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I found myself in Wonderland.

Une année étrangère de Brigitte Giraud

Classé dans : Avis littéraires — 5 juin 2015 @ 18 h 04 min

Une année étrangèreGenre : Contemporaine

Editeur : J’ai lu

Année de sortie : 2011

Nombre de pages : 159

Synopsis : « J’ai l’impression que ma pensée se rétrécit, je perds de mon acuité, je me laisse gagner par une simplification du monde qui m’effraie. J’ai peur de me perdre, de perdre le sens des mots, j’ai peur de disparaître. » Partie en Allemagne comme jeune fille au pair, Laura, dix-sept ans, s’éloigne volontairement des siens, anéantis par la mort de son plus jeune frère. Peu à peu, les vides et les silences de son adolescence se confrontent au mystère de la famille allemande dont elle partage la vie …

 

Avis : Ce livre m’a été offert hier par une personne que j’apprécie énormément pour marquer une étape dans ma vie : la fin de ma dernière année de classe prépa’. C’est dire combien il était à propos !

On découvre ici l’histoire d’une héroïne passive, Laura, qui se laisse ballotter par la vie qu’elle mène en Allemagne ; elle a été blessée par la vie, par un événement qui nous est peu à peu révélé, et qui laisse un vide dans son univers. Elle part pour tenter de recoller les morceaux de sa vie : elle pense que vivre dans une famille étrangère lui permettra d’oublier, ou au moins, de changer d’air et d’environnement, un environnement qui semble oppressant chez elle où ses parents vivent le deuil d’une façon qui ne convient pas à Laura. Cette famille dans laquelle elle va vivre parle une langue étrangère, une langue que la jeune fille ne maîtrise pratiquement pas, mais qu’elle va chercher à pouvoir manipuler afin de dire au moins les choses essentielles. Ce livre nous offre le parcours entier, du début à la fin, de la jeune fille en Allemagne, en tant que fille au pair. Le lecteur a peu de détails, c’est sans doute la raison pour laquelle le livre est si court. Je n’ai pas vu le temps passer : elle reste six mois en Allemagne, et lire ce livre en un après-midi donne une impression d’accélération du temps, alors qu’au début, le temps semble long, l’hiver est installé et l’effet du froid se fait ressentir sur le lecteur ! De plus, celui-ci se trouve dans l’intériorité de Laura : elle partage avec lui ses pensées, ses réflexions. Egalement, l’héroïne fait mention de Thomas Mann, et de son grand roman, La Montagne Magique. C’est un peu un point d’ancrage pour elle qui tente de s’immerger dans la culture allemande à travers lui ; il est un peu un prétexte pour l’aborder, comme il l’a été pour venir en Allemagne, ou pour s’échapper un peu de l’atmosphère de la maison où elle vit désormais, un peu oppressante, un peu étrange, puisqu’elle ne comprend pas tout ce qui s’y passe.

Concernant les personnages, Laura, l’héroïne, est un peu difficile à cerner au début, le lecteur la découvre peu à peu. On entre dans son histoire in medias res, sans vraiment savoir ce qui lui est arrivé. On ne le découvre que peu à peu. Apparemment, elle est différente de celle qu’elle était avant et tente de se retrouver, de redevenir elle-même en s’éloignant de sa famille et, pense-t-elle, de la douleur qui reste liée à elle. Elle souffre visiblement et fait partager au lecteur ce qu’elle vit, mais aussi son passé, ce qu’elle ressent par rapport aux autres personnages, qu’ils soient avec elle ou restés en France. Pour la famille allemande, la mère a un comportement étrange jusqu’à ce que le lecteur (en même temps que Laura) découvre son « secret ». L’héroïne n’est pas très proche d’elle, et éprouve des sentiments contradictoires à son égard, ce qui ne l’attache pas particulièrement au lecteur, qui ne la voit que par les yeux de la jeune fille. Le père, quant à lui, est discret, taciturne, silencieux la plupart du temps. A la fin, son comportement devient étrange, sans être vraiment excessif (même si ça l’est tout de même d’un certain point de vue). Thomas, le frère, ressemble à un membre de la famille de Laura, ce qui explique qu’elle veuille à la fois être proche de lui et ne pas s’attacher à lui. Il ressent, d’ailleurs, la même chose qu’elle, semble-t-il. Les deux personnages partagent des moments ensemble, des moments qui n’appartiennent qu’à eux, et qu’ils trouvent inconvenants d’interrompre. Enfin, Susanne, la petite dernière de la famille allemande, est peu appréciable au début du livre ; elle ne le devient qu’au fur et à mesure de la lecture. C’est une petite fille étrange elle aussi, surtout parce que Laura et le lecteur ne la comprennent pas, parce qu’ils ne parlent pas la même langue. Je pense que c’est pour cette raison que toute la famille est bizarre pour la jeune fille et le lecteur : la barrière de la langue empêche de tout comprendre. La propre famille de Laura n’est pas présente physiquement dans le livre, mais à travers les réflexions du personnage et les appels téléphoniques. La mère et le père ont des difficultés à communiquer, même s’ils parlent la même langue. Ils se reprochent des choses, et c’est une des raisons pour lesquelles Laura a voulu s’éloigner. De plus, ils ont tous une façon différente de vivre le deuil, un des grands thèmes du livre. Enfin, Simon est un repère pour la jeune fille dans sa famille, mais il s’éloigne également à sa façon, vivant des choses différentes de sa sœur.

Ce livre comporte également une réflexion sur l’Histoire et la mort, mais aussi sur la façon de les surmonter toutes les deux. Concernant l’Histoire, cet ouvrage pose la question de la place de la petite histoire des gens ordinaires comparée à l’Histoire avec un grand H. L’Allemagne est, à l’époque du livre, un pays qui se relève de l’Allemagne nazie et de ses horreurs, des mentions sont donc faites à Hitler, mais aussi à Mein Kampf. L’histoire se déroule à l’époque du mur, de la RDA et de la RFA. Quant à la mort, Laura est confrontée à elle, et la dernière page fait réfléchir sur son rapport à l’Histoire. La difficulté de porter le deuil est montrée ici, les différents personnages ont besoin de le faire de différentes façons ; le livre présente une certaine façon si l’on peut dire. Il est clair, dans tous les cas, que le deuil change la personne endeuillée. Une troisième réflexion se fait ici : celle de la langue. La famille allemande est étrangère à cause d’elle surtout, parce que Laura ne peut pas les comprendre ; mais même avec sa propre famille, qui parle bien français, Laura ne sait pas communiquer. Les choses qui passent entre elles ne sont pas sincères, ne veulent rien dire, et l’héroïne expérimente une autre façon de communiquer avec cette famille qui ne parle qu’allemand. Elle veut se défaire de sa langue et de la culture qu’elle lui apporte pour en revêtir une autre, comme un masque qui la soustrairait à sa douleur.

Lorsque l’on arrive vers la fin, des événements de plus en plus étranges ont lieu, Laura est de plus en plus passive, jusqu’à la fin, où un renversement de situation intervient, c’est un peu comme si elle se révélait enfin à elle-même et au lecteur. C’est un peu tardif, et j’ai trouvé la fin très rapide, un peu trop peut-être. Elle signe l’accomplissement du parcours, qui était un peu comme une initiation.

 

En définitive, un livre qui fait réfléchir, où une héroïne passive n’agit qu’à la fin, et qui nous montre la difficulté du poids de la mort et de l’Histoire. 

 

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