Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour octobre, 2015

Un papillon sous la neige de Daphné Kalotay

Posté : 20 octobre, 2015 @ 5:51 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Un papillon sous la neigeGenre : Drame, Historique

Editeur : France Loisirs

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 576

Synopsis : Du Moscou des années 1950 à Boston aujourd’hui, le tumultueux destin d’une ballerine : passions, secrets et trahisons, une belle saga romanesque qui mêle émotions et mystères. A Boston, Nina, une ancienne étoile du Bolchoï surnommée Papillon, met aux enchères ses précieux bijoux, emportés lors de son exil. C’est alors que Grigori, un homme d’origine russe, la contacte pour lui poser la plus incroyable des questions : est-il l’enfant qu’elle aurait abandonné ? Chassé par la danseuse, Grigori, bien décidé à découvrir la vérité, va fouiller dans la vie de Papillon en Russie, un passé fait d’énigmes et de secrets. Pourquoi s’est-elle enfuie de son pays ? Quel est le mystère qui entoure la mort de son mari Viktor ? En levant peu à peu le voile sur ce terrible destin, Grigori apprendra que la réalité se cache toujours là où on ne l’attend pas …

 

Avis : Tout d’abord, je trouve le synopsis un peu mensonger, après avoir lu le roman entier (j’expliquerai pourquoi ensuite). La couverture est très belle, toute douce, ce que l’histoire n’est pas vraiment !

Le lecteur plonge ici dans un récit polyphonique, où vont se croiser plusieurs histoires concernant différents personnages. D’abord celle de la vie de Nina Revskaïa, ancienne ballerine qui a quitté la Russie précipitamment sans donner de raisons ; celle de Grigori Solodin, de ses recherches et de sa solitude, et celle de Drew Brooks. Le livre commence par la description d’un lot, un bijou mis en vente : chaque chapitre sera précédé par la présentation d’un de ces lots. Puis on entre dans le monde actuel, le Boston moderne. Ce livre mêle en effet les époques et les pays : l’histoire de Nina, le récit principal, si l’on peut dire, relate sa jeunesse en URSS. Grâce à sa vie, le lecteur peut appréhender la vie de l’artiste sous le régime de Staline, les dangers qu’il affronte, les impairs qu’il doit absolument éviter, les obligations auxquelles il doit se plier. Nina rencontre un poète et un compositeur, ce qui offre plusieurs facettes de l’art en URSS, et ce qui est demandé aux artistes de l’époque. J’ai beaucoup cet aspect historique du livre : la découverte du régime et de la vie des artistes apportent une certaine culture au lecteur, une vision de ce à quoi cela pouvait ressembler à l’époque. Le contexte de l’époque fait également que les événements sont plus compliqués, que les personnages s’imaginent des explications invraisemblables sans jamais vraiment chercher de réponse de peur de la trouver, et se méfient de tous, même de leurs proches. Sinon, j’ai aimé découvrir l’univers de la danse à travers l’histoire de Nina : c’est un monde assez cruel, où il faut être la meilleure, et le rester, si l’on ne veut pas redescendre du niveau où l’on est monté avec difficulté. Les tortures que s’infligent les ballerines pour danser m’ont vraiment fait de la peine, mais la douleur ne semble pas vraiment déranger Nina : sur scène, elle oublie tout, sur scène, elle devient quelqu’un d’autre, et j’ai adoré les passages où elle parle de son amour de la danse, de la sensation que cela lui procure, de la liberté qu’elle se sent posséder. Elle exprime par la danse quand Viktor utilise les mots. Un deuxième récit croise celui de Nina : l’histoire de Grigori. Son passé d’adolescent, mais également sa vie d’adulte, sont racontés au lecteur. Le jeune homme qu’il était recherchait sa famille, la vérité sur ses origines. Sa vie avec sa femme nous est également racontée, et introduit l’amour dans le roman. Un troisième récit est celui, plus dissipé et diffus, de la vie de Drew Brooks, de son mariage raté, de ses origines qu’elles recherchent elle aussi, de sa famille qui ne la comprend pas, et à qui elle semble toujours rebelle. Enfin, le récit du Boston actuel réunit tous ses personnages et les fait interagir de façon à mêler leurs intrigues. Ils s’entraident ou se mettent des bâtons dans les roues. C’est ce récit qui amène la rétrospection que sont les autres histoires annexes : la vente des bijoux de Nina Revskaïa déclenche le retour sur le passé des personnages.

L’amour est une notion importante dans ce livre, et elle est présentée de façon différente à travers des couples variés. Tout d’abord, Nina et Viktor. C’est le couple central de l’intrigue, celui sur qui le lecteur et les autres personnages s’interrogent constamment ; je me le suis tout de suite représenté comme le couple modèle, qui n’a pas besoin de se prouver quelque chose pour s’aimer, qui s’aiment simplement, sans artifices et sans nécessité de justifier quoi que ce soit. La jalousie me semblait pratiquement absente de leur relation : elle était donc saine, et agréable à imaginer. Pourtant, quelque chose a motivé Nina à partir sans Viktor ; et lorsque j’ai découvert quoi, je me suis tout de suite rangée du côté de Nina (trop vite, bien sûr, c’était trop évident !). La jalousie et le malaise s’installent tout à coup de façon très violente et toute ma confiance en ce couple a vacillé ! Je ne m’attendais vraiment pas à un tel revirement de situation ! Un autre couple est celui que forment Grigori et sa femme Christine : leur amour est simple, absolu. Ils se connaissent par cœur, et même quand Christine n’est plus là, son mari se souvient de ce qu’elle aurait fait, de ce qu’elle aurait dit. Il est veuf et vit avec le souvenir de la femme qu’il a aimée. J’ai trouvé leur histoire très touchante et très triste. La conception qu’a Grigori de l’amour n’est pas manichéenne, ce que j’ai trouvé très lucide : il sait que l’amour a ses mauvais côtés, que le mariage a changé certaines choses entre eux et qu’ils ne se supportent pas parfois, mais il aime sa femme de tout son être, avec ses défauts. N’est-ce pas la meilleure définition de l’amour ? Un autre couple m’a semblé prépondérant, puisqu’en réalité, ils m’ont semblé à l’origine d’un malentendu dramatique, qui entraînera des conséquences désastreuses pour tous les personnages. Eux aussi s’aiment profondément, et ce qui arrive le prouve. Enfin, Drew Brooks est en mal d’amour, et se demande si, un jour, elle rencontrera celui qui lui conviendra parfaitement. C’est un peu le personnage qui cherche le prince charmant sans le chercher.

Une investigation est également menée dans ce livre, et c’est là que j’ai trouvé le synopsis mensonger. Ce n’est pas Grigori qui parvient à rassembler les pièces du puzzle. Il a cherché à connaître la vérité pendant des années sans jamais l’obtenir. C’est la vente des bijoux qui enclenche un retour vers le passé des personnages, mais aussi la levée du voile sur le mystère de la naissance de Grigori et du départ de Nina. Drew tient donc un rôle prépondérant. Il a déjà fouillé la vie de la ballerine sans rien trouver de vraiment concret ; elle ne lui a rien livré : c’est au lecteur qu’elle raconte tout sous forme de souvenirs, plus ou moins douloureux.

Egalement, dans ce livre, le lecteur découvre la vie artistique sous un régime totalitaire : tout est contrôlé. Aucun artiste ne peut se laisser aller à faire ce qu’il veut, à dire ce qu’il pense, à innover. C’est un système clos sur lui-même, dans lequel on dit au peuple et aux artistes ce qu’ils doivent penser, et ils ne doivent déroger de cette règle sous aucun prétexte. Une remarque sur la musique de Prokofiev rapportée par Gersh est significative : tout doit être lissé et doit servir le parti. Sans cela, l’artiste risque son art, sa liberté, et surtout sa vie. Ils ne doivent jamais dépasser de la norme, ou parler sans contrôle de ce qu’ils disent : où qu’ils soient, ils sont entendus, espionnés. Ils ne sont en sécurité nulle part et ne peuvent parler de leurs affaires personnelles qu’à l’extérieur, dans un lieu public ou isolé.

Concernant les personnages, je me suis très vite attachée à la jeune Nina : elle est courageuse, très travailleuse, et ouvre peu à peu les yeux sur le monde dans lequel elle vit. Elle se rend compte du régime, de l’espionnage, de la méfiance constante qu’elle doit conserver face à tous. Elle n’a vraiment confiance en personne. Lorsqu’elle rencontre Viktor, c’est un peu un conte de fées pour elle, conte de fées dans lequel sa belle-mère, exécrable, joue le rôle de la marâtre. Il semble être tout pour elle, si l’on ne compte pas la danse. Elle considère que celle-ci, en plus de l’amour, sont tout ce qu’elle a pour vivre. Et puis, à un moment clé du livre, Nina m’a agacée. Elle se comporte comme une adolescente, ne se rend sans doute pas compte de ce qu’elle fait (ou si, ce qui est encore pire !), et abandonne tout sans explications (le lecteur comprend, mais pas les autres personnages). Elle agit comme une fugitive, et ne m’a pas semblé du tout réfléchir. Elle agit par passion, par bêtise. Cela m’a vraiment déçue. La Nina plus âgée m’a également agacée : elle se cache toujours derrière son indifférence, traite très mal les gens, et se permet un comportement hautain de vieille dame respectable. Il est vrai qu’elle a souffert, et qu’elle se protège ; mais par là, elle fait du mal aux autres en le sachant pertinemment, ce qui est d’autant plus énervant. Sa réaction à la fin m’a soulagée : elle agit enfin ! Quant à Grigori Solodin, lui aussi vit un peu dans ses souvenirs. Il a perdu sa femme et ne cesse de penser à elle, à comment elle aurait réagi, à ce qu’elle lui aurait dit. Je me suis attachée à elle à travers lui, et donc un peu à lui aussi. Il fait de la peine au lecteur par la souffrance que lui occasionne la méconnaissance de ses origines et de sa véritable famille. Il ne sait pas vraiment qui il est, et s’est inventé une identité, ainsi que des parents idéaux. Il a tenté de rassembler des preuves, qui semblent tout à fait fonctionner ensemble : le lecteur lui-même y croit et pense déjà tout savoir quand la surprise arrive ! Tout paraît prévisible ; or, ça ne l’est pas vraiment. Il finit peu à peu par se sortir de ses souvenirs et à tenter de vivre dans le monde réel, qu’il trouve très médiocre par rapport à celui dans lequel il vivait dans sa jeunesse : il ne cesse de critiquer l’université et les étudiants, ce qui pourrait être un écho aux véritables pensées de l’auteure. Drew Brooks est le dernier personnage vivant important : elle dirige la vente des bijoux de Nina Revskaïa, ce qui, elle aussi, la plonge dans des souvenirs et des réflexions qui la mènent vers la vérité. Elle est ambitieuse, et aime le métier qu’elle pratique : elle aime découvrir les origines des gens et des choses, donner une histoire à un objet qui n’en avait plus. Je me suis également attachée à elle : elle rêve d’amour sans le trouver, elle se demande si, un jour, celui qui lui correspond apparaîtra (prévisible, prévisible !!) Son histoire « actuelle » prend un tour évident, très prévisible, que le lecteur repère de très loin ! D’autres personnages apparaissent dans ce livre, comme Viktor, personnage très important auquel je me suis beaucoup attachée, sans doute parce qu’il est poète et qu’il semble sincèrement aimer Nina ; ses poèmes ont l’air très mélancoliques, il m’a semblé assez romantique, ce que renforce ses origines cachées à la société ; Gersh, compositeur virtuose conspué par le régime car il est juif ; Vera, amie danseuse de Nina, qui se trouve au centre de l’intrigue, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à elle, excepté à la fin, Nina ne la voit pas d’un très bon œil, même si c’est son amie ; Polina, une autre amie danseuse dans une situation difficile ; Zoïa, assez difficile à cerner en ce qui concerne ses sentiments, collaboratrice du parti tout en voulant protéger celui qu’elle semble aimer ; la mère de Nina, douce et protectrice, que la jeune femme délaisse peu à peu ; d’autres membres du Bolchoï ou du parti, et même Staline, qui apparaît deux fois ; Cynthia, l’infirmière de Nina, une femme forte et courageuse, qui aide la vieille dame dans sa vie de tous les jours.

La révélation de la fin a été une vraie surprise pour moi, et pour les autres personnages aussi apparemment. Tout ce que j’avais imaginé est parti en fumée. J’ai ressenti une vraie déception face à cette situation : quelle tragédie pour si peu ! La communication n’était pas le fort de cette époque, et il me semble que ça n’a pas vraiment changé aujourd’hui. La confiance est très difficile à gagner, et si facile à perdre ! La toute fin m’a également déçue : on ne sait pas vraiment ce qui arrive aux personnages, même si le dénouement a eu lieu, et que tout semble se mettre en place pour que chacun obtienne ce qu’il veut. J’aurais aimé revoir Nina, savoir ce qui lui était arrivé, si elle avait agi autrement encore.

 

En définitive, un bon livre, qui montre bien la vie des artistes en URSS et nous présente une histoire dont le lecteur a envie de connaître la fin, fin assez frustrante et un peu décevante.    

Le vaisseau des morts de B. Traven

Posté : 14 octobre, 2015 @ 7:11 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Le vaisseau des mortsGenre : Aventure

Editeur : La Découverte

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 286

Synopsis : Le bateau de Gerard Gale a quitté le port d’Anvers sans lui. Commence alors pour ce marin américain une odyssée à travers l’Europe des années 1920. Sans papiers, sans argent, il n’est plus rien, n’existe plus, chaque pays tente de se débarrasser de lui en lui faisant passer en douce la frontière la plus proche. Il s’embarque finalement sur la Yorikke, un vaisseau fantôme, un « vaisseau des morts », cercueil flottant voué au naufrage pour que l’armateur puisse toucher la prime d’assurance, et toujours assez bon, tant qu’il tient l’eau, pour se livrer à tous les trafics. Il y connaîtra l’enfer. Premier roman de B. Traven, publié en Allemagne en 1926, Le Vaisseau des morts dénonce capitalisme et inégalités sociales sans fausse candeur. Si le burlesque l’emporte dans les premières pages, le réalisme s’impose bientôt pour décrire les conditions d’existence de ceux qui, dépouillés de tous leurs droits, morts vivants, acceptent les indignité les plus scandaleuses, sans pourtant cesser d’espérer.

 

Avis : Dernier livre pour le cours sur la mer et le roman ! Je m’attendais à détester ce livre, ce n’est pas mon genre de lecture habituel. Et pourtant !

J’ai été agréablement surprise, si je peux employer ce genre de termes. C’est l’histoire d’un homme qui perd son bateau, et sa nationalité par la même occasion. Il est complètement abandonné de tous ; il est totalement seul, sans rien, contraint de mentir à tous sur tout ; et même quand il dit la vérité, il n’est pas cru. J’ai trouvé dans ce livre une vraie critique du gouvernement en général, ainsi que de l’administration : elle n’est pas là pour aider ceux qui ont besoin d’elle, mais pour les envoyer de bureau en bureau, pour les perdre dans ses tréfonds ; il critique également, et surtout, le capitalisme, qui est la bête noire du personnage principal : il l’apostrophe sans cesse, l’appelle César, et le glorifie ironiquement, montrant ainsi son injustice. Les riches passent d’abord, les moins-que-rien ne passent pas du tout, jamais. C’est à peine s’ils sont traités comme des humains ordinaires. Le personnage garde une certaine distance avec la situation, ce qui m’a sidérée ! Il sait qu’il est dans une situation dramatique, désespérante, et pourtant, il a l’air de se laisser porter par la vie ! Il va se faire chasser de tous les pays où il va se retrouver avant de tomber sur la Yorikke. Vaisseau de l’horreur, enfer des mers : je pense qu’il est difficile d’imaginer pire que ce bateau. Les hommes y sont traités pire que comme des animaux : quand ils sont vivants, ils ne sont pas traités du tout, mais morts, ils ne sont pas même respectés ! C’est une horreur qui glace le lecteur, car elle est réelle. Il est très aisé de se l’imaginer dans la réalité, malheureusement … Ici, la mer, qui représente normalement la liberté, devient une prison, un lieu duquel les personnages ne peuvent pas s’échapper. Ce n’est plus le lieu d’évasion dont les hommes rêvent ; il est impossible pour les héros de revenir sur terre après l’avoir quittée.  

J’ai vu, et c’est aussi pour cette raison que le professeur nous l’a donné à lire, un parallèle avec l’actualité dans cette œuvre : celle des migrants. Ce n’est pas vraiment la même chose en ce qui concerne le bateau, mais c’est bien ça en ce qui concerne le statut. Ils sont rejetés partout, de pays en pays, personne ne veut d’eux, et ils se retrouvent en pleine mer, à tenter d’aller dans un pays qui les acceptera. Ils ne sont pas considérés comme des êtres humains par certains, et peuvent bien se noyer, ça ne les dérange pas. Le personnage principal et ses compagnons d’équipage sont exactement dans le même cas : ils peuvent mourir, personne ne s’en soucie. 

Gerard Gale est le personnage principal : son nom n’est donné qu’une seule fois il me semble, et à la fin, je ne m’en souvenais plus : c’était peut-être le but de l’auteur, montrer que le personnage n’a finalement plus aucune identité, qu’il la perd sur le bateau. Il est conscient de l’horreur de sa situation, du désespoir qu’il doit ressentir, mais il tente de s’en détacher. Son recul m’a vraiment impressionnée : il est sans doute protecteur, pour ne pas sombrer dans la folie, une sorte de carapace contre la réalité. Ce n’est pas vraiment du courage, c’est plus de la résignation : il considère que, de toute façon, il ne peut rien faire contre ce qui lui arrive. Ce n’est pas lui qui dirige sa propre vie : elle est entre les mains de gens qui ne s’en soucient pas. Il a une certaine expérience de marin, et ne se retrouve pas sur le bateau de façon forcée : il « choisit » d’y monter. De plus, quelque chose m’a choqué à un moment dans le livre, une façon de réagir du personnage, une façon de s’adapter … La narration se fait à la première personne, ce qui nous rapproche forcément de Gerard : le lecteur s’attache facilement à lui. Certaines parties « lyriques » sont vraiment touchantes et émeuvent le lecteur : le héros est bien un être humain, oublié, mais que le lecteur, lui, n’oublie pas. Celui-ci a un tel sentiment d’indignation qu’à un moment donné, il peut se mettre à haïr la race humaine ! Stanislaw est un marin rencontré par le héros ; il est plus expérimenté que lui, et apporte des informations au lecteur sur la survie d’un homme sur un bateau fantôme. Il est finalement attachant, et devient un peu comme un frère pour Gerard. Le lecteur rencontre également d’autres personnages, comme les administrateurs, qui sont exécrables et indignent facilement celui qui lit, et les autres membres d’équipage de la Yorikke et d’autres bateaux (d’une tristesse …).

Le langage a une place bien particulière dans ce livre : l’humour noir et le cynisme sont utilisés pour cacher le désespoir qui pourraient saisir le personnage. Cela peut faire rire le lecteur parfois par la spontanéité de Gerard. Le lyrisme m’a paru étrange dans ce livre, je ne m’attendais pas à en découvrir ici, il donne des moments d’émotion où le lecteur se sent happé par l’histoire.

La fin est d’une tristesse … La carapace s’est fendillée, la folie et le désespoir s’y sont insinués. La religion ressurgit, ce qui sonne le glas de l’œuvre. On ne sait pas ce qui arrive au personnage principal, ce qui est très frustrant !

 

En définitive, c’est un livre très intéressant à découvrir, donc un bon choix de nom pour la maison d’édition !

Un petit jouet mécanique de Marie Neuser

Posté : 10 octobre, 2015 @ 9:35 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Un petit jouet mécaniqueGenre : Thriller

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 180

Synopsis : Il ne faut jamais revenir au temps maudit de son enfance. En ouvrant la maison d’Acquargento, désertée vingt ans plus tôt, c’est tout l’été de ses 16 ans qui brûle la mémoire d’Anna : l’aridité du soleil corse, l’omniprésente menace des guêpes, l’indifférence des parents, l’ennui moite de l’adolescence … et l’arrivée surprise d’Hélène, sa cagole de sœur aînée, bébé au bras, plus égoïste et méchante que jamais. Plus dangereuse surtout. Cet été-là, Anna en était convaincue, Hélène jouait avec la vie de sa propre fille. Paranoïa, jalousie de petite sœur ou pressentiment d’un drame annoncé ?

 

Avis : Ce livre m’a été prêté par une amie, et je n’ai pas eu droit de lire le synopsis avant de le lire, ce qui fait que je suis entrée dans l’histoire sans a priori, sans indices, sans repères. Et ce n’était pas plus mal.

On entre ici dans la vie d’Anna, une jeune femme qui retourne sur le lieu de son enfance avec son mari et son fils. Et l’on comprend tout de suite que cette enfance a été difficile. On y replonge tout de suite après la découverte de l’héroïne, et on la rencontre à seize ans, adolescente rebelle enfermée dans un petit village de Corse qu’elle semble détester, obligée de suivre ses parents dans leur délire, et de subir, cette année-là, la présence de sa sœur Hélène, qui l’est seulement parce qu’on le lui a dit. Heureusement pour elle, cette dernière arrive avec sa fille, la petite Léa, un angelot tombé du ciel, qui va découvrir sa tante et ses grands-parents pour la première fois. Dans la vie artistique, tourmentée, gothique d’Anna, elle ne semble pas avoir sa place, et pourtant, elle va tout bouleverser. Le lieu où se trouve l’action, un village qui semble perdu au fin fond de la Corse, semble très mystérieux : c’est le lieu rêvé pour un thriller : tout est sujet à intrigue, à risque, à complot. Et, alors que je pensais que ce n’en était pas un au début, il s’instille peu à peu dans l’histoire, et c’est ce que j’ai adoré dans ce livre : le thriller n’est pas évident, mais donné au lecteur goutte à goutte, par l’héroïne qui se pose des questions, qui n’a aucune preuve, mais dont les méninges tournent à plein régime. Ceci est aussi possible grâce à l’écriture, que j’ai trouvé vraiment excellente ! Elle est à la fois adaptée au personnage d’Anna, et recherchée. Elle est très claire, très fluide, elle permet de très vite entrer dans l’histoire, et de l’apprécier d’autant plus. Surtout, elle joue un rôle déterminant à la fin : elle porte tout le choc de la révélation ! Aussi, l’auteure a décidé d’employer la deuxième personne du pluriel, ce qui donne clairement l’impression au lecteur que le livre lui est directement adressé, ce qui ne fait que le plonger encore plus dans l’intrigue. Il est vraiment impliqué, il est apostrophé, et vit l’histoire d’Anna pleinement. L’émotion est décuplée grâce à cette technique narrative.

Anna est l’héroïne de ce livre : lorsqu’on la rencontre, c’est une femme mariée, mère, qui nous est présentée par un narrateur omniscient. Mais très vite, le narrateur nous raconte son passé, et le lecteur s’identifie complètement à elle. Il entre dans son histoire, et partage toutes ses émotions, lui donnant toujours raison, voulant la défendre face à d’autres personnages qui semblent la juger insignifiante, ou en tout cas, la considérer comme une enfant qui ne peut pas avoir de pensées importantes, et dont la vie est très simple comparée à celle d’un adulte. Le lecteur voit le monde intérieur d’Anna, ses pensées les plus intimes, sa tristesse, sa détresse, son impression de passer à côté de quelque chose dans la vie. Mais surtout, le lecteur découvre les pensées de la jeune fille sur ses parents, sur sa sœur, et sa petite fille, Léa, qui prend une importance considérable. Peu à peu, elle a des soupçons, mène l’enquête discrètement et avec les moyens du bord. Elle y met tant de cœur, que le lecteur est incapable de ne pas la croire, et tente d’assembler les pièces du puzzle qu’elle a sous les yeux. Elle est très intelligente, très réfléchie, mais c’est aussi une adolescente qui a des désirs de son âge, et j’ai aimé que l’auteur n’oublie pas cela. Les parents de la jeune fille m’ont vraiment agacé. Ils semblent se ficher complètement de leur fille, ne prennent rien en compte en ce qui la concerne, et surtout, ne prennent jamais au sérieux ce qu’elle dit. Rosa ne pense qu’à s’échapper de sa vie, à fuir les responsabilités, et à planter ses fleurs qui ne vont pas du tout ensemble dans son jardin ; Giles boit, râle, fait des travaux, et dort. Aucun des deux ne semble lucide, et encore moins capable de comprendre ce qui est en train d’avoir lieu dans leur havre de paix. Hélène est jugée par le lecteur à travers les yeux d’Anna, mais il n’aurait pu s’empêcher de penser comme elle, même avec un point de vue omniscient. Elle est superficielle, agaçante, et ne pense qu’à elle-même. La vision qu’elle donne d’une mère fait froid dans le dos ; comment peut-on avoir des enfants pour s’en occuper de cette façon ?! La petite Léa est merveilleuse, un petit rayon de soleil, attachante, mignonne comme tout. Sa situation m’a serré le cœur à de nombreuses reprises, et j’ai totalement adhéré à la façon de voir d’Anna à son sujet. Elle est le centre de l’intrigue, son commencement et sa chute. Apparaît également le personnage d’un jeune homme qui réveille les désirs d’Anna, mystérieux et prometteur, quelqu’un qui pourrait bien l’écouter (ou se révéler être une déception de plus !)

La fin est un vrai choc ! C’est très rapide, très abrupte, et je ne m’y attendais pas ! Une vraie surprise, et un vrai bouleversement !

 

En définitive, un très bon thriller, presque un coup de cœur, que je recommande très fortement, et qui me fait découvrir une nouvelle auteure qui promet de belles futures lectures !

Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne

Posté : 9 octobre, 2015 @ 12:28 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Vingt mille lieues sous les mersGenre : Aventure, Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 595

Synopsis : « Une chose énorme » ayant été signalée par plusieurs navires à travers le monde, une expédition est organisée sur l’Abraham Lincoln, une frégate américaine, pour purger les mers de ce monstre inquiétant. A bord se trouvent le Français Pierre Aronnax, professeur au Muséum de Paris, et Conseil, son fidèle domestique. Alors qu’ils s’approchent du fabuleux animal, Aronnax, Conseil et Ned Land, un harponneur canadien, sont précipités dans la mer par deux gigantesques trombes d’eau avant de se retrouver sur le dos du monstre … qui se révèle être un étonnant sous-marin, le Nautilus, conçu et commandé par le capitaine Nemo, qui paraît farouchement hostile à toute l’humanité ! La plus extraordinaire aventure commence dès lors pour les trois hommes, condamnés à ne plus jamais revoir leur patrie, leurs parents, leurs amis … La mer était une passion pour Jules Verne ; c’est elle l’héroïne de Vingt mille lieues sous les mers, l’un de ses meilleurs et plus célèbres romans.

 

Avis : J’ai dû arrêter ma lecture de ce livre pour d’abord lire Moby Dick pour un cours. Je m’y suis donc remise dès que j’en ai eu la possibilité !

J’avoue que j’avais un peu peur de m’ennuyer : je n’avais jamais lu de Jules Verne avant, et je me demandais vraiment ce que ça donnait. Eh bien, je me suis trompée ! Je ne me suis pas ennuyée du tout (à part peut-être pendant certaines listes de poissons ou de mammifères marins qui semblaient ne pas finir) C’est un vrai roman d’aventure dans lequel on découvre les fonds-marins, dans lequel on effectue un tour du monde sous les eaux, mais où l’on rencontre aussi des personnages hauts en couleur comme le capitaine Nemo, le professeur Aronnax ou Ned Land ! Il est  vrai que l’action n’est pas omniprésente ; certains passages sont dédiés à l’observation des poissons. Mais le lecteur en apprend beaucoup sur le milieu marin, et voit l’océan autrement après avoir lu le livre, même s’il ne comprend pas tout ce dont parle le narrateur (par exemple, je ne m’y connais pas du tout en latitude et longitude, ni en milles et en lieues). De plus, pour le lecteur qui adore les animaux, c’est le livre rêvé ! Il va découvrir des créatures fantastiques, gigantesques ou minuscules, oiseaux ou poissons, terrifiants ou pacifiques, qui vont le ravir ! J’ai adoré me plonger dans l’histoire comme le Nautilus plonge sous les eaux, vivre un peu dans une bulle d’air sous l’océan. Je me suis imaginée vivre dans le sous-marin, une maison en réalité, avec ses pièces extraordinaires ! C’était très agréable de découvrir peu à peu ce nouvel environnement avec le professeur Aronnax, qui est la voix narrative. Au fur et à mesure, le lecteur croit vraiment à l’histoire, la vit un peu à travers le personnage principal, et finit par vouloir tout savoir comme, par exemple, les mystères du passé du capitaine Nemo. Beaucoup de questions tournent autour de lui, et le lecteur se demande s’il aura les réponses à la fin ! Concernant l’écriture, elle est claire, fluide, agréable à lire.

Etudiant cette œuvre en cours, certains aspects apparaissent sous un nouveau jour, comme le fait que la liberté des personnages principaux soit entravée, qu’ils soient esclaves, ou le fait que le capitaine Nemo refuse de tuer simplement pour tuer : la chasse ne doit être effectuée que si elle est nécessaire, pas pour le plaisir. Des allusions politiques peuvent également être décelées dans le livre : le capitaine Nemo refuse tout contact avec la terre, prône l’égalité sur son vaisseau, et se pense le justicier des mers. On retrouve ainsi des thèmes que l’on ne s’attend pas à trouver dans un livre qui a été écrit pour la jeunesse : l’esclavagisme, l’écologie et l’anarchisme.

Les personnages, quant à eux, sont très différents les uns des autres. Le professeur Aronnax, narrateur, est un scientifique qui ne croit que ce qu’il voit de ses propres yeux. Quand l’histoire d’une bête énorme vivant dans la mer arrive à ses oreilles, il en rit d’abord, mais finit par se lancer à sa poursuite avec un bateau américain. Ce personnage est vraiment le scientifique par excellence : il parle comme tel, il observe les poissons, les classe, et apporte ainsi de la matière à ses premières notes sur l’océan. C’est un spécialiste de la mer, mais seulement à travers les livres qu’il a lus : c’est la première fois qu’il découvre l’océan autrement, et il s’émerveille face à sa beauté. Le capitaine du sous-marin va le mener dans des endroits légendaires ou historiques qu’il va découvrir avec des yeux d’enfant, comme le lecteur, qui se croirait dans un rêve. Ce professeur est toujours accompagné de son fidèle compagnon, Conseil, qui porte extrêmement mal son nom ! Face à son maître, il est très effacé, et est prêt à se sacrifier pour lui. Tout ce qui le passionne, c’est de classer les animaux qu’il voit dans des catégories très précises, ce qui donne lieu à des listes auxquelles le lecteur ne comprend pas grand-chose (et Conseil non plus en réalité !). Dès qu’il voit un animal, il le classe, et on peut dire qu’il y en a un certain nombre sous les mers ! C’est un personnage que j’ai apprécié, qui finit par être drôle dans sa façon de parler et de se comporter : rien ne le surprend jamais, il reste stoïque face à (presque) toutes les situations. Il ne prend jamais partie et est le lien du professeur avec Ned Land, le harponneur canadien. Homme de la mer, ce personnage ne supporte pas pour autant de rester enfermé sous les eaux et rêve d’évasion. Il a un caractère bien trempé, ne se laisse pas facilement impressionné, et pense en savoir beaucoup sur la mer parce qu’il l’a déjà sillonné. Il se rend peu à peu compte qu’il n’en est rien. Il a une certaine expérience de la mer, contrairement au professeur, mais il n’a pas tout vu, et n’en a pas une connaissance scientifique. Ainsi deux formes de connaissance de la mer se trouvent dans le livre. Le capitaine Nemo est sans doute le personnage le plus mystérieux du livre. Tout d’abord, il s’appelle Nemo, c’est-à-dire, Personne en latin. Puis, il change constamment d’humeur, et le narrateur ne sait jamais pourquoi. Il est tour à tour engageant, heureux de montrer à Aronnax les richesses de l’océan, et sombre, triste, parfois même désespéré. Le lecteur s’attache à lui et à son mystère, tout en voulant découvrir ses secrets. C’est lui qui introduit dans le roman l’esclavagisme, l’écologie et l’anarchisme. Personnage révolutionnaire et visionnaire, il semble en avance sur les habitants de la terre, et est capable d’aller en des lieux qu’ils n’ont jamais visités, ce qui stupéfie les autres personnages, qui, tout d’abord, n’y croient pas. Le capitaine Nemo est un peu l’écrivain, regroupant ses idées derrière un personnage obscur qui n’a pas de nom. L’on rencontre d’autres personnages dans le roman, beaucoup moins importants que les quatre premiers, comme les membres d’équipage du Nautilus ou ceux de l’Abraham Lincoln au début du livre.

La fin m’a semble très rapide, et m’a laissé un peu frustrée. Deux événements terribles arrivent avant elle, et ils semblent précipiter les choses. J’ai été un peu déçue de constater qu’en sortant du livre, on ne sait toujours pas tout sur le capitaine Nemo, même si un petit bout de son passé nous est révélé.

 

En définitive, un très bon roman d’aventure qui fait voyager, découvrir la mer, apprendre tout un tas de choses sur elle, mais qui nous permet aussi de rencontrer des personnages intéressants, dont un qui reste mystérieux jusqu’à la fin !

Corinne ou l’Italie de Madame de Staël

Posté : 5 octobre, 2015 @ 2:05 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Corinne ou l'ItalieGenre : Classique

Editeur : Folio (Classique)

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 587

Synopsis : Un roman cosmopolite et européen qui évoque la France, l’Angleterre et l’Italie à l’aube du romantisme dans la diversité de leurs mœurs et de leurs cultures. L’histoire d’une femme, la poétesse Corinne, qui inaugure le débat sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en étant indépendant et à exister en tant qu’écrivain. Corinne, c’est Mme de Staël elle-même, « la femme la plus extraordinaire qu’on vit jamais » selon Stendhal, « un être à part, un être supérieur tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle », disait Benjamin Constant. Napoléon lui-même, qui voyait en Mme de Staël une dangereuse messagère de liberté, déclara un jour : « Il faut reconnaître après tout que c’est une femme d’un très grand talent ; elle restera. »

 

Avis : Je devais lire ce livre pour mes études, et je trouve que le tableau de la couverture montre déjà l’Italie, la poésie et la femme poète, nous faisant déjà faire un pas dans le roman.

Il s’agit ici d’une histoire d’amour ; normalement, ce n’est pas trop mon style, mais ici, elle est vraiment très belle et romantique, au sens du mouvement littéraire. Il m’a semblé qu’elle montrait l’amour dans son intégralité : les sentiments merveilleux que l’on peut ressentir, la douleur qu’il peut occasionner, la souffrance liée à l’absence, à l’attente, les doutes qui s’emparent de celui qui aime, l’irritation, la froideur parce que l’on se pense offensé, la mélancolie de savoir qu’il faut se séparer, la folie dont on pense être la victime quand on est amoureux, l’impression de mourir de douleur … J’ai vraiment retrouvé toutes les facettes de l’amour, ses bons comme ses mauvais côtés, et aussi ce qui lui fait obstacle, chez les amants, ou dans la société. Elle est très importante ici, et est reliée à l’honneur. Ces deux éléments ne font pas du tout bon ménage avec l’amour : il ne s’intéresse pas aux questions d’honneur, il est, voilà tout. Mais, ce n’est, bien sûr, pas si simple à l’époque, et même encore parfois aujourd’hui. L’écriture renforce la beauté de l’histoire d’amour : elle est claire, parfois poétique, parfois morale, parfois philosophique. Elle entraîne le lecteur, qui veut absolument savoir ce qui adviendra de Corinne. Les prémisses du Romantisme sont visibles ici, notamment avec les thèmes abordés : harmonie avec la nature, correspondance climat/émotions, mal-être, mélancolie, folie amoureuse, désespoir, fatalité … J’ai aussi parfois eu l’impression d’être dans une tragédie, avec des opposants, des adjuvants, des malentendus qui entraînent des conséquences désastreuses, des longues tirades … Tout ce qui arrive ne semble qu’un concours de circonstances, et l’auteure y fait parfois référence en disant que tout serait différent si les personnages se parlaient, ou si l’un voyait l’autre.  

Dans ce livre, le lecteur trouve également des réflexions sur de nombreux sujets : pas seulement l’amour, mais la littérature, la musique, la politique aussi, de façon indirecte, l’honneur, les mœurs italiennes dans les différentes régions du pays, celles d’Angleterre, celles de France … L’intelligence de l’auteure transpire à travers ses passages où l’on sent parfois qu’elle s’implique dans son roman. Beaucoup disent que Corinne est Mme de Staël de par ses talents et son intelligence, qu’elle s’est dépeinte elle-même sous un autre nom pour, peut-être, feindre la modestie.

Il est vrai que le personnage de Corinne est exceptionnel. Elle est parfaite, elle a tout ce qu’elle peut désirer : elle est belle, intelligente, réfléchie, douce, gentille, empathique, compréhensive, généreuse ; elle a tous les talents, celui de la conversation, de la poésie, de la bienséance. Elle est admirée par tous, et sait s’adapter à n’importe quelle situation. Elle est libre, indépendante, et peut se livrer à ses talents sans risques en Italie. Elle est célibataire, car la condition de femme mariée la freinerait dans son génie. Elle représente une femme qui n’existait pas à l’époque, une femme qui pouvait vivre sans homme sans problème. Mais son passé est trouble, et celui qu’elle aime le découvre avec stupéfaction ; cela n’enlève rien à sa perfection. Dans ce roman, Corinne va découvrir l’amour. Lord Nelvil, ou Oswald, est l’homme duquel Corinne tombera amoureuse. Il est sombre, mélancolique, semble être son contraire absolu. Il incarne une figure romantique : celui de l’exilé qui a commis une faute impardonnable, et qui sera malheureux toute sa vie à cause de cette faute. Ce personnage semble être dans le doute permanent. Il se pose énormément de questions sur ce qui lui arrive, il va pratiquement jusqu’à dénaturer l’amour, ce qu’il ressent, par ces questions. Oswald est centré sur l’honneur, le devoir, la bienséance, ce qui convient à la société. Lucile, quant à elle, est pure, innocente et douce, dans la fleur de l’âge. Elle ne sait rien de la vie, n’a jamais connu aucune passion. Sa vie est tournée vers le devoir, l’obéissance, la soumission. Elle est tout sauf égoïste, et se sacrifie même sans que ses proches le sachent. Le lecteur rencontre d’autres personnages dans le livre comme Lady Edgermond, stricte en apparence, qui ne veut que le bonheur de sa fille, le comte d’Erfeuil, un jeune Français frivole qui adore se mettre en avant, et ne se rend compte que trop tard quand il va trop loin ou quand il blesse son interlocuteur, il est un des liens entre Corinne et Oswald, Lord Nelvil père, qui apparaît à travers ses écrits et les souvenirs de son fils, et qui finit par être un des personnages principaux car il est à l’origine de la décision de son fils, Thérèsine, fidèle servante de Corinne, effacée mais qui semble très dévouée à sa maîtresse, et le prince de Castel-Forte, dévoué à Corinne, et qui la soutient comme un véritable ami, quelques soient ses choix.

J’ai eu l’impression de faire un véritable voyage en Italie : le lecteur découvre beaucoup de choses sur un petit groupe de villes, et notamment sur Rome et Naples, où je suis déjà allée : ce qu’en dit l’auteure fait vraiment voyager, je me suis retrouvée à nouveau dans les lieux que j’avais visités. J’ai lu avec plaisir les descriptions de monuments et de paysages. L’auteure donne des détails, ce qui fait que le lecteur pourrait s’y croire !

La fin est prévisible, ce qui n’enlève rien à la beauté du roman. Elle est également triste (Romantisme oblige !) et laisse le lecteur à la fois un peu amer mais aussi admiratif en ce qui concerne Corinne.

 

En définitive, c’est une belle découverte que je recommande, qui plonge dans un véritable voyage, qui donne envie de découvrir l’Italie et dont l’écriture est vraiment belle et fait aimer l’histoire d’amour entre Corinne et Oswald.

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