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I found myself in Wonderland.

Le crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

Classé dans : Avis littéraires — 28 décembre 2015 @ 19 h 15 min

Le crime du comte NevilleGenre : Contemporaine

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 135

Synopsis : « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

 

Avis : Une petite cure d’Amélie Nothomb en ce moment, ça fait du bien ! Le titre m’intriguait, j’avais hâte de voir ce que le roman pouvait donner !

Toujours une couverture qui en jette, un peu insolite, une photo où l’auteure pose de façon originale. J’ai découvert, à ma grande surprise que, comme Barbe bleue, lu il y a peu, ce livre est une réécriture. Cette fois, c’est un mythe que l’auteure reprend, celui des Atrides, et j’ai adoré l’idée, que j’ai trouvé assez originale. J’aime beaucoup la mythologie, l’Antiquité, les légendes, et cette reprise m’a enchanté. J’avais hâte de voir ce que cela donnerait finalement ! Ici, le comte Neville rencontre une voyante qui lui prédit qu’il tuera un de ses invités pendant la fête qu’il donnera le 4 octobre. Cela va bouleverser le héros ; le lecteur va ainsi suivre ses réactions face à cette prophétie. C’est ainsi que l’on se rend compte de l’impact que peut avoir une prédiction sur la vie de quelqu’un : on finit par y croire, par se persuader que cela va arriver, par tenter de contrôler ce qui n’est pas contrôlable, par frôler la folie. Les prénoms ont encore une signification lourde : le destin s’y accroche, le lecteur sent le poids de ces noms, et s’attend à du tragique.

Le comte Neville est le personnage principal du roman ; criminel potentiel et annoncé, il ne comprend pas comment il peut tuer un de ses invités, ni lequel sera sa victime. Torturé par l’idée de perdre sa réputation et sa noblesse, il ne fait que penser en boucle à la prophétie de la voyante ; elle le hante et le transforme, il se voit capable de tout, et le jouet de forces qui le dépassent. Une demande horrible va lui être formulée, et sa réaction m’a choqué ! Cela montre le pouvoir d’un sort sur la conscience de quelqu’un : il est prêt à tout, et ce qui a été dit doit se réaliser. Alexandra, la femme du comte, m’a semblé très douce, parfaite, et m’a un peu fait penser à Oona O’Neill, héroïne de Oona & Salinger. Malgré le peu de pages, je me suis attachée à elle : elle m’a donné la vision d’une vie parfaite, d’un couple qui s’aime et que les années n’altèrent pas. Elle est heureuse dans sa vie de femme, d’épouse, de mère, et ne se laisse pas toucher par le malheur. J’ai aimé le passage où l’auteure décrit sa façon de changer de sujet quand celui-ci traite de problèmes. Les deux premiers enfants du comte Neville, dont je tairai les noms pour la petite surprise, ont l’air aussi parfait que leur mère. Ils sont beaux, talentueux, ont quelque chose que les autres n’ont pas. Quant à la dernière enfant du comte Neville, dont le nom dévie, et défie, le destin, elle est étrange, et tout à fait différente de ses frère et sœur. Quelque chose s’est passé en elle, quelque chose a changé, et personne n’y peut rien. Elle souffre de sa situation, sans que personne ne s’en rende compte. Elle m’a touché, quand elle aurait pu m’agacer ; j’ai ressenti de la compassion pour elle. Sa crise d’adolescence se double d’un autre problème, plus profond, plus grave. Le lecteur croise d’autres personnages dans ce livre : des nobles, comme le père du comte Neville, qui nous montrent la face cachée de la noblesse, Louise, que l’on découvre et que l’on aime tout de suite, malgré le fait qu’elle soit un personnage du passé, Béatrice, qui m’a fait mal au cœur pour le peu de temps pendant lequel elle apparaît.

L’auteure nous montre une noblesse différente de celle que l’on imagine habituellement. Ici, leurs privilèges sont des poids, et les empêchent de vivre comme tout le monde - et même de vivre tout court parfois. Le paraître est ce qui est le plus important pour eux, d’où les fêtes, les secrets. Ils doivent toujours se cacher derrière les apparences, doivent montrer qu’ils vivent une vie qu’en réalité, ils n’ont pas. Je n’avais jamais vu la noblesse de cette façon, et je dois dire que cela m’a un peu choqué. Surtout, l’histoire de Louise ; mais aussi la réaction du comte Neville sur les précédents, et son  »acceptation » de ce qu’il croyait ne jamais pouvoir faire, pour préserver les apparences, mais aussi pour ne pas détonner dans le paysage noble. Comment peut-on laisser faire tout ça ? La famille devient secondaire par rapport à la noblesse, à la vie que l’on doit sembler mener, à ce que les autres pensent de nous. Ce doit être horrible de vivre de cette façon, même – et surtout – si c’est dans un château ! Finalement, il est mieux de voir la vie du bon côté et de se dire que beaucoup ont moins que nous : il nous manque peut-être certaines choses, mais elles ne sont pas nécessaires, et ce que l’on a est déjà très bien.

La fin m’a surprise, elle est tout à fait différente de celles des autres livres d’Amélie Nothomb. Elle est très abrupte, ce qui est un peu décevant peut-être, mais qui peut aussi montrer la brutalité du changement de situation. J’ai ri du renversement, peut-être un peu soulagée aussi. C’est une bonne surprise en tout cas ! J’ai eu un peu l’impression d’un conte de fées, contrairement à une tragédie.

 

En définitive, un très bon roman, que j’ai beaucoup aimé, et que j’ai trouvé assez différent des autres ! Une bonne réécriture originale, et des personnages qui montrent un autre aspect de la noblesse, que l’on pense connaître sans savoir.

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