Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

La Ligne Verte de Stephen King

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 3 juillet 2015 @ 21 h 17 min

La Ligne VerteGenre : Fantastique

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2001

Nombre de pages : 509

Synopsis : « Ça s’est passé en 1932, quand le pénitencier de l’Etat se trouvait encore à Cold Mountain. Naturellement, la chaise électrique était là. Ils en blaguaient, de la chaise, les détenus, mais comme on blague des choses qui font peur et auxquelles on ne peut échapper. Ils la surnommaient Miss Cents Mille Volts, la Veuve Courant, la Rôtisseuse. » Dans le bloc des condamnés à mort, au bout d’un long couloir que les prisonniers appellent la ligne verte, la chaise électrique attend John Caffey. Le meurtrier des petites jumelles Detterick, jadis découvert en larmes devant leurs cadavres ensanglantés. Paul Edgecombe, le gardien-chef, l’accueille comme les autres, sans état d’âme. Pourtant, quelque chose se trame … L’air est étouffant, la tension à son comble. Un rouage va lâcher, mais pourquoi ? Les provocations sadiques d’un maton dérangé, la présence d’une souris un peu trop curieuse, l’arrivée d’un autre condamné ? Aux frontières du roman noir et du fantastique, ce récit est avant tout une brillante réflexion sur l’exécution capitale.

 

Avis :  J’ai tenté de faire comme le disait l’auteur : lire peu à peu, épisode par épisode, comme le livre avait été publié à l’origine, mais aussi le lire collectivement. J’ai lu le premier épisode avec grand plaisir, et j’ai attendu une semaine pour lire la suite, mais je n’ai pas pu m’arrêter une seconde fois aussi longtemps. Pour le collectif, personne dans mon entourage n’aime vraiment lire, ou ils préfèrent le faire à leur rythme, donc je l’ai lu seule.

Dès le synopsis, le lecteur sait que c’est une histoire prenante, qui ne va pas le laisser indemne. L’on suit Paul Edgecombe qui nous raconte précisément l’année 1932 au pénitencier de Cold Mountain, il est narrateur de sa vie, parle directement aux lecteurs. Il est gardien-chef de la prison, et travaille au bloc E, celui où se trouvent les condamnés à mort. Son écriture est très personnelle, elle est donc tout de suite très touchante. Le lecteur s’attache facilement au narrateur/personnage : on oublie presque que c’est une histoire inventée et l’on a vraiment l’impression que les personnages ont existé. Ce livre est un concentré et un mélange d’émotions plus intenses les unes que les autres : l’indignation et la tristesse dominent, mais l’on ne peut négliger la beauté de certains passages. En réalité, un seul mot me vient pour ce livre : frappant ! Le lecteur prend une véritable gifle en pleine figure, parce qu’il s’attache à des personnages qui vont mourir, ou qui souffrent. Le mal est omniprésent, et le bien semble sur le point d’être vaincu à chaque instant. L’on se trouve toujours sur un fil, si fin que l’on tangue à chaque instant.

Comme je l’ai dit, Paul, le narrateur, est très attachant. Il entretient bien le suspense par de petites allusions à la suite de l’histoire sans tout de suite donner de détails. Il emploie également l’humour pour dédramatiser la situation : le lecteur ne peut qu’imaginer la pression sur les épaules des gardiens, et la tension qui règne au bloc E. Il est normal d’avoir besoin de se détendre. Paul semble être un roc face à la tempête de ses souvenirs. Il veut raconter son histoire, même soixante ans après, et il tient le coup. Sa douleur effroyable est perceptible. Il a vu peu à peu partir tous ceux qu’il aimait : le lecteur ne peut qu’imaginer sa souffrance. Il est seul maintenant. Autre chose à propos de ce personnage : je n’ai pas compris tout de suite l’intérêt de son problème de santé dans l’histoire. J’ai trouvé ça assez étonnant au début, et puis je me suis dit que c’était sans doute pour que ce soit encore plus personnel. Finalement, il est clair que ce problème a une importance considérable, et qu’il fait vraiment partie de l’intrigue. Venons-en à John Caffey … Je crois que c’est un de mes personnages préférés dans toute la littérature, et un de ceux qui m’ont le plus marquée. Il est si maladroit, innocent, doux. Dès le début, j’ai eu vraiment du mal à l’imaginer faire du mal à une mouche. Le lecteur a envie de le protéger de la vie, et du monde. Il est tellement triste, désespéré par l’Humanité et le mal qui y règne que c’en est bouleversant. C’est aussi un très beau personnage, quelqu’un que l’on oublie difficilement. J’avoue que je me suis beaucoup accrochée à lui, et que j’ai beaucoup espéré pour lui. Le lecteur découvre également d’autres personnages comme les autres gardiens, Brutus, Dean, Harry, auxquels on s’attache facilement pour diverses raisons. Ils sont très différents les uns des autres mais sont amis, et se soutiennent mutuellement. Del est aussi attachant, ce qui est assez perturbant pour le lecteur. C’est un être abominable, et pourtant, dans le bloc E, il vit aussi joyeusement que possible, bavarde avec les gardiens, rit avec eux. Et le pire, c’est que le lecteur oublie peu à peu qui il était, et ne se souvient que de ce qu’il est actuellement. Wharton est une horreur, je ne vois rien d’autre à dire sur lui : c’est un pervers, et peut-être le seul que le lecteur espère voir mourir. Percy est insupportable, un homme abject qui n’a pas sa place où il se trouve. Il est pervers également, mais d’une autre façon : il aime se délecter de la souffrance des autres et est lâche à souhait. Ce qu’il fait à Delacroix est tout simplement immonde. Et le pire, c’est qu’il cherche à se justifier !! A vomir … Janice, la femme de Paul, est attachante elle aussi, parce que son mari l’aime passionnément, et cela se sent dans sa façon de parler d’elle. Elle est forte, et tente tout pour sauver ceux qui le méritent. Elle est un pilier pour Paul, et ne l’accable pas quand il prend des décisions difficiles. Elaine Connely semble être un reflet de Janice, donc tout aussi attachante. Elle lui ressemble beaucoup, et, même âgée et malade, elle reste intransigeante quand il s’agit de protéger ceux qu’elle aime. Hal et Melinda Moores ont un rôle important à jouer dans cette histoire, surtout la seconde. Il est facile de la trouver attachante dans sa fragilité, et sa sénilité. Quant à lui, son métier est difficile et l’use, c’est visible, surtout à la fin.

Il y a une véritable réflexion ici sur la peine capitale : elle est vraiment peu à peu montrée comme une abomination, une horreur inhumaine. Le pénitencier utilise la violence contre la violence, et cela finit par faire réfléchir ceux qui exécutent les condamnés. Paul Edgecombe travaille depuis de longues années au bloc E, et on peut penser qu’il est particulièrement apte à juger la condamnation à mort. Par exemple, le fait que le sac que l’on met sur la tête du condamné soit pour les témoins montre bien qu’ils veulent assister à la mort du criminel, mais qu’ils ne veulent pas voir son visage torturé, sans doute parce qu’ils pourraient en ressentir de la honte. La mort d’Edouard Delacroix est tout simplement abominable, et les témoins ne le supportent pas, même s’il a tué plusieurs personnes de façon horrible. J’ai eu du mal à lire ce passage, et j’ai eu mal au cœur en repensant aux scènes qui concernaient Delacroix, des scènes plutôt joyeuses où l’on oublie qu’il a tué. En effet, le lecteur s’attache aux condamnés, comme les gardiens, même si ce sont des criminels notoires. Del est très apprécié, et sa mort est difficile à vivre pour tout le monde. Sans parler de John Caffey … Il est le bien incarné, et pourtant, il est condamné à la chaise, sans jamais s’en plaindre. Cela donne vraiment à réfléchir, et le lecteur se révolte peu à peu contre la peine capitale. Bien sûr, il y a aussi des criminels comme Wild Bill Wharton, qui méritent de mourir pour le lecteur comme pour les gardiens. Il semble également y avoir une réflexion sur la religion : avant de mourir, les condamnés ont droit de prier avec un pasteur, ou seul, pour le salut de leur âme. Dieu condamne les criminels, qui brûleront en Enfer. Pourtant, un événement contrarie cette logique religieuse, et remet en question le « bien-fondé » de la peine capitale pour certains. En effet, que se passe-t-il si un condamné est en réalité innocent ?

La fin est éprouvante (quelques larmes, forcément …), un peu comme tout le livre, mais elle est plutôt logique et prévisible. Elle nous assure que nous n’oublierons pas cette histoire de sitôt, et surtout pas John Caffey. J’avoue que je m’étais imaginée beaucoup de fins différentes, jusqu’à la toute fin, si je puis dire. Enfin, concernant Paul, j’ai eu un peu mal au cœur pour lui. Il se retrouve seul avec ses souvenirs, et c’est assez affreux, quand on y pense. Je vais bientôt regarder le film !

 

En définitive, un coup de cœur, un chef-d’œuvre formidable, et une formidable claque en pleine figure ! Inoubliable !

 

Challenge des 100 livres à lire au moins une fois

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