se retrouve seul, piégé, aux mains de bourreaux. Stannis est également présent : toujours aussi froid, convaincu de sa légitimité, et capable de brûler des gens pour renforcer son pouvoir. Dans le Nord, le lecteur suit aussi Bran. Il a enfin atteint son but, mais se rend compte que ça ne correspond pas du tout à ce à quoi il s’attendait. J’ai été aussi déçue que lui, même si je m’en doutais. Je me demande vraiment ce qu’il va devenir. C’est dans un de ses chapitres que se trouve la célèbre citation de Jojen Reed : « A reader lives a thousand lives before he dies [...] The man who never reads lives only one », qui correspond tellement à ce que l’on ressent quand on lit ! Arya apparaît trois fois dans le livre, sous des noms différents, rappel qu’elle se trouve toujours à Braavos. Je me sens assez mal à l’aise dans ses chapitres : elle tente d’oublier son identité alors même qu’elle rêve de sa vengeance. Enfin, le point de vue de nouveaux personnages nous est donné ici : celui de Melisandre, que j’ai aimé découvrir ; celui de Barristan Selmy, que j’aime beaucoup, et qui doit prendre des décisions tout aussi difficiles que celles de sa reine ; celui de Reek, une des surprises du livre ; celui de Jaime, qui retrouve un personnage que l’on ne s’attendait pas à voir, et qui rumine sur ce qui arrive à sa famille ; celui de Cersei, qui m’a laissé bouche bée : malgré tout ce qui lui arrive, elle arrive encore à comploter ! ; celui d’Asha Greyjoy, que j’aime beaucoup, et qui va de danger en surprise ! ; celui de Victarion Greyjoy, qui tente de devenir quelqu’un à côté de ses frères ; celui de Quentyn Martell, que j’ai apprécié, mais qui prend des décisions regrettables ! D’autres personnages se trouvent dans le livre, comme les Bolton, que je hais de tout mon cœur, Jeyne (vous souvenez-vous ?), les Reed, Hodor … Egalement, un personnage surprise qui m’a laissé sans voix !!

La fin de chaque point de vue est très frustrante, et effectue un tournant dans l’histoire, pour la plupart : Davos a une mission très particulière qui peut tout changer, Asha se retrouve face à un fantôme, Daenerys est dans une situation apocalyptique, Tyrion reprend sa vie en mains, on ne sait pas ce qui est arrivé à Stannis, ni à Bran, et ce qui arrive à Jon est un peu trop précis … Le dernier chapitre est un renversement total, avec un personnage qui réapparaît pour tout changer !

PS : mon édition ne comportait pas le début du sixième tome …

 

En définitive, un excellent cinquième tome, plein de surprises et de rebondissements, dont la fin assez frustrante me donne envie de lire la suite, que je suis prête à attendre !

12
 

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