Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Un papillon sous la neige de Daphné Kalotay

Classé dans : Avis littéraires — 20 octobre 2015 @ 17 h 51 min

Un papillon sous la neigeGenre : Drame, Historique

Editeur : France Loisirs

Année de sortie : 2010

Nombre de pages : 576

Synopsis : Du Moscou des années 1950 à Boston aujourd’hui, le tumultueux destin d’une ballerine : passions, secrets et trahisons, une belle saga romanesque qui mêle émotions et mystères. A Boston, Nina, une ancienne étoile du Bolchoï surnommée Papillon, met aux enchères ses précieux bijoux, emportés lors de son exil. C’est alors que Grigori, un homme d’origine russe, la contacte pour lui poser la plus incroyable des questions : est-il l’enfant qu’elle aurait abandonné ? Chassé par la danseuse, Grigori, bien décidé à découvrir la vérité, va fouiller dans la vie de Papillon en Russie, un passé fait d’énigmes et de secrets. Pourquoi s’est-elle enfuie de son pays ? Quel est le mystère qui entoure la mort de son mari Viktor ? En levant peu à peu le voile sur ce terrible destin, Grigori apprendra que la réalité se cache toujours là où on ne l’attend pas …

 

Avis : Tout d’abord, je trouve le synopsis un peu mensonger, après avoir lu le roman entier (j’expliquerai pourquoi ensuite). La couverture est très belle, toute douce, ce que l’histoire n’est pas vraiment !

Le lecteur plonge ici dans un récit polyphonique, où vont se croiser plusieurs histoires concernant différents personnages. D’abord celle de la vie de Nina Revskaïa, ancienne ballerine qui a quitté la Russie précipitamment sans donner de raisons ; celle de Grigori Solodin, de ses recherches et de sa solitude, et celle de Drew Brooks. Le livre commence par la description d’un lot, un bijou mis en vente : chaque chapitre sera précédé par la présentation d’un de ces lots. Puis on entre dans le monde actuel, le Boston moderne. Ce livre mêle en effet les époques et les pays : l’histoire de Nina, le récit principal, si l’on peut dire, relate sa jeunesse en URSS. Grâce à sa vie, le lecteur peut appréhender la vie de l’artiste sous le régime de Staline, les dangers qu’il affronte, les impairs qu’il doit absolument éviter, les obligations auxquelles il doit se plier. Nina rencontre un poète et un compositeur, ce qui offre plusieurs facettes de l’art en URSS, et ce qui est demandé aux artistes de l’époque. J’ai beaucoup cet aspect historique du livre : la découverte du régime et de la vie des artistes apportent une certaine culture au lecteur, une vision de ce à quoi cela pouvait ressembler à l’époque. Le contexte de l’époque fait également que les événements sont plus compliqués, que les personnages s’imaginent des explications invraisemblables sans jamais vraiment chercher de réponse de peur de la trouver, et se méfient de tous, même de leurs proches. Sinon, j’ai aimé découvrir l’univers de la danse à travers l’histoire de Nina : c’est un monde assez cruel, où il faut être la meilleure, et le rester, si l’on ne veut pas redescendre du niveau où l’on est monté avec difficulté. Les tortures que s’infligent les ballerines pour danser m’ont vraiment fait de la peine, mais la douleur ne semble pas vraiment déranger Nina : sur scène, elle oublie tout, sur scène, elle devient quelqu’un d’autre, et j’ai adoré les passages où elle parle de son amour de la danse, de la sensation que cela lui procure, de la liberté qu’elle se sent posséder. Elle exprime par la danse quand Viktor utilise les mots. Un deuxième récit croise celui de Nina : l’histoire de Grigori. Son passé d’adolescent, mais également sa vie d’adulte, sont racontés au lecteur. Le jeune homme qu’il était recherchait sa famille, la vérité sur ses origines. Sa vie avec sa femme nous est également racontée, et introduit l’amour dans le roman. Un troisième récit est celui, plus dissipé et diffus, de la vie de Drew Brooks, de son mariage raté, de ses origines qu’elles recherchent elle aussi, de sa famille qui ne la comprend pas, et à qui elle semble toujours rebelle. Enfin, le récit du Boston actuel réunit tous ses personnages et les fait interagir de façon à mêler leurs intrigues. Ils s’entraident ou se mettent des bâtons dans les roues. C’est ce récit qui amène la rétrospection que sont les autres histoires annexes : la vente des bijoux de Nina Revskaïa déclenche le retour sur le passé des personnages.

L’amour est une notion importante dans ce livre, et elle est présentée de façon différente à travers des couples variés. Tout d’abord, Nina et Viktor. C’est le couple central de l’intrigue, celui sur qui le lecteur et les autres personnages s’interrogent constamment ; je me le suis tout de suite représenté comme le couple modèle, qui n’a pas besoin de se prouver quelque chose pour s’aimer, qui s’aiment simplement, sans artifices et sans nécessité de justifier quoi que ce soit. La jalousie me semblait pratiquement absente de leur relation : elle était donc saine, et agréable à imaginer. Pourtant, quelque chose a motivé Nina à partir sans Viktor ; et lorsque j’ai découvert quoi, je me suis tout de suite rangée du côté de Nina (trop vite, bien sûr, c’était trop évident !). La jalousie et le malaise s’installent tout à coup de façon très violente et toute ma confiance en ce couple a vacillé ! Je ne m’attendais vraiment pas à un tel revirement de situation ! Un autre couple est celui que forment Grigori et sa femme Christine : leur amour est simple, absolu. Ils se connaissent par cœur, et même quand Christine n’est plus là, son mari se souvient de ce qu’elle aurait fait, de ce qu’elle aurait dit. Il est veuf et vit avec le souvenir de la femme qu’il a aimée. J’ai trouvé leur histoire très touchante et très triste. La conception qu’a Grigori de l’amour n’est pas manichéenne, ce que j’ai trouvé très lucide : il sait que l’amour a ses mauvais côtés, que le mariage a changé certaines choses entre eux et qu’ils ne se supportent pas parfois, mais il aime sa femme de tout son être, avec ses défauts. N’est-ce pas la meilleure définition de l’amour ? Un autre couple m’a semblé prépondérant, puisqu’en réalité, ils m’ont semblé à l’origine d’un malentendu dramatique, qui entraînera des conséquences désastreuses pour tous les personnages. Eux aussi s’aiment profondément, et ce qui arrive le prouve. Enfin, Drew Brooks est en mal d’amour, et se demande si, un jour, elle rencontrera celui qui lui conviendra parfaitement. C’est un peu le personnage qui cherche le prince charmant sans le chercher.

Une investigation est également menée dans ce livre, et c’est là que j’ai trouvé le synopsis mensonger. Ce n’est pas Grigori qui parvient à rassembler les pièces du puzzle. Il a cherché à connaître la vérité pendant des années sans jamais l’obtenir. C’est la vente des bijoux qui enclenche un retour vers le passé des personnages, mais aussi la levée du voile sur le mystère de la naissance de Grigori et du départ de Nina. Drew tient donc un rôle prépondérant. Il a déjà fouillé la vie de la ballerine sans rien trouver de vraiment concret ; elle ne lui a rien livré : c’est au lecteur qu’elle raconte tout sous forme de souvenirs, plus ou moins douloureux.

Egalement, dans ce livre, le lecteur découvre la vie artistique sous un régime totalitaire : tout est contrôlé. Aucun artiste ne peut se laisser aller à faire ce qu’il veut, à dire ce qu’il pense, à innover. C’est un système clos sur lui-même, dans lequel on dit au peuple et aux artistes ce qu’ils doivent penser, et ils ne doivent déroger de cette règle sous aucun prétexte. Une remarque sur la musique de Prokofiev rapportée par Gersh est significative : tout doit être lissé et doit servir le parti. Sans cela, l’artiste risque son art, sa liberté, et surtout sa vie. Ils ne doivent jamais dépasser de la norme, ou parler sans contrôle de ce qu’ils disent : où qu’ils soient, ils sont entendus, espionnés. Ils ne sont en sécurité nulle part et ne peuvent parler de leurs affaires personnelles qu’à l’extérieur, dans un lieu public ou isolé.

Concernant les personnages, je me suis très vite attachée à la jeune Nina : elle est courageuse, très travailleuse, et ouvre peu à peu les yeux sur le monde dans lequel elle vit. Elle se rend compte du régime, de l’espionnage, de la méfiance constante qu’elle doit conserver face à tous. Elle n’a vraiment confiance en personne. Lorsqu’elle rencontre Viktor, c’est un peu un conte de fées pour elle, conte de fées dans lequel sa belle-mère, exécrable, joue le rôle de la marâtre. Il semble être tout pour elle, si l’on ne compte pas la danse. Elle considère que celle-ci, en plus de l’amour, sont tout ce qu’elle a pour vivre. Et puis, à un moment clé du livre, Nina m’a agacée. Elle se comporte comme une adolescente, ne se rend sans doute pas compte de ce qu’elle fait (ou si, ce qui est encore pire !), et abandonne tout sans explications (le lecteur comprend, mais pas les autres personnages). Elle agit comme une fugitive, et ne m’a pas semblé du tout réfléchir. Elle agit par passion, par bêtise. Cela m’a vraiment déçue. La Nina plus âgée m’a également agacée : elle se cache toujours derrière son indifférence, traite très mal les gens, et se permet un comportement hautain de vieille dame respectable. Il est vrai qu’elle a souffert, et qu’elle se protège ; mais par là, elle fait du mal aux autres en le sachant pertinemment, ce qui est d’autant plus énervant. Sa réaction à la fin m’a soulagée : elle agit enfin ! Quant à Grigori Solodin, lui aussi vit un peu dans ses souvenirs. Il a perdu sa femme et ne cesse de penser à elle, à comment elle aurait réagi, à ce qu’elle lui aurait dit. Je me suis attachée à elle à travers lui, et donc un peu à lui aussi. Il fait de la peine au lecteur par la souffrance que lui occasionne la méconnaissance de ses origines et de sa véritable famille. Il ne sait pas vraiment qui il est, et s’est inventé une identité, ainsi que des parents idéaux. Il a tenté de rassembler des preuves, qui semblent tout à fait fonctionner ensemble : le lecteur lui-même y croit et pense déjà tout savoir quand la surprise arrive ! Tout paraît prévisible ; or, ça ne l’est pas vraiment. Il finit peu à peu par se sortir de ses souvenirs et à tenter de vivre dans le monde réel, qu’il trouve très médiocre par rapport à celui dans lequel il vivait dans sa jeunesse : il ne cesse de critiquer l’université et les étudiants, ce qui pourrait être un écho aux véritables pensées de l’auteure. Drew Brooks est le dernier personnage vivant important : elle dirige la vente des bijoux de Nina Revskaïa, ce qui, elle aussi, la plonge dans des souvenirs et des réflexions qui la mènent vers la vérité. Elle est ambitieuse, et aime le métier qu’elle pratique : elle aime découvrir les origines des gens et des choses, donner une histoire à un objet qui n’en avait plus. Je me suis également attachée à elle : elle rêve d’amour sans le trouver, elle se demande si, un jour, celui qui lui correspond apparaîtra (prévisible, prévisible !!) Son histoire « actuelle » prend un tour évident, très prévisible, que le lecteur repère de très loin ! D’autres personnages apparaissent dans ce livre, comme Viktor, personnage très important auquel je me suis beaucoup attachée, sans doute parce qu’il est poète et qu’il semble sincèrement aimer Nina ; ses poèmes ont l’air très mélancoliques, il m’a semblé assez romantique, ce que renforce ses origines cachées à la société ; Gersh, compositeur virtuose conspué par le régime car il est juif ; Vera, amie danseuse de Nina, qui se trouve au centre de l’intrigue, je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher à elle, excepté à la fin, Nina ne la voit pas d’un très bon œil, même si c’est son amie ; Polina, une autre amie danseuse dans une situation difficile ; Zoïa, assez difficile à cerner en ce qui concerne ses sentiments, collaboratrice du parti tout en voulant protéger celui qu’elle semble aimer ; la mère de Nina, douce et protectrice, que la jeune femme délaisse peu à peu ; d’autres membres du Bolchoï ou du parti, et même Staline, qui apparaît deux fois ; Cynthia, l’infirmière de Nina, une femme forte et courageuse, qui aide la vieille dame dans sa vie de tous les jours.

La révélation de la fin a été une vraie surprise pour moi, et pour les autres personnages aussi apparemment. Tout ce que j’avais imaginé est parti en fumée. J’ai ressenti une vraie déception face à cette situation : quelle tragédie pour si peu ! La communication n’était pas le fort de cette époque, et il me semble que ça n’a pas vraiment changé aujourd’hui. La confiance est très difficile à gagner, et si facile à perdre ! La toute fin m’a également déçue : on ne sait pas vraiment ce qui arrive aux personnages, même si le dénouement a eu lieu, et que tout semble se mettre en place pour que chacun obtienne ce qu’il veut. J’aurais aimé revoir Nina, savoir ce qui lui était arrivé, si elle avait agi autrement encore.

 

En définitive, un bon livre, qui montre bien la vie des artistes en URSS et nous présente une histoire dont le lecteur a envie de connaître la fin, fin assez frustrante et un peu décevante.    

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