Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour le 23 novembre, 2015

Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon

Posté : 23 novembre, 2015 @ 9:06 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 4 commentaires »

Stabat Mater Furiosa Genre : Théâtre

Editeur : Les Solitaires Intempestifs

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 62

Synopsis : Stabat Mater Furiosa, cri solitaire d’une femme qui se révolte contre la guerre et la violence, fut montée pour la première fois en 1999 par Christian Schiaretti. Depuis plus de soixante mises en scène ont été réalisées en France. Cette pièce d’un poète venu au théâtre a été traduite en huit langues et jouée dans quatorze pays. 

« on n’entend pas le pas d’un homme

qui va à son travail

et quand un homme court vers ce qu’il aime

c’est son souffle qu’on entend

mais quand la foule des guerriers se met en chemin

c’est son pas d’abord qu’on entend

son pas qui martèle

oui les coups de marteau sur la terre

le pas qui frappe et qui dit je suis là je suis partout »

 

Avis :Je n’avais jamais entendu parler de ce livre avant qu’un de mes professeurs l’année dernière n’en lise un extrait en cours …

un extrait qui m’avait retournée, après les attentats contre Charlie Hebdo. C’était le passage où la prière commence. En effet, la femme qui parle prie la vie, et s’adresse à « l’homme de guerre ». C’est un cri, un désespoir, mais surtout de la colère que l’on ressent à travers lui. Une colère qui enfle, qui indigne, qui donne envie de hurler. Une colère que l’on comprend, que l’on sent nous aussi car elle est la nôtre. Cette femme dénonce la guerre, son oppression, sa boucherie, son horreur, et le manque de responsabilités des « hommes de guerre », qui considèrent que ce n’est pas leur faute, que ce devait être fait, qu’ils n’y peuvent rien, que la guerre, c’est la guerre, et que cela entraîne des dégâts. Et elle se moque d’eux, et elle les rabaisse, et elle les force à ouvrir les yeux sur ce qu’ils ont fait, à assumer leurs horreurs, à arrêter de se déculpabiliser. Elle évoque les enfants, les « hommes de guerre » de demain, ceux qui prendront la relève si on ne les éduque pas bien. A travers cette dénonciation, elle prône le sentiment, le cœur, l’humain. Elle veut que l’on se souvienne toujours de la Seconde Guerre mondiale pour ne jamais la reproduire.

La première fois que j’ai entendu cette œuvre, je pensais que c’était un long poème en vers libre. Je n’ai découvert qu’en achetant le livre que c’était une pièce de théâtre, et j’en ai été très surprise. L’écriture de l’auteur est tout à fait poétique ; je ne parle pas de codes comme celui de la rime, mais d’un vers complètement libre et déstructuré, qui correspond tout à fait au sujet abordé. On ressent la lecture, chaque mot a un poids qui nous reste. Je vous conseille une lecture à mi-voix ou à voix haute pour vous rendre compte de toute la portée du texte : il en est d’autant plus bouleversant. De plus, il a été écrit pour être dit, donc ne vous en privez pas !

Cette pièce de théâtre sonne tristement actuelle. La femme ne comprend pas, et la plupart d’entre nous n’ont plus. Elle est notre propre reflet, elle est nous depuis quelques jours, mois, années. Elle ne comprend pas la guerre, et nous ne la comprenons pas non plus, surtout pas celle qui se présente aujourd’hui, sous une nouvelle forme, avec des nouveaux codes. L’intention même n’est pas comprise : c’est un tourbillon de violence sans ordre ni but, que l’on regarde impuissants, que l’on appréhende. On ne peut que se sentir concerné par ce livre, bouleversé par sa réalité.

 

Un vrai coup de cœur, qui nous fait découvrir un auteur à l’écriture poétique qui nous renvoie comme un miroir nos propres pensées.

La Fin des temps de Haruki Murakami

Posté : 23 novembre, 2015 @ 1:40 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La Fin des temps Genre : Fantastique

Editeur : Points

Année de sortie : 2004

Nombre de pages : 534

Synopsis : Le narrateur, un informaticien de très haut niveau, qui effectue des missions spéciales, apporte un jour sa collaboration à un vieux savant dont le laboratoire se situe dans les sous-sols obscurs d’un immeuble. Dès lors, il est entraîné dans une aventure terrifiante. Parallèlement à ce Hard-boiled wonderland, interviennent en alternances les chapitres de La Fin des temps : le narrateur se trouve prisonnier d’une ville onirique, peuplée de licornes au pelage doré. Les deux intrigues se rejoindront finalement. De même que son personnage flirte avec d’anodines jeunes filles, Haruki Murakami courtise ici le mythe – ce qui nous vaut une fable d’une prenante étrangeté.

 

Avis : C’est le premier livre de Haruki Murakami que je lis, et j’attendais de le lire depuis un moment. Je m’étais fait tout un avis dessus avant même de le commencer, avis qui m’a peut-être empêchée d’entrer tout de suite dans le livre.

En effet, j’ai eu du mal au début : je trouvais l’histoire trop étrange, et très éloignée de l’idée que je m’en étais faite. Je m’attendais à un univers un peu féerique, qui se mêlerait peu à peu au monde réel. J’ai donc eu peur de ne pas aimer du début à la fin. Dans ce livre, l’histoire est double, ce qui la rend originale, mais déroutante. Le lecteur ne voit pas tout de suite le lien entre les deux, puisqu’il se fait au fur et à mesure de la lecture. C’est un véritable emboîtement ingénieux auquel on ne s’attendait pas, qui montre tout le talent de l’auteur. L’étrangeté est continue dans ce livre. Je l’ai d’abord trouvé dans la vie même du personnage principal, celui qui se trouve dans « Le pays des merveilles sans merci », dans sa façon de vivre et d’appréhender la vie. Il m’a semblé qu’il était assez résigné, qu’il ne se battait pas vraiment, parce qu’il pensait que c’était perdu d’avance. Ensuite, elle se trouve dans le second monde, où le narrateur ne comprend pas ce qui lui arrive, et doit faire des choses qui ne semblent pas avoir de but précis. La perte est le thème le plus important du livre. J’y ai un peu vu l’utopie d’un retour à ce que l’on a perdu dans ce qui arrive au narrateur, même si les retrouvailles ne sont pas claires. Cela mène à une réflexion sur la vie, le cœur, la perfection, la perte, et la mort, sur l’inutilité du matériel, et l’importance du spirituel et des sentiments. En effet, le monde de « La fin du monde » semble froid parce qu’il n’y existe pas de sentiments. Il est dur de s’imaginer vivre dans un monde pareil, où l’existence n’a pas de but, où l’amour n’est pas. C’est ici que semble principalement se trouver le fantastique, mais un fantastique qui ne serait pas vraiment réel, avec des licornes, des « vieux rêves », et des murs qui empêchent les habitants de la ville de fuir. Quand au monde « réel », il entre lui aussi dans le fantastique, avec un certain objet, ainsi que des créatures terrifiantes, mais aussi dans la science-fiction et l’absurde, notamment avec ce qui arrive à l’appartement du narrateur et qu’il ne comprend pas. La SF est présente avec l’histoire du cerveau du narrateur, de sa conscience, et de l’informatique, qui a pris une tournure assez radicale. Ce monde donne au lecteur une impression d’irréalité, tout comme celui de la fin du monde. Je ne m’imagine pas du tout la vie réelle de cette façon. Autre chose : la nourriture a une place relativement importante, dans la mesure où une des filles est grosse, et l’autre mange comme quatre sans prendre un gramme. Parfois, j’ai eu faim rien qu’à lire certaines pages ! Enfin, le narrateur donne quelques références musicales et littéraires que j’ai appréciées !

L’écriture m’a semblé un peu répétitive, je me suis dit que ce devait être un problème de traduction. Elle est également poétique parfois  surtout quand le narrateur parle de sentiments et de perte. Elle est également spontanée, dans le sens où elle dit les choses telles qu’elles sont, sans passer par quatre chemins.

Concernant les personnages, le narrateur du monde « réel » mène une vie étrange, et possède des pensées bien à lui. J’ai trouvé que l’auteur avait su en faire un être unique qui ne ressemble à personne. Il n’a pas de prénom, ce qui est assez déroutant. Sa vie tourne aussi du sexe et de l’alcool mais cela semble cacher le sentiment de perte qu’il ressent. Pour lui, il ne fait que ça : perdre tout ce qu’il a possédé, jusqu’à sa propre vie, jusqu’à sa dignité. Il a également un métier qui semble réel dans notre monde, informaticien, mais il utilise des techniques futuristes assez effrayantes. Le lecteur peut avoir l’impression qu’il aime la vie, sans en profiter à fond. Le narrateur de la fin du monde, quant à lui, ressent également un terrible sentiment de perte : ses souvenirs ont été effacés, on lui a arraché une partie de lui-même, et il comprend peu à peu que les gens autour de lui ne peuvent pas ressentir l’amour dont lui a tant besoin. Il est aussi partagé entre l’envie de quitter la ville, et celle d’y rester à jamais, en paix, sans sentiments négatifs, même si cela implique l’absence de leur contraire. D’autres personnages évoluent dans ce livre, comme la « grassouillette« , qui est régulièrement appelé de cette façon par le narrateur. Une fille sans gêne, intelligente, qui a l’habitude de contrôler sa vie. Elle est un peu trop spontanée, sympathique, mais parfois un peu agaçante. Son grand-père est celui qui a mis en marche toute l’histoire. Il m’a semblé hallucinant : c’est un génie, mais il ne semble avoir aucune responsabilité scientifique. Il ne se rend compte que trop tard que ce qu’il fait peut coûter la vie à beaucoup de gens. Par là, ce livre montre à la fois les dégâts de la science sur l’homme, et les avancées qu’elle pourrait lui faire faire. J’ai trouvé la fille de la bibliothèque attachante, sans tout à fait savoir pourquoi : sans doute parce qu’elle a l’air d’avoir besoin d’amour, qu’elle semble fragile mais forte, qu’elle est intelligente et réfléchie, et qu’elle travaille dans une bibliothèque !

La fin est rapide et prévisible, annoncée. Elle m’a semblé efficace, mais aussi un peu frustrante. Les personnages ont-ils réussi ce qu’ils voulaient accomplir ? Qu’est-il finalement arrivé au narrateur ?

 

En définitive, un bon roman, le premier de Murakami que je lis. J’aimerai en découvrir d’autres, en espérant tout de même qu’ils soient un peu moins étranges !

 

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