Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb

Classé dans : Avis littéraires,Coup de cœur — 29 janvier 2015 @ 22 h 42 min

Hygiène de l'assassin Genre : Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 222

Synopsis : Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l’écrivain, que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. Si ce roman est presque entièrement dialogué, c’est qu’aucune forme ne s’apparente autant à la torture. Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l’interrogatoire, à un duel sans merci. Dans ce premier roman d’une extraordinaire intensité, Amélie Nothomb manie la cruauté, le cynisme et l’ambiguïté avec un talent accompli.

 

Avis : Cela fait longtemps que je veux lire ce livre, et j’avais vraiment besoin d’une pause après ma dernière lecture : Cosmos, qui m’a vraiment laissé une très mauvaise impression, et une envie irrésistible de lire un livre que j’aimerais vraiment. Et, bien que j’aie un peu peur parfois avec les romans d’Amélie Nothomb, je sais qu’ils sont toujours exceptionnels et surprenants ! La couverture est assez mystérieuse, comme son titre : les deux prennent tout leur sens à un moment donné !

L’idée d’un livre construit exclusivement sur un dialogue m’a vraiment intrigué et donné envie de découvrir Hygiène de l’assassin. Et je peux dire que je n’ai pas été déçue ! L’histoire est simple : un écrivain à succès, prix Nobel de littérature, va bientôt mourir d’une maladie au nom imprononçable, la maladie d’Elzenveiverplatz. Pour cette raison, des tas de journalistes tentent d’obtenir une interview de ce génie condamné. Ainsi, le livre est composé de cinq parties pour les cinq entrevues que Prétextat Tach va accorder à cinq personnes. Les quatre premières sont assez courtes comparées à la dernière, puisque celle-ci fait plus de la moitié du livre. Je me suis beaucoup amusée à lire les premières : j’ai beaucoup ri aux réponses spontanées de l’écrivain, réponses qui montrent la stupidité des journalistes, qui posent tous des questions que Prétextat Tach tourne en dérision. La cruauté et l’ironie de ses réponses m’ont tellement surprise, je ne m’y attendais tellement pas, que j’ai parfois éclaté de rire (et je suis un peu passée pour une folle quand des gens m’entendaient …). Ce livre a été écrit très intelligemment. Et comme pour tous les livres d’Amélie Nothomb, j’ai adoré cette écriture. A la fois poétique, drôle, acerbe, cruelle. J’y ai un peu retrouvé Journal d’Hirondelle, mon livre préféré de l’auteure, à la fois pour la « poésie » et pour l’histoire de Prétextat. C’est un autre genre tout de même ! La dernière interview m’a moins fait rire, mais elle était plus profonde. Tout se dénoue à cet endroit. On découvre le cœur de l’histoire, surtout celui de celle de Prétextat Tach. En fait, ce livre est un de mes préférés de l’auteure, au même titre que Stupeur et tremblements, Ni d’Eve ni d’Adam, un peu moins de Journal d’Hirondelle, qui dépasse tout !

Concernant les personnages, j’ai à la fois apprécié et détesté Prétextat Tach. Apprécié parce qu’il m’a fait rire. Détesté parce qu’il est franchement détestable : misogyne, raciste, pédant, arrogant, imbu de lui-même et j’en passe. Il pense que ce qu’il dit est parole d’évangile, que personne peut ne pas être d’accord avec lui. Il est cruel, et fait plier tous ceux qui croisent son chemin. Je n’ai pas trop réussi à l’imaginer physiquement : il a l’air assez affreux, vu comment il est décrit et comment il se décrit lui-même. Quant aux quatre premiers journalistes, ils sont aussi bêtes les uns que les autres. Ils se font avoir comme des bleus par l’intelligence de l’écrivain qui les balade comme jamais ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas ri d’aussi bon cœur ! Enfin, j’ai apprécié la dernière journaliste, le dernier personnage présent dans le livre. Il est facile de s’identifier à elle parce qu’il est fort probable qu’on pense à peu près comme elle, si pas complètement comme elle ! Elle veut simplement démasquer le grand écrivain, découvrir ce qu’il cache depuis plus de soixante ans. Et je dois avouer que je ne m’attendais pas du tout à cette histoire. La première partie du livre nous met un peu sur une mauvaise piste ; on ne s’attend pas à ce que la deuxième partie va nous offrir, ce qui rend le livre d’autant plus surprenant et intelligent. Après avoir détendu le lecteur, l’auteure lui présente une histoire qui le happe, qui le fascine et le révulse à la fois. Et c’est aussi ce que j’adore chez Amélie Nothomb !

Ce livre m’a aussi fait réfléchir sur la lecture et, notamment celle des auteurs à succès. Prétextat Tach donne une définition effrayante du lecteur, et je me suis posée la question de savoir si je ressemblais à cela, ou si j’étais de l’autre genre, si rare selon lui. Puis, je me suis rendue compte que je faisais tout pour lire attentivement, et même vivre mes livres. Et je ne pense pas que la lecture puisse être catégorisée de cette façon, aussi radicalement. Chacun a sa manière de lire, et il me semble que le texte peut vivre seul : il échappe à son auteur une fois qu’il est publié, c’est la raison pour laquelle il peut parfois être très mal interprété … De plus, quand un auteur à succès sort un livre, celui-ci est forcément génial. On ne remet pas en cause la valeur de ce qu’il écrit, c’est forcément bon. Ce livre semble dire qu’il faudrait parfois remettre en cause ce qui est dit. Ce qui est écrit n’est pas forcément bon parce qu’il porte le nom d’un auteur célèbre. C’est le texte qu’il faut juger, pas l’auteur. En tout cas, c’est ce à quoi ce livre m’a fait penser …

Quant à la fin, elle est assez surprenante ! Je m’attendais à ce qui est révélé, avec toutes les allusions successives (c’est tout de même assez choquant), mais je ne m’attendais pas du tout à l’action finale ! C’était très bien imaginé, et assez logique en fin de compte.

 

En définitive, un excellent livre, à l’histoire simple, mais très intelligent et bourré d’humour, et à l’écriture à la fois cruelle et poétique, ironique et cruelle. Une de mes œuvres préférées d’Amélie Nothomb !

2 commentaires »

  1. maddiesbookcase dit :

    J’avais eu un coup de coeur pour ce livre :)

    Très belle chronique !

    bonne journée

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

Baseball fans gather zone |
Eaudefiction |
Ici même |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Kpg1221gpk
| Elenaqin
| la saltarelle des baronnes