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I found myself in Wonderland.

L’Œuvre de Zola

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 8 avril 2015 @ 10 h 14 min

L'Œuvre Genre : Classique

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 489

Synopsis : Dans aucun autre roman Zola n’a mis autant de lui-même que dans L’Œuvre. Zola, le critique d’art, ami de Cézanne, fervent défenseur de toute l’avant-garde qu’incarne Claude Lantier dans le roman. Zola, l’écrivain naturaliste, rêvant de donner son existence « à une œuvre où l’on tâcherait de mettre les choses, les bêtes, les hommes, l’arche immense ». Zola, l’homme enfin, et les souffrances quotidiennes de la création vues à travers l’insatisfaction et l’angoisse de déchoir d’un peintre génial et d’un romancier travailleur. L’Œuvre ou le roman de la passion de l’art au détriment de la vie et de l’amour.

 

Avis : Ce livre m’a été conseillé par une amie qui m’est très chère : je ne pouvais donc pas lui refuser cette lecture ! J’avoue (shame on me !) que je n’avais jamais lu Zola avant ce livre : je n’avais pas très envie de me frotter à ce géant, surtout quand j’entendais les commentaires qui évoquaient la longueur de certaines pages, la difficulté à arriver au bout. Et, en fin de compte, je remercie vraiment mon amie pour m’avoir poussée à lire L’Œuvre !

L’histoire est centrée sur un peintre, Claude Lantier, qui a du mal à se faire connaître, et qui se voit toujours refuser les tableaux qu’il envoie au Salon. Etant donné que j’adore tout ce qui touche à l’art, je me suis tout de suite dit que ce livre avait une chance de m’intéresser. Et, en effet, dès le début, j’ai été happée dans le livre. La première scène entre Claude et Christine m’a immédiatement charmée : la force de la peinture, la difficulté de Claude à se maîtriser quand il s’agit de son art, l’innocence de Christine qui découvre un monde très éloigné du sien. J’ai tout de suite eu envie de découvrir la suite de l’histoire, de savoir s’ils allaient se revoir, si Claude réussirait sa toile, si Sandoz publierait un roman qui aurait du succès, si les amis de Claude, eux aussi, connaîtraient la réussite. Mais le monde que nous présente l’auteur, celui des artistes à Paris, est un monde compliqué où ceux qui ont du talent ne sont pas toujours ceux qui ont du succès. Cela donne naissance à certaines pages qui m’ont transportée, m’ont fait ressentir ce que devaient éprouver les personnages : de la joie, du bonheur, de la tristesse, du désespoir. Cette exposition de l’art dans une œuvre littéraire m’a vraiment touchée. L’écriture de Zola est vraiment belle, et fait ressentir quelque chose au moment de la lecture. De plus, il semble que Zola parle de lui à demi-mots dans ce livre : on le retrouve dans le projet de Sandoz, on retrouve ses amis dans ceux de Claude, et plus particulièrement Cézanne et Manet dans le personnage principal. Enfin, le passage de la vie à Bennecourt était un de mes passages préférés du livre avec le début et la scène avant la fin. Elle donne un aperçu de la vie à la campagne, d’un bonheur simple et champêtre, sans soucis et sans contraintes, mais aussi sans amis, avec une personne choisie, qui éloigne Claude de sa folie d’artiste. En lisant ce passage, je me suis dit que ce n’était pas la meilleure chose à faire : il s’éloigne de son rêve et s’empêche de le réaliser en plongeant dans l’oisiveté. Pourtant, parfois, cela vaut mieux semble-t-il. J’ai changé de vision sur ce passage en lisant la fin du livre.

Le réalisme des personnages est frappant : ils sont complexes, touchants. Claude est un acharné de travail qui ne se rend pas compte qu’il passe à côté de sa vie. Il a des amis, mais pas vraiment de famille, et il passe son temps à penser à ses toiles, à sa peinture d’avant-garde qu’il voudrait faire apprécier dans tout Paris. On peut s’identifier à lui si l’on est proche de l’art, ou si l’on en exerce un, et cela peut faire peur : sa vie n’est pas vraiment celle que l’on peut rêver d’avoir, puisque, souvent, le rêve d’un artiste est de vivre de son art, ce qui n’est pas le cas ici. Il se laisse souvent emporté par sa peinture, au risque de faire des choses qu’il regrette ensuite. Christine, quant à elle, représente l’innocence et la pureté dès son apparition au début de l’œuvre. Je me suis immédiatement attachée à elle, et j’ai espéré qu’elle reparaîtrait dans le livre par la suite. Elle est douce, pleine d’amour et de passion, et elle veut lui laisser libre cours, ce qu’elle fait un bref moment. Quand elle se trouve empêchée de l’exprimer, elle fait tout pour satisfaire celui qu’elle aime, pour lui être agréable. Elle est souvent bafouée, méprisée, et j’ai souvent eu pitié d’elle. Elle n’ose pas réagir, et cela la place dans une position qui la dégoute. En plus de Christine, j’apprécie particulièrement le personnage de Sandoz. L’écrivain a un projet pharaonique, comme celui de Zola : réaliser une grande œuvre qui montrerait toutes les facettes de la vie humaine. Mais, comme son ami Claude, il est tiraillé par les douleurs de la création. Cela lui prend du temps, et il vit dans un brouillard, il ne voit plus sa famille, fait des choses sans s’en rendre compte parce qu’il pense à autre chose. Il est très présent pour son ami, et c’est le seul à rester quand tous sont partis. Même quand Claude le repousse, il est là, il le soutient. Il est également franc avec lui, et lui dit quand une toile n’aura pas de succès par exemple. Il lui souffle des idées à l’oreille, comme celle concernant la femme qu’il aime. Jacques est, quant à lui, un personnage assez difficile à apprécier. Il fait souvent pitié, mais on ne peut pas dire qu’il soit vraiment attachant. Les autres amis de Claude, Dubuche, Jory, Mahoudeau, Fagerolles, Gagnière, sont assez ambivalents : chacun d’eux recherche le succès par des voies différentes. Vers la fin, le vœu de Sandoz ne se réalise pas, et la nature humaine refait surface chez les amis de longue date.

L’auteur présente, dans cette œuvre, l’art dans toute sa difficulté : celle de créer, celle de donner vie à son œuvre, celle d’être satisfait de ce que l’on fait, mais aussi celle d’être reconnu par ses contemporains. On y trouve la douleur de la création, la cruauté de celle-ci, qui n’est que rarement à la hauteur des espérances de l’artiste, l’envahissement que représente l’art dans la vie de celui qui peint ou qui écrit. Il n’y a que peu de place pour quoi que ce soit d’autre. Cela montre une autre facette de l’art, là où l’on ne pouvait voir que le succès, l’argent et le bonheur d’être connu, ou la médiocrité, le manque de talent et la misère. Le choix des artistes à succès se fait au Salon, ou à l’Institut, et cela ne veut pas dire que ceux qui sont refusés sont mauvais. Pourtant, ceux-ci ne sont pas appréciés à leur juste valeur : c’est en tout cas, ce que l’on peut comprendre ici.

La fin est ambivalente : juste avant la scène finale, une autre nous donne de l’espoir. J’ai aimé ce passage, qui sonne un peu comme une révélation. Mais l’ultime scène est désespérante, et m’a glacé d’effroi. Pourtant, si l’on prend du recul, elle était prévisible. Est-ce que le livre pouvait vraiment finir autrement ? La dernière phrase prononcée par Sandoz m’a semblé montrer toute l’ironie de la situation : lui y retourne …

 

En définitive, un livre que j’ai vraiment adoré, qui m’a transportée et m’a donné une autre vision du métier d’artiste. Sans doute un de mes livres préférés !

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