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I found myself in Wonderland.

La condition pavillonnaire de Sophie Divry

Classé dans : Avis littéraires — 12 janvier 2015 @ 23 h 55 min

La condition pavillonnaire Genre : Contemporaine

Editeur : Notabilia

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 263

Synopsis : La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary … Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine. Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier. Elle vit actuellement à Lyon. Après La Cote 400, traduit en cinq langues, La condition pavillonnaire est son troisième roman. « Car ces coïts te donnèrent bientôt le sentiment ; après avoir préparé le repas, débarrassé la table, rangé la cuisine et couché les enfants ; vu que tu n’y trouvais pas de libération, ni n’en recevais de merci ; le sentiment de faire un deuxième service. »

 

Avis : J’avais été prévenue que ce livre était fort, et qu’il ne fallait pas le lire n’importe quand au cours de sa vie. Après lecture, je confirme : ce n’est pas à mettre entre toutes les mains, ni à n’importe quel moment !

On est averti dès le synopsis que ce ne sera pas une lecture facile. Je l’ai même trouvé très laborieuse parfois : non pas à cause du vocabulaire employé, mais à cause des émotions que l’on ressent lorsque l’on lit ce livre. On se sent tour à tour joyeuse, triste, désespérée, et l’on se pose de nombreuses questions à propos de soi et de la vie. Cet ouvrage s’ouvre sur une constatation générale qui implique directement le lecteur dans le « nous » utilisé. Le narrateur présente en même temps le personnage, une femme, dont on ne connaîtra jamais le prénom complet. Par la suite, le livre n’est écrit qu’à la deuxième personne du singulier : le narrateur ne cesse de parler à son personnage. Cela donne une impression très forte sur le lecteur : j’ai eu la sensation qu’il s’adressait à moi pendant toute ma lecture, je me suis donc identifiée à M.A., je me suis glissée dans sa peau. J’ai eu le sentiment de vivre une autre vie, et c’est d’abord ce que j’aime dans ce livre. C’est ce que l’on devrait toujours ressentir en lisant : c’est un réel plaisir d’être ainsi transporté dans un monde qui pourrait être le nôtre mais qui ne l’est que dans notre imagination (et pour celui-ci, heureusement !). Cette vie que nous présente le narrateur pourrait être celle de n’importe quelle femme. Elle commence par son enfance, évolue vers l’adolescence et arrive bientôt dans l’âge adulte. Cette partie est, bien sûr, la plus longue. Et la plus douloureuse. Quand M.A. pensait vivre une vie extraordinaire, elle est déçue par celle qu’elle vit réellement. Tout lui paraît fade, rien n’est à la hauteur de ce qu’elle imaginait. Et à cause de cette insatisfaction constante, je dois dire que c’est un des livres qui m’a le plus déprimée. Cette vie, n’importe qui pourrait l’avoir, et n’importe qui pourrait ressentir exactement les mêmes choses. J’espère sincèrement que je ne me sentirais jamais comme ça de ma vie …

L’écriture est très bonne, la deuxième personne du singulier est une excellente idée qui aspire littéralement le lecteur dans le livre. Parfois, l’auteur place des descriptions d’objets ou d’évolutions de la société en plein milieu d’un passage narratif. Parfois, c’est assez frustrant, par exemple, dans la scène où M.A. hésite à entrer dans le bureau de Philippe. Mais cela nous fait aussi comprendre, après coup, que la société change peu à peu au cours de la vie des personnages. J’ai vraiment eu l’impression de voir leur vie passer.

Le personnage est donc une Emma Bovary moderne. Elle s’ennuie, ne trouve rien d’exaltant dans sa vie et cherche des distractions qui finissent par l’ennuyer. Ses proches ne trouvent pas la place qu’ils méritent auprès d’elle, qui cherche toujours mieux. Dans son adolescence, elle rêve une vie qu’elle ne se donne pas les moyens de vivre, et, lorsqu’il est trop tard, elle le regrette. Elle vit dans l’expectative, attendant, et ne vivant jamais vraiment. Elle m’a beaucoup attristé parfois, et m’a aussi beaucoup fait peur : c’est terrifiant de s’imaginer à sa place. J’ai parfois eu envie d’arrêter ma lecture, mais j’étais trop curieuse de savoir ce qui (n’) allait (pas) lui arriver ensuite. Je me suis attachée à elle, évidemment – comment ne pas s’attacher à un personnage si proche de nous par l’écriture ? -. Son mari, François, vu exclusivement par ses yeux, est assez ambivalent. Elle l’aime à la folie quand ils sont adolescents, puis finit par être désillusionnée quand ils emménagent ensemble, puis ont des enfants. Puis arrive leur vieillesse, où elle ne se rend toujours pas compte des qualités de son mari, qualités qui lui manqueront quand elle en aura besoin. Je me suis également attachée à ce personnage, qui m’a touché, malgré la vision que sa femme a de lui. En revanche, je ne me suis pas attachée – et même pas du tout – aux enfants et aux petits-enfants de M.A. J’étais complètement absorbée dans la vie du personnage et je suis passée complètement à côté d’eux. Chloé, l’amie de M.A., est attachante. Mais leur relation m’a semblé un peu superficielle …

Ce livre fait vraiment réfléchir sur la vie. Je me suis posée des tas de questions. A un moment, c’était tellement laborieux que je me suis jurée de ne pas vivre une vie comme ça. Mais la fin donne une tout autre tonalité au livre, et c’est encore plus désespérant. Je ne sais pas si tous les lecteurs de ce livre ont ressenti la même chose, il faudrait que l’on en discute, mais cela m’a frappé. J’avoue ne pas avoir pu retenir mes larmes quand le livre se termine. C’était vraiment un poignard dans le cœur. Et c’est aussi pour ces larmes – il y a bien longtemps que je n’ai pas pleuré en lisant – que « j’aime » ce livre – je ne sais pas si l’on peut vraiment aimer ce livre. On peut apprécier l’écriture et se fondre dans l’histoire, mais « aimer » … -. Il nous fait vraiment ressentir les émotions à l’état brut. Je pense que je ne me suis jamais sentie aussi mal face à un livre.

 

En définitive, un livre très bien écrit, qui fait réfléchir et ressentir des tas d’émotions diverses, où prédomine tout de même la tristesse et l’impuissance. 

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