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I found myself in Wonderland.

La nostalgie heureuse de Amélie Nothomb

Classé dans : Avis littéraires — 22 août 2015 @ 14 h 56 min

La nostalgie heureuseGenre : Contemporaine, Autobiographie

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 152

Synopsis : « Tout ce que l’on aime devient une fiction. »

 

Avis : J’ai acheté ce livre le jour de la séance de dédicace d’Amélie Nothomb pour Pétronille, que j’ai acheté en même temps. Je trouve que cette couverture est la plus belle de toutes celles qui sont déjà sorties auparavant. Il s’en dégage une espèce de sérénité, et une beauté que je ne sais pas décrire.

Cela faisait longtemps que j’avais lu Amélie Nothomb, mais je n’avais pas oublié son écriture. Je l’aime toujours autant ! A la fois poétique, sérieuse et pleine d’humour, elle est un mélange que l’on ne rencontre pas partout, authentique et sincère. Ses mots nous font quelque chose, nous touchent ou nous indignent, dans tous les cas, ne nous laissent pas indifférents. J’ai ri parfois de la spontanéité de l’auteure face à une situation ou à une personne ! Cette autobiographie raconte le retour de l’auteure au Japon à l’occasion d’un documentaire à propos de son enfance dans ce pays, un endroit qui lui est très cher, et qu’elle n’avait pas revu depuis seize ans. Les réalisateurs en font un parcours de mémoire, initiatique ; ce parcours va provoquer chez l’auteure une nostalgie qu’elle a ressentie dès qu’elle a quitté le pays, à cinq ans, en repensant à ses souvenirs. Toute une réflexion s’installe alors dans le texte sur la mémoire, les retrouvailles, les souvenirs, la nostalgie, et la façon dont elle est appréhendée en Occident et au Japon. Clairement, Amélie Nothomb ne se sent pas Occidentale dans ce livre, mais Japonaise. Elle retrouve les lieux de son enfance transformés, et cela la blesse profondément. Dès qu’elle reconnaît quelque chose, elle semble émue comme une enfant, et les autres ne la comprennent pas, parce qu’ils ne voient rien d’exceptionnel dans ce qu’elle a retrouvé. Je me suis sentie proche d’elle à ce moment-là, parce que, souvent, quand on retrouve des petites choses liées à notre enfance, ou un détail dans un lieu qui a complètement changé, les autres ne comprennent pas l’importance de cette preuve que le passé a bien existé : ils n’y voient rien, quand, pour nous, cela signifie beaucoup. De plus, j’ai trouvé que la modestie et la simplicité d’Amélie Nothomb étaient très visibles dans ce livre. Elle est certaine que le documentaire n’aura pas lieu parce qu’il est sans importance pour France 5 ; elle est aussi horrifiée quand elle se présente comme « un écrivain célèbre ». J’ai eu l’impression qu’elle voulait juste être Amélie. 

On découvre de nouveaux aspects de la culture nippone : l’excentricité des jeunes, la force de résilience des Japonais (que l’on avait déjà vu dans Ni d’Eve ni d’Adam), ce qui a changé depuis Fukushima. L’auteure nous parle de l’explosion de la centrale à plusieurs reprises et se rend même sur les lieux. Elle évoque également le tremblement de terre de Kobé, où elle se rend pour retrouver Nishio-San. A nouveau, quelques mots japonais nous sont expliqués, et l’on comprend le titre du livre. La richesse de la langue est impressionnante, ainsi que ses nuances. Concernant la façon de raconter, j’ai trouvé que cette autobiographie était presque aussi spéciale que Métaphysique des tubes, même si ce n’était pas vraiment la même narration. L’auteure est entourée de caméras et ne peut pas laisser voir sa vie intérieure comme elle le veut ; mais au fond d’elle-même, elle est différente de ce qu’elle montre. Elle panique, ou se replie sur elle-même, elle se plonge dans son âme, où personne ne peut venir la chercher. A un moment, elle parle de vide : elle se sent vide, et je me suis rendue compte qu’à la fin de ma lecture, j’éprouvais la même sensation. C’était assez déroutant : j’étais sceptique et toute retournée à la fois. Cette lecture était comme un moment hors du temps et de l’espace, quelque part dans le vide, au milieu du silence.

En ce qui concerne les autres « personnages », si je peux les appeler de cette façon, j’ai été très contente de retrouver Rinri dans ce livre. Il est toujours aussi sympathique, et il m’a encore fait rire par sa gaucherie en français, et son comportement si différent du nôtre. Il semble vraiment être comme le décrit l’auteure : le plus gentil garçon du monde. Les réalisateurs sont présents pendant tout le livre, et dirigent le périple d’Amélie Nothomb dans son Japon natal. Je ne sais que dire sur eux. Ils sont présents et assistent aux retrouvailles sans interférer, juste en braquant leur caméra pour capturer le moment qui passe. La traductrice japonaise de l’auteure m’a fait sourire : elle a l’air très libre, et ne mâche pas ses mots, même face à un éditeur japonais qui tente de critiquer Stupeur et tremblements. Nishio-san est un « personnage » que j’avais apprécié en lisant Métaphysique des tubes, et je l’apprécie d’autant plus après ce livre. Elle aime Amélie comme sa fille, cela est visible, et l’amour que se vouent les deux femmes est palpable. Le passage de leurs retrouvailles est beau, émouvant, et leur séparation donne un petit pincement au cœur du lecteur. On se demande à ce moment-là si elles se reverront un jour.

La fin est un peu triste : fini le Japon, retour à Paris ! L’auteure montre bien ce que l’on ressent quand l’on rentre chez soi, surtout lorsque c’est à Paris, dans une ville qui finit par vous ronger. La nostalgie est toujours là, et le sera toujours, et elle invite sans doute à l’écriture.

En définitive, un très bon Amélie Nothomb, même s’il ne fait pas partie de mes préférés. Un très bon moment de lecture suspendu, qui donne envie de se plonger encore un peu plus dans un univers à la fois poétique et drôle.

2 commentaires »

  1. LaLibrosphère dit :

    J’aime vraiment la façon dont tu écris :) .
    Je n’ai pas lu de livres d’Amélie Nothomb depuis longtemps mais celui-ci me tente !

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