Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour juillet, 2015

L’Héritage Boleyn de Philippa Gregory

Posté : 31 juillet, 2015 @ 10:23 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 16 commentaires »

L'Héritage Boleyn Genre : Historique

Editeur : Archipoche

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 538

Synopsis : 1539. Henri VIII d’Angleterre épouse Anne de Clèves – faire alliance avec les Protestants est d’une importance stratégique. D’abord éblouie par les fastes de la cour, la nouvelle reine se sent vite prise au piège. Et surtout menacée par la très jeune Katherine Howard, nièce de l’ambitieux Thomas, duc de Norfolk … Faisant suite à Deux sœurs pour un roi, où Philippa Gregory racontait avec brio la rivalité de Marie et Anne Boleyn, L’Héritage Boleyn plonge à nouveau le lecteur dans les coulisses de la cour du monarque le plus craint de son temps.

 

Avis : J’ai lu Deux sœurs pour un roi il y a un moment maintenant, et je me souviens avoir vraiment adoré ! J’ai également lu The Constant Princess sur Catherine d’Aragon (adoré également). Je me suis donc dit que la suite ne pouvait pas me décevoir ! De plus, je trouve la couverture magnifique, et le titre assez ironique.

Petite précision avant de vraiment commencer : je lis la saga des Tudor dans l’ordre chronologique des événements qui surviennent dans les livres, pas dans l’ordre de publication. Quand je parle du premier tome de la saga, je parle de The Constant Princess. Je considère donc ce livre comme le troisième tome.

La Cour est un monde cruel ; depuis le premier tome, le lecteur l’a découvert. Et rien ne change dans ce nouveau volume. La nouvelle reine va bientôt découvrir que les amis n’en sont pas lorsque l’on séjourne en Angleterre sous Henri VIII. Le lecteur assiste ici aux événements qui ont suivi la mort d’Anne Boleyn (relatée dans le second tome) et celle de Jane Seymour. Le souverain recherche une quatrième épouse et laisse un de ses plus proches conseillers la choisir : Thomas Cromwell, qui privilégie donc Anne de Clèves. Dans les tomes précédents, le lecteur n’avait qu’un seul point de vue sur la situation : celui de Catherine d’Aragon, puis celui de Marie Boleyn. Ici, trois femmes nous racontent la vie à la Cour : Jane Boleyn, que j’avais détesté et qui m’avait dégouté dans le second tome, mais qui ici, semble nous montrer un autre aspect de sa personnalité ; Anne de Clèves, la nouvelle reine qui découvre la Cour et le roi. Elle aime l’Angleterre, adopte immédiatement ce nouveau pays, mais sa première rencontre que son époux est désastreuse, et marque son destin ; Catherine Howard, une jeune fille, et même, une gamine, qui semble ne rien avoir dans la tête. Ces trois femmes sont les opposées les unes des autres, ce qui nous donne vraiment des visions différentes des personnages ou des événements qui surviennent. De plus, le lecteur est ainsi sur plusieurs fronts, il est un peu omniscient, et se rend facilement compte du piège qu’est la Cour et de la perfidie des courtisans. J’ai retrouvé dans ce tome ce que j’avais aimé dans Deux sœurs pour un roi : un savant mélange d’intrigues de Cour complexes, de trahisons stupéfiantes, d’adultère, de folie, de passion qui fascine le lecteur. Les excès du roi d’Angleterre sont hallucinants et le lecteur n’en croit pas ses yeux. Certaines scènes montrent bien que la Cour fait tout pour contenter le souverain, même lui mentir si cela est nécessaire. Tout le monde semble comploter contre tout le monde, même au sein des familles, et une femme à qui vous confiait un secret peut signer, le lendemain, un témoignage qui prouve que vous êtes une sorcière, ou que vous avez tenté d’assassiner le roi. Dans cet endroit où les lions côtoient les serpents, le but ultime de tout individu est le pouvoir et l’argent. Toute l’intrigue n’a été montée que pour cela. Le bonheur est exclu de la vie courtisane, tout comme la volonté, car il faut suivre celle du roi, que l’on soit courtisan, dame d’atour ou reine d’Angleterre. Le souverain a droit de vie et de mort sur quiconque vit dans son pays. Tout comme dans le tome précédent, le roi châtie comme bon lui semble, et certaines morts sont vraiment atroces … Le lecteur ne peut pas même imaginer ce que l’on doit ressentir, que ce soit pendant l’attente ou pendant l’exécution. Concernant l’écriture, le traducteur (et donc l’auteur je suppose) a fait l’effort d’employer un vocabulaire d’époque afin de vraiment faire plonger le lecteur dans l’Histoire. C’est également un plaisir d’imaginer les divers lieux traversés par les personnages. Aussi, il y a tant de rebondissements d’un chapitre à l’autre, tant de pression sur les différents personnages que le lecteur est captivé et ne peut reposer le livre avant de l’avoir fini !

Le premier personnage que l’on rencontre est Jane Boleyn, un personnage abject que j’ai en horreur depuis Deux sœurs pour un roi. Je n’avais même pas parler d’elle dans mon article : je voulais seulement l’oublier. Ici, le lecteur semble découvrir une nouvelle facette de cette femme. En effet, dans le tome précédent, il avait le point de vue de Marie ; dans L’Héritage Boleyn, Jane a une version tout à fait différente de ce qui s’est passé en 1536, lors de la condamnation de son mari George, et de sa belle-sœur, Anne. Elle semble vraiment se repentir et m’a fait mal au cœur (je l’ai même plainte parfois !) : elle ne cesse de répéter qu’elle aimait George, et elle se sent coupable tout en se disant qu’elle ne l’est pas tout à fait. Les fantômes des morts la hantent, la poursuivent même dans les couloirs des lieux où elle vit. J’ai trouvé ce personnage assez paradoxal : d’un côté, elle est indépendante, elle sait ce qu’elle fait, c’est une manipulatrice patentée, et elle n’a besoin de personne pour comploter ; d’un autre, elle se sent le jouet du duc de Norfolk à qui elle obéit, quoi qu’il lui dise. Elle pense d’ailleurs qu’il est responsable de la mort de son mari. Elle se pense une honnête femme (ou cherche-t-elle à s’en convaincre ?) et une alliée de choix. Elle connaît toutes les ficelles de la Cour, ainsi que le roi. Elle se sent importante et nourrit des espoirs de retrouver un jour une vie « normale ». Elle est convaincue qu’elle ne mourra pas exécutée car elle sert le roi comme personne. Anne de Clèves, la nouvelle reine choisie par Thomas Cromwell pour Henri VIII, m’a tout de suite été sympathique. Elle ne ressemble ni à Marie ni à Anne Boleyn, elle n’a rien de charnel, et les histoires de cœur ne semblent pas l’intéresser. Tout ce qu’elle veut, c’est remplir son devoir et profiter de sa nouvelle liberté. Elle m’a, elle aussi, fait mal au cœur quand elle imagine tout ce qu’elle peut faire pour l’Angleterre et pour ses sujets. Elle rêve sa vie de reine, et se retrouve bien bas lorsque l’humiliation arrive. C’est un personnage très courageuse (elle m’a un peu fait penser à Catherine d’Aragon), douce et gracieuse, digne d’être une reine, même si, à son arrivée, elle est qualifiée de laideron sans charmes. La Cour, qu’elle pensait raffinée, se trouve être un lieu à la fois discipliné, craintif et débauché. Elle mène les choses comme elle le peut, mais n’a aucun pouvoir sans l’appui du roi. Ce qui lui arrive par la suite est à la fois affreux et merveilleux : affreux parce que c’est une humiliation publique, aux yeux du monde entier ; et merveilleux parce qu’elle est la seule à bénéficier de ce traitement. Son manque de rancune m’a surprise, mais cela prouve simplement que c’est une femme d’exception. Catherine Howard m’a, dès le début, parue agaçante, une gamine stupide, égoïste et vaniteuse, qui ne pense qu’à ce qu’elle possède ! Ses seules qualités sont de reconnaître ces défauts, mais aussi d’être tout de même sensible parfois. Elle se rend compte des erreurs qu’elle a commises contre des personnes qu’elle appréciait. Elle veut avoir l’apparence d’une reine, veut se faire respecter par tous, mais ses frivolités et ses manières la montrent comme une catin. J’ai eu pitié d’elle à de nombreuses reprises, malgré mon agacement : elle aussi rêve à sa vie, et s’imagine que rien de mauvais ne peut lui arriver. Elle pense que tout ira bien pour elle et pour ses proches, qu’elle a de bons alliés, qu’elle aime, et que la vie est belle. Henri VIII est vraiment un roi fou, un enfant gâté qui fait des caprices et qui casse ses jouets dans un excès de colère. Il est craint de tous, est devenu laid, adipeux, horrible, et se pense encore beau comme dans sa jeunesse, frais et jeune. Il m’a fait froid dans le dos à de nombreuses reprises : la vie ne tient qu’à un fil entre ses mains, il joue avec elle comme il jouerait avec des boules pour jongler. Il est tellement horrible que je n’ai pas réussi à avoir pitié de lui. Le duc de Norfolk est le manipulateur par excellence, sans cœur et sujet à la colère quand ses ordres ne sont pas respectés. Il m’a vraiment dégouté par son manque de parole, d’honneur et de loyauté. Il utilise les gens comme ses pions et ne se préoccupe pas de ce qui peut leur arriver ensuite. Il rêve (lui aussi !) d’être puissant, et son ambition l’amène à faire des choses à sa famille qui font froid dans le dos. Le roi et lui sont la face, et le dos d’une même pièce : l’horreur déclinée à la Cour. Le lecteur rencontre d’autres personnages plus ou moins importants : Thomas Culpepper qui prend peu à peu de l’importance et qui connaîtra le courroux du roi ; les demoiselles de chambre de Catherine, des débauchées qui ne connaissent ni la loyauté, ni l’honneur ; tout un tas de courtisans et de demoiselles, mais aussi des personnages historiques qui, pour la plupart, finissent mal, comme Thomas Cromwell, Margaret de la Pole, Marie Tudor, Elizabeth Tudor, Edouard VI et autres.

Encore une fois, ce tome montre la documentation de l’auteure. Bien qu’il y ait sans doute des passages inventés, elle a fait des recherches approfondies et nous offre un roman complet qui fascine et captive le lecteur, qui se retrouve vraiment plongé dans l’histoire de l’époque. Elle nous offre des portraits des personnages qu’elle semble connaître, ce qu’elle invente pour lier les événements entre eux est tout à fait cohérent, et j’apprécie vraiment sa façon de nous apprendre l’histoire de l’Angleterre tout en nous permettant de lire un roman passionnant.

La fin est multiple, au vu des différents points de vue. Pour Jane, le lecteur la voit enfin sous son véritable jour, et ne peut que la mépriser de tout son cœur. La note de l’auteure la concernant ne m’a pas vraiment étonnée. Pour Catherine, la fin était évidente, même si elle ne s’y attendait pas. Elle est très choquante quand on sait pourquoi elle advient ! C’est Anne qui clôt le livre par une espèce d’épilogue bienvenu !

 

En définitive, ce livre est un coup de cœur, un excellent roman historique captivant, où l’on apprend énormément de choses et où l’on vit vraiment l’ambiance de la Cour. J’ai tout de même préféré Deux sœurs pour un roi, qui ne me semble pas pouvoir être égalé ! Je lirais sans aucun doute la suite de cette saga !

Poésies de Stéphane Mallarmé

Posté : 27 juillet, 2015 @ 11:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Poésies Genre : Poésie

Editeur : GF

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 310

Synopsis : « Où fuir dans la révolte inutile et perverse ? / Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! »

 

Avis :  J’ai toujours eu un peu peur de Mallarmé, mais quand j’ai étudié « Ses purs ongles très longs dédiant leur onyx » l’année dernière, je me suis dit que c’était très beau, mais que je risquais de ne rien comprendre. Et puis, j’ai enfin sauté le pas !

J’ai ressenti un plaisir dans ma lecture que je n’avais pas ressenti depuis un assez long moment : le plaisir de mots savamment employés tout en gardant l’émotion, la beauté de ce qui est dit, le lyrisme. Certains poèmes m’ont vraiment transportée, surtout ceux du début du recueil, qui font partie de l’Edition Deman, Bruxelles 1899. J’ai été touchée, j’ai eu des frissons, et j’ai compris à quel point la poésie m’avait manqué ! Le jeu des sons ne fait que renforcer la puissance des poèmes : Mallarmé sait jouer avec les mots, il sait ce qu’il veut leur faire dire, même si parfois, c’est un peu compliqué à comprendre pour le lecteur ; et surtout, il sait faire résonner la poésie chez celui qui lit. La poésie, ici, peut simplement être écoutée pour les sonorités qu’elle révèle. Les mots s’accordent parfaitement, et c’est un régal pour le lecteur.

Dès le début de ma lecture, j’ai cru reconnaître des façons d’écrire, des mots utilisés, des expressions. J’ai parfois cru retrouver Baudelaire dans ce livre, et je me suis identifiée à Mallarmé, qui dit que le poète est un « pur et extraordinaire génie » qui a éveillé en lui la vocation poétique. J’écris moi aussi (même si, évidemment, je n’ai pas le talent de ces deux grands auteurs), et je pense que c’est grâce à Baudelaire, qui m’a fait voir tout ce que l’on pouvait faire de la langue, tout ce que l’on pouvait dire en quelques vers, toute la portée et la puissance de l’écriture et du poème. Mon premier recueil de poésie a été Les Fleurs du Mal, et il restera toujours premier pour moi, le meilleur de tous !

Je ne sais que dire de plus, simplement qu’il ne faut pas s’arrêter à « l’hermétisme » que certains voient dans les vers de Mallarmé ; il faut tenter d’aller au-delà, mais aussi de se laisser porter par la mélodie des poèmes. C’est un auteur à découvrir, un des plus grands poètes de la littérature française !

 

En définitive, un recueil merveilleux, où l’on peut être emportée par certains poèmes, où certains autres, il est vrai, sont difficiles à comprendre, mais où la puissance des mots, et le jeu des sons emportent tout de même le lecteur, qui ressort frappé du génie de Mallarmé.

L’Amant de Mireille Sorgue

Posté : 22 juillet, 2015 @ 11:27 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

L'AmantGenre : Philosophie

Editeur : Albin Michel

Année de sortie : 1985

Nombre de pages : 134

Synopsis : « Je voudrais écrire comment je t’aime. En une longue lettre. Je voudrais faire ce progrès vers toi, réduire autant que c’est possible la distance entre nous, l’ignorance qui la cause. » Celle qui parle ici, et qui n’arrêtera plus de parler, se nomme Mireille Sorgue. Elle a vingt et un ans, et n’arrêtera plus d’avoir cet âge, vouée qu’elle est par sa mort prématurée comme par son œuvre inachevée à célébrer l’amour, et seulement l’amour, auquel, par son âge, elle s’identifie admirablement. Les heures heureuses deviennent des heures nécessaires. Mireille Sorgue, qui pressent que « son temps sera bref », trouve très vite le langage de l’éternité : ce qui revient à dire qu’elle se découvre de bonne heure, à la fois dans son rôle d’amante et dans sa nécessité d’écrivain : « Je suis ainsi faite que je ne me sens vivre que j’essaie de dire ce que je vis. Et que je n’ose me croire amoureuse que quand je suis capable de dire comment je le suis. » De cette prodigieuse aventure littéraire qu’est L’Amant, l’on peut dire ce que Mireille Sorgue écrivait elle-même à propos des sonnets de Louise Labé : « C’est une œuvre libératrice. Cette voix crie ce que la plupart ne savent ou n’osent dire. Elle délivre les amants de leur mutité. » H. B.

 

Avis : J’ai vu ce livre en philosophie l’année dernière, et je connais le passage sur Louise Labé presque par cœur à force d’avoir entendu mon professeur le répéter ! J’étais curieuse de découvrir ce que Mireille Sorgue pouvait bien dire de l’amour !

L‘introduction de Henry Bonnier est très courte et bien faite : elle donne vraiment envie de lire le livre que l’on a entre les mains, de découvrir la voix de la jeune auteure, son amour et sa façon d’en parler. En revanche, j’ai trouvé qu’il faisait de Mireille Sorgue un mythe. Elle n’était peut-être pas la jeune femme dont il parle. On ne sait pas vraiment ce qu’elle voulait et ne voulait pas. Etait-elle sûre de mourir jeune ? Personne n’en sait rien qu’elle au fond de son cœur. Dans les lettres du dossier, et dans le livre même, elle parle de son futur, ce qui me fait penser le contraire de Henry Bonnier. Elle parlait de la vieillesse, et de son corps qui change, du temps qui passe. Je n’ai pas adhéré à cette théorie de la mort jeune pour conserver l’amour intact. Je suis ensuite entrée dans le livre en tant que tel, et j’ai découvert une écriture puissante, tout en images et en métaphores. Les différentes parties du corps des amants deviennent des paysages, des mers, des montagnes, des fleuves, leurs mains sont des fleurs, des fruits ; ces métaphores influencent leur environnement, et la nuit devient « une nuit de sucre ». Il est étrange d’entendre parler de l’amour de cette façon : c’est tellement poétique et naturel. Les corps sont faits pour se rencontrer, pour s’étreindre et se séparer de nouveau. Je me suis identifiée à l’auteure lorsque j’ai lu sa biographie, mais aussi quand j’ai lu ses lettres, qui se trouvent à la fin du livre : élève modèle, elle rencontre l’amour, et se sent une vocation d’écrivain qui la ronge. Elle ne sait pas comment commencer à écrire, elle ne sait pas comment dire ce qui lui pèse sur le cœur, et elle juge ses essais médiocres, n’osent pas les montrer. Son écriture m’a fait l’effet d’un jaillissement. Il faut qu’elle parle, il faut qu’elle dise, et les mots sortent d’elle, sans qu’elle ait besoin de les retoucher : ils expriment très bien ce qu’elle veut dire.

Le livre est une œuvre sur l’amour, mais la figure qui revient la plupart du temps est celle des mains. Elles sont le lieu de l’amour, et Mireille Sorgue nous les fait voir avec des yeux nouveaux, plus ouverts, plus lucides sur ce qu’elles signifient pour deux amants. Souvent, ils restent en contact physique, et celui-ci se fait principalement par les mains. Elles se tiennent, elles se cherchent, se séparent, et se rejoignent à nouveau en un geste d’amour simple, mais qui veut dire tellement. L’auteure évoque également l’attente, ce qui m’a fait penser à Fragments d’un discours amoureux, où un article entier lui est consacré. Elle évoque le sentiment amoureux, mais aussi le sentiment de l’étreinte amoureuse, ce qu’elle signifie pour l’amant, comment l’amoureuse voudrait s’y perdre mais finit toujours par s’y retrouver. Le cri d’amour de l’auteure résonne en nous : nous avons aussi ressenti ce dont elle parle parfois, et cela nous frappe.

La fin est désespérante. Elle ne nous dit pas que l’amour change avec le temps, et que les deux amants se lassent (non, même si l’amour change, les deux êtres se retrouvent amants parfois, même quand la fièvre n’y est plus). Elle nous parle de la tendresse qui assagie les amants, mais surtout, elle nous parle du temps, le grand ennemi de l’amant car il aboutit à la mort, et que, dans la mort, les amants seront séparés pour jamais … Le choc de cette révélation fait mal parce qu’elle se convainc du contraire tout le long. Même dans l’amour, elle reste lucide, et sa rationalité refait surface.

 

En définitive, je n’avais jamais lu un auteur qui parlait de l’amour de cette façon. C’est à la fois poétique et troublant, un jaillissement d’amour qui nous éclabousse de poésie et de désespoir.

The Lovely Bones d’Alice Sebold

Posté : 20 juillet, 2015 @ 6:43 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

The Lovely Bones Genre : Drame

Editeur : Little, Brown and Company

Année de sortie : 2002

Nombre de pages : 328

Synopsis : When we first meet Susie Salmon, she is already in heaven. As she looks down from this strange new place, she tells us, in the fresh and spirited voice of a fourteen-year-old girl, a tale that is both haunting and full of hope. In the weeks following her death, Susie watches life continuing without her – her school friends trading rumors about her disappearance, her family holding out hope that she’ll be found, her killer trying to cover his tracks. As months pass without leads, Susie sees her parents’ marriage being contorted by loss, her sister hardening herself in an effort to stay strong, and her little brother trying to grasp the meaning of the word gone. And she explores the place called heaven. It looks a lot like her school playground, with the good kind of swing sets. There are counselors to help newcomers adjust and friends to room with. Everything she ever wanted appears as soon as she thinks of it – except the thing she wants most: to be back with the people she loved on Earth. With compassion, longing, and a growing understanding, Susie sees her loved ones pass through grief and begin to mend. Her father embarks on a risky quest to ensnare her killer. Her sister undertakes a feat of remarkable daring. And the boy Susie cared for moves on, only to find himself at the center of a miraculous event.

 

Avis : J’ai vu le film adapté du livre il y a quelques années, et je n’en avais gardé aucun souvenir excepté une impression à la fois de malaise et de féerie avec le paradis de Susie. Je me suis dit que je pouvais lire le livre, qu’il devait être mieux que le film, comme la plupart du temps.

Je ne m’attendais pas vraiment à ce que j’ai lu. Je pensais lire une véritable course poursuite entre la famille de Susie et son tueur. Je m’attendais à de l’action et à des moments féériques pendant lesquels les deux mondes se touchent. En fait, dès le début du livre, je me suis sentie mal à l’aise. Je trouve que l’écriture, la narration, n’est pas adaptée à ce que ressent le lecteur. Il est indigné, écœuré, dégouté, il veut que le tueur de Susie paie pour ce qu’il lui a fait. C’est aussi le cas de la jeune fille au début, mais peu à peu, elle devient pacifique et veut simplement que tout aille bien sur Terre pour sa famille. L’impression de malaise n’a fait que s’amplifier. En effet, le lecteur sait qui est le tueur, contrairement à tous les autres personnages excepté Susie. Je dois avouer que certains passages m’ont rendue malade et que j’ai vraiment souhaité que l’auteure ouvre les yeux de ses êtres de papier. Ils passent à côté du tueur tous les jours, et ne se doutent même pas que c’est lui. Après la « course poursuite » qui n’en était pas vraiment une, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas vraiment d’action. On suit la vie des membres de la famille de Susie qui tentent de survivre à la mort de leur fille/sœur. Ils ont tous une façon particulière de vivre leur deuil : l’un veut se rendre invulnérable, et un autre doit partir. On suit les décisions et les événements qui surviennent sur leur chemin. Le lecteur découvre également le paradis de Susie, un endroit étrange, composé de plusieurs lieux et où certains morts se rencontrent. Parfois, j’ai eu un peu de mal avec le fait que Susie soit un fantôme parmi les membres de sa famille : l’histoire des personnages est assez terre-à-terre et le fait que ce soit une petite fille morte qui la raconte est assez étrange. De plus, dès le début, des ellipses et des flashbacks ont lieu : les événements sont chronologiquement mélangés, ce qui peut rendre le lecteur confus. C’est assez troublant de passer de 1973 à 1961, au futur, au passé. Sinon, l’écriture est très belle, certains passages sont très beaux ; je suis passée complètement à côté d’autres.

Susie est une petite fille attachante, sans aucun doute. Elle nous raconte le jour de sa mort, et il m’a semblé que l’auteure voulait la rendre courageuse. Elle éparpille les différents moments : quand le criminel l’a abordé, quand il l’a mise en confiance, quand il l’a violée puis tuée. Elle se rend compte de l’horreur de la situation et sait qu’elle va mourir, et elle ne sait que penser à sa mère qui l’attend. C’est une jeune fille très émouvante, qui finit par renoncer à la vengeance pour permettre à sa famille de se reconstruire peu à peu sans elle. Elle veut leur apparaître, elle veut leur parler et les rassurer, mais elle comprend que l’ »Inbetween » ne peut être franchi que sous certaines conditions. Elle suit chaque membre de sa famille, mais aussi ses amis, Ray et Ruth, les regardant évoluer, les rapprochant, les protégeant comme elle le peut. Jack Salmon semble le plus visiblement affecté par la disparition de Susie. C’est un personnage qui déchire le cœur du lecteur. Il ne parvient pas à gérer sa souffrance, et elle se répercute sur les autres. La mort de sa fille semble une épreuve insurmontable. Il est celui qui veut absolument arrêter son tueur, et aussi le premier à le découvrir sans rien pouvoir faire contre lui. Ses actions ne font qu’augmenter sa souffrance déjà immense. La vie d’Abigail Salmon est entièrement remise en question par la mort de sa fille. Elle se rend compte de celle qu’elle mène et se met, semble-t-il, à regretter ses actes passés. Ce n’était pas la vie dont elle rêvait. Elle a une façon particulière de gérer son deuil, tout à fait différente de celle de son mari. La réflexion de Susie sur Abigail, la femme, et Mrs Salmon, la mère, est très intéressante. Elle montre qu’une femme se trouve en chaque mère, et que, parfois, la première s’efface pour la seconde, mais reste toujours présente, prête à refaire surface quand le moment l’exigera. Lindsey Salmon est celle qui doit faire face au retour à l’école après la disparition de sa sœur. Elle doit affronter les murmures, les regards, les amis de Susie qui se servent de son histoire pour se faire mousser. Elle veut s’endurcir, ne pas vivre dans l’ombre de sa sœur disparue, mais aussi aider son père à se libérer du poids de la connaissance : celle du tueur de la jeune fille. J’ai particulièrement aimé ce personnage, qui vit sa vie tout en gardant Susie à l’esprit, tout en la voyant partout et en voulant la venger. Buckley Salmon est trop petit pour vraiment comprendre ce qui est arrivé à la jeune fille, mais, avec le temps, il tente de gérer la situation du mieux qu’il le peut. Il grandit, et elle reste toujours auprès de lui. Il doit faire face aux conséquences sur sa famille alors qu’il est encore jeune, et cela le marque. Ray Singh et Ruth Connors, les amis de Susie, sont sans doute ceux qui en savent le plus sur ce qui lui est arrivé (en tout cas, c’est le cas à la fin !). Ray est amoureux de la jeune fille quand elle meurt et se remet difficilement de sa perte ; Ruth est effleurée par Susie au moment où elle quitte la Terre, ce qui la marque pour la vie, et la lie définitivement à la jeune fille. Grandma Lynn est également un personnage attachant qui tente de recoller les morceaux aux endroits où ils s’effritent et qui tente de venir en aide à sa famille. Enfin, le tueur, que Susie suit également, est écœurant dans son efficacité à dissimuler son forfait. Le meurtre qu’il commet ne le hante pas : il s’en délecte et garde un trophée. Vraiment le genre de personnage que le lecteur a envie de tuer de ses propres mains !

Ce livre est clairement une réflexion sur la façon de gérer son deuil, comment surmonter l’insurmontable. Rien qu’en pensant à ce que les parents doivent ressentir quand leur fille ne rentre pas à l’heure convenue, j’ai mal au cœur. Ce n’est pas une œuvre sur une jeune fille qui aide ses parents à découvrir le meurtrier et à le mettre sous les barreaux comme je le pensais, mais un livre sur la reconstruction d’une famille après son explosion. Susie assiste à toutes les étapes, et apparaît parfois à certains membres de sa famille pour les mettre sur la bonne voie. Il est très difficile de s’imaginer vivre sans quelqu’un que l’on aime et avec lequel on vit, même en lisant ce livre. Je n’ai pas eu envie d’imaginer, c’est peut-être pour cette raison que ce livre n’est pas un coup de cœur.

La fin concernant Ray et Ruth m’a semblé à la fois étrange et belle. Un des vœux de Susie se réalise enfin, mais de façon un peu détournée. Concernant sa famille, c’est également une belle scène. Elle leur dit au revoir à tous. Le dernier chapitre traite de la vie des personnages après que Susie soit partie : celle de Lindsey, belle et pleine de possibilités, celle des parents de la jeune fille, celle de Buckley, mais aussi celle de son tueur. Je dois avouer que, même à ce moment-là, j’ai été très frustrée !

 

En définitive, je m’attendais vraiment à autre chose, mais j’ai tout de même aimé ce livre qui nous montre une famille qui tente de se retrouver après la mort d’un de ses membres. De beaux passages, mais d’autres à côté desquels je suis passée, et une sensation de malaise au début.

Fifty Shades of Grey, book 4: Grey de E. L. James

Posté : 17 juillet, 2015 @ 11:45 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

GreyGenre : Erotisme, Romance

Editeur : Arrow Books

Année de sortie : 2015

Nombre de pages : 559

Synopsis : See the world of Fifty Shades of Grey anew through the eyes of Christian Grey. In Christian’s own words, and through his thoughts, reflections, and dreams, E. L. James offers a fresh perspective on the love story that has enthralled millions of readers around the world. Christian Grey exercises control in all things; his world is neat, disciplined, and utterly empty – until the day that Anastasia Steele falls into his office, in a tangle of shapely limbs and tumbling brown hair. He tries to forget her, but instead is swept up in a storm of emotion he cannot comprehend and cannot resist. Unlike any woman he has known before, shy, unwordly Ana seems to see right through him – past the business prodigy and the penthouse lifestyle to Christian’s cold, wounded heart. Will being with Ana dispel the horrors of his childhood that haunt Christian every night? Or will his dark sexual desires, his compulsion to control, and the self-loathing that fills his soul drive this girl away and destroy the fragile hope she offers him?

 

Avis : Quand j’ai vu que ce livre était sorti en anglais, j’ai été assez surprise, parce que je ne savais pas du tout qu’il était prévu (comme quoi, je m’informe beaucoup …). J’ai tout de suite eu très envie de le lire, et j’ai sauté sur l’occasion dès qu’elle s’est présentée.

J’ai vraiment aimé la série d’origine, surtout le deuxième tome (même si j’avoue qu’Ana m’avait un peu agacée parfois) donc j’avais hâte de voir ce que pouvait donner la même histoire, mais du point de vue de Christian, qui me semblait bien plus complexe que l’héroïne. En effet, c’est un personnage assez énigmatique dans la version originale, et le lecteur ne parvient pas vraiment à le cerner tout à fait. Il est difficile de savoir ce qu’il pense, et Ana est une piètre devineresse en ce qui le concerne. Eh bien, je n’ai pas été déçue en ce qui concerne la découverte de Christian ! Le livre est écrit à la première personne, et le lecteur entre peu à peu dans le monde de Mr. Grey, à travers ses pensées, ses actions, mais aussi ses cauchemars. C’est une immersion plutôt lente car il ne veut pas se souvenir de son passé : celui-ci arrive donc au lecteur par bribes. Le fait que ce soit une « réécriture » ne m’a pas dérangé. Il y a, évidemment, moins de surprises, puisque l’on connaît déjà toute l’histoire, et même la fin du livre (en tout cas, du côté d’Ana), mais quelques passages inédits sont les bienvenus, et l’on découvre aussi ce que fait Grey quand il n’est pas avec Ana (même s’il pense à elle la plupart du temps !). Comme dans Cinquante nuances de Grey, il y a des scènes sexuelles. Je ne saurais pas dire si ce sont les mêmes, mais elles ne sont pas choquantes, à part, bien sûr, celle de la fin. L’écriture m’a semblé différente dans ce livre : Christian ne comprend pas ce qui lui arrive, et s’auto-sermonne souvent. Sinon, il est très centré sur le sexe, il pense tout par rapport à cela. C’est un peu, de ce point de vue-là, soit une caricature de l’homme qui ne pense qu’à soi, soit de celui qui n’a toujours vu la vie qu’à travers le sexe, et qui ne peut pas l’envisager autrement. Selon l’opinion que je m’étais déjà faite de Grey, c’est plutôt la seconde option, et il me semble qu’Elena y est pour quelque chose ! Sinon, j’ai aimé retrouver les échanges d’e-mail des deux personnages, toujours assez drôles à lire.

J’ai trouvé que l’on comprenait bien mieux le personnage de Christian dans ce livre. Certes, cela enlève une part de mystère que la série originelle conservait, mais l’on découvre de nouveaux aspects du passé du héros. Par ses rêves, on entre de plein pied dans son passé, et dans la souffrance que cela lui procure adulte. L’on rencontre à travers eux sa mère, qui semble très fragile, mais aussi un homme qui brisera le petit garçon. Il est clair qu’il ne veut pas se souvenir de son passé afin de ne pas se torturer l’esprit encore et encore, et il préfère se dire qu’il est un monstre de toute façon. Adulte, il veut tout contrôler, cela ne change pas, mais le lecteur comprend qu’en réalité, il a déjà perdu le contrôle la première fois qu’il a rencontré Anastasia. Elle a un effet immédiat sur lui, comme dans la série Christian en a un sur elle. Dans le premier tome, le lecteur pouvait penser que c’était une relation à sens unique, qu’il ne l’aimait pas, ou qu’il tombait peu à peu amoureux : c’est plus compliqué que cela. Comme il n’envisage de relation que sado-masochiste et jamais rien de plus, il ne voit pas vraiment d’avenir avec Ana. Il est assez lucide, il tente de se raisonner, mais sa jalousie le rend aussi irrationnel. Il cherche à se convaincre plusieurs fois que leur problème va se résoudre de lui-même, ou même, qu’il n’y a pas de problème entre eux. Il se voit aussi comme un monstre, c’est peut-être la raison pour laquelle il ne réfléchit que par rapport au sexe : il ne peut pas être aimé donc ne pense même pas à la possibilité de l’être. Concernant le personnage d’Anastasia, on la voit elle aussi d’un œil totalement différent. Quand elle se trouve ridicule, il la trouve belle ; quand elle a honte ou peur, il est fier d’elle. Elle est vue un peu comme une déesse (Christian l’appelle souvent comme cela dans ce tome), et il ne pense jamais à elle comme à un objet sexuel, ou à une marchandise. C’est une personne à part entière, et pour le moins extraordinaire. Ce point de vue ne ressemble absolument pas à celui d’Ana sur elle-même. Les deux personnages s’idéalisent l’un l’autre, comme lorsque l’on est amoureux. On rencontre d’autres personnages dans ce tome, notamment le personnel de Christian, Taylor, que j’appréciais beaucoup dans la série et qui m’est toujours aussi sympathique, Gail Jones, la « gouvernante » si on peut dire, qui est elle aussi très sympathique et qui cherche simplement à prendre soin de Grey, Andrea, une secrétaire à l’écoute et qui ne cherche pas à séduire son patron ! ; la famille de Christian, ses parents, Elliot et Mia, sur qui le lecteur n’en apprend pas plus, excepté à travers les souvenirs d’enfance du héros ; Elena, un personnage que je n’apprécie pas du tout, et que Christian ne donne pas envie d’aimer non plus. Kate est assez mal vue par Christian, et l’on sent un vrai rapport de force entre eux dès le début.

La fin est connue pour ceux qui ont déjà lu la série. Elle est peut-être un peu moins choquante maintenant qu’on la connaît, mais la réaction de Christian, inédite, est très intéressante à lire. Le lecteur comprend alors certaines choses sur le personnage. L’on rencontre (enfin !) le Dr. Flynn, et Christian prend une décision à la fin du tome, décision évidente au vu de la série. Cela m’a tout de même donné envie de lire la suite du point de vue du héros !

 

Une « réécriture » sympa, qui nous apprend de nouvelles choses, notamment sur le héros, et qui donne envie de découvrir la suite de l’histoire du point de vue de Christian. C’était un plaisir de retrouver cette série à nouveau !

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