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I found myself in Wonderland.

L’Amant de Mireille Sorgue

Classé dans : Avis littéraires — 22 juillet 2015 @ 23 h 27 min

L'AmantGenre : Philosophie

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 1985

Nombre de pages : 134

Synopsis : « Je voudrais écrire comment je t’aime. En une longue lettre. Je voudrais faire ce progrès vers toi, réduire autant que c’est possible la distance entre nous, l’ignorance qui la cause. » Celle qui parle ici, et qui n’arrêtera plus de parler, se nomme Mireille Sorgue. Elle a vingt et un ans, et n’arrêtera plus d’avoir cet âge, vouée qu’elle est par sa mort prématurée comme par son œuvre inachevée à célébrer l’amour, et seulement l’amour, auquel, par son âge, elle s’identifie admirablement. Les heures heureuses deviennent des heures nécessaires. Mireille Sorgue, qui pressent que « son temps sera bref », trouve très vite le langage de l’éternité : ce qui revient à dire qu’elle se découvre de bonne heure, à la fois dans son rôle d’amante et dans sa nécessité d’écrivain : « Je suis ainsi faite que je ne me sens vivre que j’essaie de dire ce que je vis. Et que je n’ose me croire amoureuse que quand je suis capable de dire comment je le suis. » De cette prodigieuse aventure littéraire qu’est L’Amant, l’on peut dire ce que Mireille Sorgue écrivait elle-même à propos des sonnets de Louise Labé : « C’est une œuvre libératrice. Cette voix crie ce que la plupart ne savent ou n’osent dire. Elle délivre les amants de leur mutité. » H. B.

 

Avis : J’ai vu ce livre en philosophie l’année dernière, et je connais le passage sur Louise Labé presque par cœur à force d’avoir entendu mon professeur le répéter ! J’étais curieuse de découvrir ce que Mireille Sorgue pouvait bien dire de l’amour !

L‘introduction de Henry Bonnier est très courte et bien faite : elle donne vraiment envie de lire le livre que l’on a entre les mains, de découvrir la voix de la jeune auteure, son amour et sa façon d’en parler. En revanche, j’ai trouvé qu’il faisait de Mireille Sorgue un mythe. Elle n’était peut-être pas la jeune femme dont il parle. On ne sait pas vraiment ce qu’elle voulait et ne voulait pas. Etait-elle sûre de mourir jeune ? Personne n’en sait rien qu’elle au fond de son cœur. Dans les lettres du dossier, et dans le livre même, elle parle de son futur, ce qui me fait penser le contraire de Henry Bonnier. Elle parlait de la vieillesse, et de son corps qui change, du temps qui passe. Je n’ai pas adhéré à cette théorie de la mort jeune pour conserver l’amour intact. Je suis ensuite entrée dans le livre en tant que tel, et j’ai découvert une écriture puissante, tout en images et en métaphores. Les différentes parties du corps des amants deviennent des paysages, des mers, des montagnes, des fleuves, leurs mains sont des fleurs, des fruits ; ces métaphores influencent leur environnement, et la nuit devient « une nuit de sucre ». Il est étrange d’entendre parler de l’amour de cette façon : c’est tellement poétique et naturel. Les corps sont faits pour se rencontrer, pour s’étreindre et se séparer de nouveau. Je me suis identifiée à l’auteure lorsque j’ai lu sa biographie, mais aussi quand j’ai lu ses lettres, qui se trouvent à la fin du livre : élève modèle, elle rencontre l’amour, et se sent une vocation d’écrivain qui la ronge. Elle ne sait pas comment commencer à écrire, elle ne sait pas comment dire ce qui lui pèse sur le cœur, et elle juge ses essais médiocres, n’osent pas les montrer. Son écriture m’a fait l’effet d’un jaillissement. Il faut qu’elle parle, il faut qu’elle dise, et les mots sortent d’elle, sans qu’elle ait besoin de les retoucher : ils expriment très bien ce qu’elle veut dire.

Le livre est une œuvre sur l’amour, mais la figure qui revient la plupart du temps est celle des mains. Elles sont le lieu de l’amour, et Mireille Sorgue nous les fait voir avec des yeux nouveaux, plus ouverts, plus lucides sur ce qu’elles signifient pour deux amants. Souvent, ils restent en contact physique, et celui-ci se fait principalement par les mains. Elles se tiennent, elles se cherchent, se séparent, et se rejoignent à nouveau en un geste d’amour simple, mais qui veut dire tellement. L’auteure évoque également l’attente, ce qui m’a fait penser à Fragments d’un discours amoureux, où un article entier lui est consacré. Elle évoque le sentiment amoureux, mais aussi le sentiment de l’étreinte amoureuse, ce qu’elle signifie pour l’amant, comment l’amoureuse voudrait s’y perdre mais finit toujours par s’y retrouver. Le cri d’amour de l’auteure résonne en nous : nous avons aussi ressenti ce dont elle parle parfois, et cela nous frappe.

La fin est désespérante. Elle ne nous dit pas que l’amour change avec le temps, et que les deux amants se lassent (non, même si l’amour change, les deux êtres se retrouvent amants parfois, même quand la fièvre n’y est plus). Elle nous parle de la tendresse qui assagie les amants, mais surtout, elle nous parle du temps, le grand ennemi de l’amant car il aboutit à la mort, et que, dans la mort, les amants seront séparés pour jamais … Le choc de cette révélation fait mal parce qu’elle se convainc du contraire tout le long. Même dans l’amour, elle reste lucide, et sa rationalité refait surface.

 

En définitive, je n’avais jamais lu un auteur qui parlait de l’amour de cette façon. C’est à la fois poétique et troublant, un jaillissement d’amour qui nous éclabousse de poésie et de désespoir.

4 commentaires »

  1. LaLibrosphere dit :

    Ce livre a l’air très intéressant !

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