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I found myself in Wonderland.

Corinne ou l’Italie de Madame de Staël

Classé dans : Avis littéraires — 5 octobre 2015 @ 14 h 05 min

Corinne ou l'ItalieGenre : Classique

Editeur : Folio (Classique)

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 587

Synopsis : Un roman cosmopolite et européen qui évoque la France, l’Angleterre et l’Italie à l’aube du romantisme dans la diversité de leurs mœurs et de leurs cultures. L’histoire d’une femme, la poétesse Corinne, qui inaugure le débat sur la condition féminine, sur le droit de la femme à vivre en étant indépendant et à exister en tant qu’écrivain. Corinne, c’est Mme de Staël elle-même, « la femme la plus extraordinaire qu’on vit jamais » selon Stendhal, « un être à part, un être supérieur tel qu’il s’en rencontre peut-être un par siècle », disait Benjamin Constant. Napoléon lui-même, qui voyait en Mme de Staël une dangereuse messagère de liberté, déclara un jour : « Il faut reconnaître après tout que c’est une femme d’un très grand talent ; elle restera. »

 

Avis : Je devais lire ce livre pour mes études, et je trouve que le tableau de la couverture montre déjà l’Italie, la poésie et la femme poète, nous faisant déjà faire un pas dans le roman.

Il s’agit ici d’une histoire d’amour ; normalement, ce n’est pas trop mon style, mais ici, elle est vraiment très belle et romantique, au sens du mouvement littéraire. Il m’a semblé qu’elle montrait l’amour dans son intégralité : les sentiments merveilleux que l’on peut ressentir, la douleur qu’il peut occasionner, la souffrance liée à l’absence, à l’attente, les doutes qui s’emparent de celui qui aime, l’irritation, la froideur parce que l’on se pense offensé, la mélancolie de savoir qu’il faut se séparer, la folie dont on pense être la victime quand on est amoureux, l’impression de mourir de douleur … J’ai vraiment retrouvé toutes les facettes de l’amour, ses bons comme ses mauvais côtés, et aussi ce qui lui fait obstacle, chez les amants, ou dans la société. Elle est très importante ici, et est reliée à l’honneur. Ces deux éléments ne font pas du tout bon ménage avec l’amour : il ne s’intéresse pas aux questions d’honneur, il est, voilà tout. Mais, ce n’est, bien sûr, pas si simple à l’époque, et même encore parfois aujourd’hui. L’écriture renforce la beauté de l’histoire d’amour : elle est claire, parfois poétique, parfois morale, parfois philosophique. Elle entraîne le lecteur, qui veut absolument savoir ce qui adviendra de Corinne. Les prémisses du Romantisme sont visibles ici, notamment avec les thèmes abordés : harmonie avec la nature, correspondance climat/émotions, mal-être, mélancolie, folie amoureuse, désespoir, fatalité … J’ai aussi parfois eu l’impression d’être dans une tragédie, avec des opposants, des adjuvants, des malentendus qui entraînent des conséquences désastreuses, des longues tirades … Tout ce qui arrive ne semble qu’un concours de circonstances, et l’auteure y fait parfois référence en disant que tout serait différent si les personnages se parlaient, ou si l’un voyait l’autre.  

Dans ce livre, le lecteur trouve également des réflexions sur de nombreux sujets : pas seulement l’amour, mais la littérature, la musique, la politique aussi, de façon indirecte, l’honneur, les mœurs italiennes dans les différentes régions du pays, celles d’Angleterre, celles de France … L’intelligence de l’auteure transpire à travers ses passages où l’on sent parfois qu’elle s’implique dans son roman. Beaucoup disent que Corinne est Mme de Staël de par ses talents et son intelligence, qu’elle s’est dépeinte elle-même sous un autre nom pour, peut-être, feindre la modestie.

Il est vrai que le personnage de Corinne est exceptionnel. Elle est parfaite, elle a tout ce qu’elle peut désirer : elle est belle, intelligente, réfléchie, douce, gentille, empathique, compréhensive, généreuse ; elle a tous les talents, celui de la conversation, de la poésie, de la bienséance. Elle est admirée par tous, et sait s’adapter à n’importe quelle situation. Elle est libre, indépendante, et peut se livrer à ses talents sans risques en Italie. Elle est célibataire, car la condition de femme mariée la freinerait dans son génie. Elle représente une femme qui n’existait pas à l’époque, une femme qui pouvait vivre sans homme sans problème. Mais son passé est trouble, et celui qu’elle aime le découvre avec stupéfaction ; cela n’enlève rien à sa perfection. Dans ce roman, Corinne va découvrir l’amour. Lord Nelvil, ou Oswald, est l’homme duquel Corinne tombera amoureuse. Il est sombre, mélancolique, semble être son contraire absolu. Il incarne une figure romantique : celui de l’exilé qui a commis une faute impardonnable, et qui sera malheureux toute sa vie à cause de cette faute. Ce personnage semble être dans le doute permanent. Il se pose énormément de questions sur ce qui lui arrive, il va pratiquement jusqu’à dénaturer l’amour, ce qu’il ressent, par ces questions. Oswald est centré sur l’honneur, le devoir, la bienséance, ce qui convient à la société. Lucile, quant à elle, est pure, innocente et douce, dans la fleur de l’âge. Elle ne sait rien de la vie, n’a jamais connu aucune passion. Sa vie est tournée vers le devoir, l’obéissance, la soumission. Elle est tout sauf égoïste, et se sacrifie même sans que ses proches le sachent. Le lecteur rencontre d’autres personnages dans le livre comme Lady Edgermond, stricte en apparence, qui ne veut que le bonheur de sa fille, le comte d’Erfeuil, un jeune Français frivole qui adore se mettre en avant, et ne se rend compte que trop tard quand il va trop loin ou quand il blesse son interlocuteur, il est un des liens entre Corinne et Oswald, Lord Nelvil père, qui apparaît à travers ses écrits et les souvenirs de son fils, et qui finit par être un des personnages principaux car il est à l’origine de la décision de son fils, Thérèsine, fidèle servante de Corinne, effacée mais qui semble très dévouée à sa maîtresse, et le prince de Castel-Forte, dévoué à Corinne, et qui la soutient comme un véritable ami, quelques soient ses choix.

J’ai eu l’impression de faire un véritable voyage en Italie : le lecteur découvre beaucoup de choses sur un petit groupe de villes, et notamment sur Rome et Naples, où je suis déjà allée : ce qu’en dit l’auteure fait vraiment voyager, je me suis retrouvée à nouveau dans les lieux que j’avais visités. J’ai lu avec plaisir les descriptions de monuments et de paysages. L’auteure donne des détails, ce qui fait que le lecteur pourrait s’y croire !

La fin est prévisible, ce qui n’enlève rien à la beauté du roman. Elle est également triste (Romantisme oblige !) et laisse le lecteur à la fois un peu amer mais aussi admiratif en ce qui concerne Corinne.

 

En définitive, c’est une belle découverte que je recommande, qui plonge dans un véritable voyage, qui donne envie de découvrir l’Italie et dont l’écriture est vraiment belle et fait aimer l’histoire d’amour entre Corinne et Oswald.

4 commentaires »

  1. Melliane dit :

    Ca fait longtemps que je n’ai pas lu de classiques, enfin j’essaie de m’y remettre avec Jane Austen mais ce n’est pas le meme genre. En tout cas c’est vrai que je n’ai pas lu celui ci.

    http://www.betweendandr.com

    • redbluemoon dit :

      Des fois, ça fait du bien de lire un peu de classiques :) c’est vrai que Jane Austen n’est pas tout à fait le même genre. Bonnes lectures en tout cas !

  2. LaLibrosphère dit :

    C’est vrai qu’il est quand même tentant ce livre. Comme toi (et tu le sais bien), je n’aime pas les histoires d’amour mais quand c’est bien écrit, c’est autre chose. Tu vois, tes lectures imposées pour la fac me servent aussi, je découvre plein de classiques ! :p

    • redbluemoon dit :

      L’écriture donne une vraie beauté au livre, et l’histoire d’amour est tout sauf ringarde ou gnan-gnan ! Je vois ça, je suis contente qu’elles te servent ! ;) je pourrais te le prêter si tu veux :)

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