Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour janvier, 2015

Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb

Posté : 29 janvier, 2015 @ 10:42 dans Avis littéraires, Coup de cœur | 2 commentaires »

Hygiène de l'assassin Genre : Contemporaine

Editeur : Le Livre de Poche

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 222

Synopsis : Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l’écrivain, que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. Si ce roman est presque entièrement dialogué, c’est qu’aucune forme ne s’apparente autant à la torture. Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l’interrogatoire, à un duel sans merci. Dans ce premier roman d’une extraordinaire intensité, Amélie Nothomb manie la cruauté, le cynisme et l’ambiguïté avec un talent accompli.

 

Avis : Cela fait longtemps que je veux lire ce livre, et j’avais vraiment besoin d’une pause après ma dernière lecture : Cosmos, qui m’a vraiment laissé une très mauvaise impression, et une envie irrésistible de lire un livre que j’aimerais vraiment. Et, bien que j’aie un peu peur parfois avec les romans d’Amélie Nothomb, je sais qu’ils sont toujours exceptionnels et surprenants ! La couverture est assez mystérieuse, comme son titre : les deux prennent tout leur sens à un moment donné !

L’idée d’un livre construit exclusivement sur un dialogue m’a vraiment intrigué et donné envie de découvrir Hygiène de l’assassin. Et je peux dire que je n’ai pas été déçue ! L’histoire est simple : un écrivain à succès, prix Nobel de littérature, va bientôt mourir d’une maladie au nom imprononçable, la maladie d’Elzenveiverplatz. Pour cette raison, des tas de journalistes tentent d’obtenir une interview de ce génie condamné. Ainsi, le livre est composé de cinq parties pour les cinq entrevues que Prétextat Tach va accorder à cinq personnes. Les quatre premières sont assez courtes comparées à la dernière, puisque celle-ci fait plus de la moitié du livre. Je me suis beaucoup amusée à lire les premières : j’ai beaucoup ri aux réponses spontanées de l’écrivain, réponses qui montrent la stupidité des journalistes, qui posent tous des questions que Prétextat Tach tourne en dérision. La cruauté et l’ironie de ses réponses m’ont tellement surprise, je ne m’y attendais tellement pas, que j’ai parfois éclaté de rire (et je suis un peu passée pour une folle quand des gens m’entendaient …). Ce livre a été écrit très intelligemment. Et comme pour tous les livres d’Amélie Nothomb, j’ai adoré cette écriture. A la fois poétique, drôle, acerbe, cruelle. J’y ai un peu retrouvé Journal d’Hirondelle, mon livre préféré de l’auteure, à la fois pour la « poésie » et pour l’histoire de Prétextat. C’est un autre genre tout de même ! La dernière interview m’a moins fait rire, mais elle était plus profonde. Tout se dénoue à cet endroit. On découvre le cœur de l’histoire, surtout celui de celle de Prétextat Tach. En fait, ce livre est un de mes préférés de l’auteure, au même titre que Stupeur et tremblements, Ni d’Eve ni d’Adam, un peu moins de Journal d’Hirondelle, qui dépasse tout !

Concernant les personnages, j’ai à la fois apprécié et détesté Prétextat Tach. Apprécié parce qu’il m’a fait rire. Détesté parce qu’il est franchement détestable : misogyne, raciste, pédant, arrogant, imbu de lui-même et j’en passe. Il pense que ce qu’il dit est parole d’évangile, que personne peut ne pas être d’accord avec lui. Il est cruel, et fait plier tous ceux qui croisent son chemin. Je n’ai pas trop réussi à l’imaginer physiquement : il a l’air assez affreux, vu comment il est décrit et comment il se décrit lui-même. Quant aux quatre premiers journalistes, ils sont aussi bêtes les uns que les autres. Ils se font avoir comme des bleus par l’intelligence de l’écrivain qui les balade comme jamais ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas ri d’aussi bon cœur ! Enfin, j’ai apprécié la dernière journaliste, le dernier personnage présent dans le livre. Il est facile de s’identifier à elle parce qu’il est fort probable qu’on pense à peu près comme elle, si pas complètement comme elle ! Elle veut simplement démasquer le grand écrivain, découvrir ce qu’il cache depuis plus de soixante ans. Et je dois avouer que je ne m’attendais pas du tout à cette histoire. La première partie du livre nous met un peu sur une mauvaise piste ; on ne s’attend pas à ce que la deuxième partie va nous offrir, ce qui rend le livre d’autant plus surprenant et intelligent. Après avoir détendu le lecteur, l’auteure lui présente une histoire qui le happe, qui le fascine et le révulse à la fois. Et c’est aussi ce que j’adore chez Amélie Nothomb !

Ce livre m’a aussi fait réfléchir sur la lecture et, notamment celle des auteurs à succès. Prétextat Tach donne une définition effrayante du lecteur, et je me suis posée la question de savoir si je ressemblais à cela, ou si j’étais de l’autre genre, si rare selon lui. Puis, je me suis rendue compte que je faisais tout pour lire attentivement, et même vivre mes livres. Et je ne pense pas que la lecture puisse être catégorisée de cette façon, aussi radicalement. Chacun a sa manière de lire, et il me semble que le texte peut vivre seul : il échappe à son auteur une fois qu’il est publié, c’est la raison pour laquelle il peut parfois être très mal interprété … De plus, quand un auteur à succès sort un livre, celui-ci est forcément génial. On ne remet pas en cause la valeur de ce qu’il écrit, c’est forcément bon. Ce livre semble dire qu’il faudrait parfois remettre en cause ce qui est dit. Ce qui est écrit n’est pas forcément bon parce qu’il porte le nom d’un auteur célèbre. C’est le texte qu’il faut juger, pas l’auteur. En tout cas, c’est ce à quoi ce livre m’a fait penser …

Quant à la fin, elle est assez surprenante ! Je m’attendais à ce qui est révélé, avec toutes les allusions successives (c’est tout de même assez choquant), mais je ne m’attendais pas du tout à l’action finale ! C’était très bien imaginé, et assez logique en fin de compte.

 

En définitive, un excellent livre, à l’histoire simple, mais très intelligent et bourré d’humour, et à l’écriture à la fois cruelle et poétique, ironique et cruelle. Une de mes œuvres préférées d’Amélie Nothomb !

Cosmos de Witold Gombrowicz

Posté : 27 janvier, 2015 @ 11:13 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Cosmos Genre : Policier

Editeur : Folio

Année de sortie : 2002

Nombre de pages : 221

Synopsis : Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là, entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d’autre, d’étrange, d’imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. – Un moineau. – Ouais. C’était un moineau. Un moineau à l’extrémité d’un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre.

 

Avis : Le synopsis ne me disait pas grand-chose et ne me donner pas vraiment envie de lire le livre : c’était pire quand j’ai vu la couverture … J’ai vraiment du mal avec elle ! Et sans aucun doute une des couvertures que j’aime le moins. J’espérais que le livre ne serait pas à cette image.

Résultat : je n’ai pas du tout aimé ce livre. Au début, je me suis dit que je m’y ferais, mais non. L’histoire est étrange : le narrateur rencontre un ami et ils décident de louer une chambre ensemble dans une pension de famille (sans aucune réflexion, sur un coup de tête). Mais, sur le chemin, il découvre un moineau pendu. Et cela déclenche toute l’histoire. Ils vont s’installer dans une maison non loin de ce moineau, et vont chercher à découvrir qui l’a pendu. A première vue, cela semble assez drôle, on peut se dire que ce sera une sorte de parodie d’enquête policière. En un sens, oui, c’en est une. Des « événements » surviennent, et le narrateur et son ami, Fuchs, tentent d’élucider les mystères qui s’offrent à eux. Mais, en un autre sens, ce semble aussi être une histoire complètement loufoque qui prend le prétexte d’un ersatz de roman policier pour développer un récit absurde. Parce qu’en réalité, il ne se passe pas grand-chose dans cette enquête policière. Aucun véritable indice n’est donné, et on ne peut que faire des suppositions à propos de qui a fait quoi. On peut presque lire ce roman par rapport à l’ennui des deux personnages qui décident de se concentrer sur quelque chose d’insignifiant pour donner un sens à leur vie dans cette maison, pour contrer l’ennui. La seule chose que j’ai aimé, parfois, dans ce livre, c’est l’écriture. L’auteur parvient à nous emporter dans des rythmes saccadés qui nous font parfois perdre le fil de l’histoire, et entrer dans une dimension littéraire parallèle. Le rapport avec le titre, Cosmos, se profile lorsque le narrateur part dans des envolées absurdes qui nous montrent un monde différent.

Concernant les personnages, une ambiguïté entoure l’identité du narrateur, et je pense que cela est voulu par l’auteur. En effet, à trois reprises dans le livre, son nom apparaît : Witold, comme celui de l’écrivain. Il est pourtant très improbable que cette histoire soit autobiographique : je pense même qu’elle ne l’est pas du tout. Ce narrateur est assez spécial : il fait des liens entre des choses qui ne semblent pas en avoir et semble obsédé par les bouches et les objets penchés, notamment à cause de la lèvre déviée de Catherette. La référence à cette bouche est constante dans le livre. De plus, une fois qu’il a découvert le moineau, il est aussi obsédé par la pendaison, qu’il relie aussi à la lèvre de Catherette. Ses pensées sont confuses, parfois, il ne se fixe sur rien et divague. Les autres personnages ne semblent pas vraiment avoir de l’importance pour lui : ce sont les idées qu’ils représentent qui intéresse le narrateur. Il voit en Catherette quelque chose de vicié, en Lena, quelque chose de pur, en Fuchs, quelque chose de ridicule. Ce dernier est le premier personnage que l’on découvre avec le narrateur. Il est défini par les sentiments de son patron envers lui, et se rend souvent ridicule. Catherette, quant à elle, est vue d’une façon qui ne nous la rend pas forcément sympathique. Le narrateur ne voit que du vice en elle. Quant à Lena, elle est la pureté, mais la pureté que le narrateur corrompt sans s’en rendre compte d’abord, puis en s’en apercevant ensuite. C’est un personnage assez fermé, que l’on ne sait pas vraiment cerner, tout comme le narrateur. Les parents de la jeune fille sont aussi très spéciaux : la mère est appelée Bouboule (quelle sympathie …) et semble un peu schizophrène dans un passage ; quant au père, Léon, il est complètement loufoque et invente un langage étrange plus ou moins facile à comprendre. Les personnages de Lucien, des Loulous, de Ginette et Tony sont plus secondaires et aussi assez caricaturaux. En fait, je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages.

Ce livre m’a surpris de multiples façons : je n’ai jamais lu une autre œuvre de ce genre, je dois bien l’avouer. Mais je n’ai pas été surprise dans le bon sens du terme. L’absurdité de ce qui se passe, et la divagation du narrateur m’ont perdu. Certains éléments de l’histoire aussi m’ont surpris : par exemple, dès le début, la lèvre déviée de Catherette et l’obsession du narrateur de tout voir par rapport à cette bouche et à cette déviation. Ce livre me fait penser que la littérature absurde n’est pas du tout faite pour moi.

Avant la fin, je pensais que je pouvais encore dire que j’avais un peu apprécié ma lecture, notamment grâce à l’écriture : la fin a brisé cet espoir. Elle est aussi étrange que le reste du livre, et assez dégoutante aussi ! Ce que le narrateur pense est effrayant : on dirait que l’histoire qu’il a vécue l’a transformé et qu’il va agir de façon disproportionnée. Mais en réalité, le roman ne semble être qu’une anecdote dans la vie du narrateur.

 

En définitive, un livre que je n’ai pas du tout aimé à cause de son côté absurde, que l’écriture aurait pu sauver pour moi, mais que la fin m’a fait détesté. Celle-ci n’en est, d’ailleurs, pas vraiment une. Ce livre me confirme dans l’idée que la littérature absurde n’est pas faite pour moi !

Cronopes et Fameux de Julio Cortázar

Posté : 21 janvier, 2015 @ 9:03 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Cronopes et Fameux Genre : Nouvelle

Editeur : Folio

Année de sortie : 1995

Nombre de pages : 157

Synopsis : Savez-vous lire l’heure en effeuillant un artichaut ? Tuer les fourmis mis à Rome ? Monter un escalier en connaissance de cause ? Poser correctement un tigre ? Vous faut-il des instructions pour pleurer ? Pour avoir peur comme il faut ? Vous arrive-t-il de jeter les timbres-poste que vous trouvez laids ? De tremper un toast dans vos larmes naturelles ? Avez-vous parfois envie de dessiner sur le dos d’une tortue une hirondelle ? Si vous répondez « oui » à six de ces questions vous êtes un Cronope, un de ces êtres qui font, depuis quinze ans, carrière en Amérique latine : on dit – on écrit même dans la presse – que Monsieur X ou Y est ou n’est pas un Cronope authentique. Cela suffit pour que le lecteur sache à qui il a affaire. Dans le cas contraire, vous risquez d’être un de ces Fameux qui conservent leurs souvenirs enveloppés dans un drap noir : pour votre tranquillité, mieux vaut s’abstenir de lire ce livre. Publiées en Argentine en 1962, ces histoires sont le miroir du regard intime de Julio Cortázar. Elles lui ont même valu un siège au Collège au Pataphysique. Précédant les grands romans et les nouvelles fantastiques qui ont fait sa réputation en France, ces mini-textes éclairent le comportement de tant de personnages farfelus et graves qui sont les protagonistes des œuvres maîtresses de Cortázar.

 

Avis : J’avais hâte de lire ce livre, il m’intriguait et m’avait l’air assez original au vu du résumé.

Et pourtant, j’ai un avis assez mitigé sur ce livre. Tout d’abord, il est composé de nombreuses nouvelles, et séparé en quatre parties. Toutes sont étranges, certaines plus que d’autres, mais je pensais qu’elles seraient assez différentes, et sur ce point-là, je ne me suis pas trompée. Toutes sont vraiment très courtes, elles ne dépassent pas trois pages. Mais cela ne gâche pas l’impact de chacune d’entre elles sur le lecteur. En peu de mots, l’auteur sait dire ce qu’il a à dire, sait faire passer son « message ». Pourtant, le fait que ce livre soit étrange – un peu trop peut-être parfois – m’a un peu gêné et je n’ai pas tout suivi. Certaines nouvelles sont vraiment spéciales, et assez incompréhensibles. D’autres m’ont touché, j’y ai vu de la poésie derrière l’étrangeté du texte. La dernière nouvelle, qui est composée de plusieurs en réalité, est peut-être celle que j’ai préféré. Je l’ai trouvé à la fois touchante et drôle (j’ai éclaté de rire en lisant les premières lignes de « Le Lion et le Cronope » tant ces phrases m’ont paru absurdes !).

La partie « Instructions » est sans doute la plus étrange au vu des situations dans lesquelles sont placés les personnages. Je n’ai pas tout compris, et je pense que c’est normal ! Par exemple : qu’est-ce que poser un tigre ? Est-ce littéral ? Je me suis trouvée un peu bête de ne pas comprendre et, en même temps, ce n’est pas tout à fait clair. Ces instructions sont donc très originales et franchement farfelues ! D’autres situations semblent inimaginables comme celle qui s’intitule « Perte et récupération du cheveu ». Je me suis demandée comment l’auteur avait pu imaginer une histoire pareille ! Elle semble simple et pourtant impensable. Dans cette partie, j’ai particulièrement aimé « De la conduite à adopter dans les veillées funèbres » qui montre la possible hypocrisie d’une famille qui ne tenait pas à la personne qui est morte. Dans la partie suivante, « Matière plastique« , l’une des histoires les plus étranges, m’a semblé être « Conduite des miroirs de l’Ile de Pâques ». Celles que j’ai préférées sont « Chameau déclaré indésirable » et « Discours de l’ours ». « Ecrasement des gouttes » est aussi très poétique. « Histoire sans morale » est aussi une très belle histoire, assez ironique.

La dernière partie, « Histoires de Cronopes et de Fameux« , est vraiment très très étrange, puisque le monde que l’on aborde est complètement inconnu. Je n’ai pas vraiment accroché, et je trouve ça dommage. Peut-être que si un jour je relis ce livre, cette partie passera mieux. Vers la fin, je me suis tout de même attachée aux Cronopes et aux Espérances, beaucoup moins aux Fameux. Les histoires qui les concernent tous sont aussi farfelues que celles des parties précédentes. La dernière nouvelle m’a laissé une très bonne impression. Donc je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce livre, ni que je l’ai vraiment aimé.

 

En définitive, un livre assez farfelu, étrange, mais tout de même poétique parfois. Je pense le relire plus tard, pour voir si mon avis diffère.

Hedda Gabler de Henrik Ibsen

Posté : 14 janvier, 2015 @ 11:54 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

Genre : ThéâtreHedda Gabler

Editeur : Le Livre de poche

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 187

Synopsis : Hedda Gabler est plus qu’un personnage, c’est la figure emblématique d’un romantisme devenu impossible, la métaphore d’une époque révolue. Elle est l’un des grands personnages féminins du théâtre européen, au même titre qu’Antigone ou Andromaque.

 

Avis : Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de théâtre : cela m’a fait du bien ! La couverture est déjà assez représentative de la pièce : une femme à un balcon qui regarde vers l’extérieur, mais elle est aussi un peu tournée vers l’intérieur, enfermée dans son monde et n’accédant pas à celui qui est en face d’elle.

La pièce est divisée en quatre actes, qui, eux, ne sont pas divisés en scènes. Ils sont assez rapides à lire, et le fait qu’il n’y ait pas de « pause » à l’intérieur ne m’a pas paru gênant. Les descriptions de lieu sont assez longues, cela m’a un peu fait penser à l’irruption d’un roman dans la pièce. Cela permet de très bien s’imaginer l’endroit où l’action se déroule, endroit qui est le même tout le long de la pièce. On s’y habitue facilement, et les différentes atmosphères donnent l’impression que l’on change de lieu sans en changer. Cette pièce se déroule en deux jours, il me semble, deux jours où beaucoup de choses se passent dans la vie des personnages. Hedda et Tesman viennent de rentrer de voyage et découvrent leur nouvelle demeure alors que deux de leurs vieux « amis » arrivent en ville et se rendent chez eux. Commence alors un entrelacement de secrets et de révélations subtiles que j’ai pris plaisir à découvrir. En effet, on comprend vite qu’Hedda cache quelque chose, un secret qui ne nous est révélé qu’à demi-mots. Tout est vraiment fait en subtilité dans cette pièce. On doit lire entre les lignes pour bien comprendre ce qui est arrivé aux personnages, mais aussi ce qu’il est en train de se passer. Les répliques d’Hedda, notamment, sont peuplées d’images, de métaphores qui montrent son point de vue sur la vie.

Les didascalies sont très présentes dans cette pièce, et j’ai trouvé qu’elles aidaient vraiment à comprendre l’intériorité des personnages. Cela est beaucoup plus compliqué dans une tragédie de Shakespeare où il n’y a pratiquement pas de didascalies, en tout cas, aucune sur le ton des personnages ou l’expression de leur visage, ce qui les rend un peu difficiles à cerner. Ici, au contraire, c’est très simple. En effet, Hedda semble vraiment arrogante et au-dessus de tout le monde dans cette pièce. Elle vient d’un milieu aisé qu’elle ne retrouve pas dans sa nouvelle demeure et cela la gêne. Elle semble, à première vue, assez superficielle. Mais par la suite, le personnage prend une certaine profondeur. Hedda réfléchit sur la vie qu’elle va mener, sur la vie qu’elle a menée : j’ai pu le constater dans ses conversations avec le juge Brack. La jeune femme est aussi un personnage très manipulateur et, cela m’a un peu surpris, assez violent (sur certaines éditions, on comprend cette violence dès le synopsis avec la mention des pistolets du général Gabler, le père d’Hedda). C’est un être passionné aux prises avec sa propre vie. Elle se préoccupe peu de la vie des autres, qui ne semble pas lui importer, et ne pense qu’à la Beauté, ainsi qu’à son niveau de vie qu’elle voudrait supérieur. Tesman, quant à lui, m’a semblé assez ridicule ; en tout cas, lorsqu’il est avec Hedda. Elle le rabaisse constamment sans qu’il s’en rende compte, et cela donne parfois des situations un peu comiques. Il n’est pas très original, il est assez classique, et ne se préoccupe que de la culture et de ses vieux livres. Il ne connaît absolument pas Hedda, et je me suis demandée tout le long du livre ce qu’ils pouvaient bien faire ensemble ! Le personnage de Ejlert Lövborg est plus original, et sans doute plus propre à plaire aux lecteurs et aux autres personnages eux-mêmes. Lui est original, même avant-gardiste, et plaît aux femmes, c’est indéniable. Il est un peu l’élément perturbateur de la pièce, puisque c’est son arrivée qui déclenche tout ce qui va arriver. Thea Elvsted m’a plu, et m’a fait pitié en même temps. Elle semble très influençable, et très peu intelligente lorsqu’on la découvre pour la première fois ; en tout cas, Hedda me l’a fait voir de la sorte. Elle semble passionnée mais incertaine de la marche à suivre, ce qui refroidit complètement sa passion, et la fait paraître assez ridicule parfois (encore une fois, surtout à cause d’Hedda). Elle se laisse manipulée par le personnage principal et ne réagit jamais (comme Tesman et Lövborg). Quant au juge Brack, je n’ai pas apprécié ce personnage. Il profite de la situation pour obtenir ce qu’il désire et se sert lui aussi des autres personnages. Il est la cause de la fin de la pièce.

Je pense que la fin ne pouvait pas être différente. En ce qui concerne Lövborg, elle était évidente après ce qu’Hedda a fait pour lui. Pour Tesman et Thea, je trouve que cela les rend d’autant plus méprisants pour le personnage principal puisqu’ils rendent complètement inutile ce qu’a fait Hedda. Concernant celle-ci, la fin est aussi évidente après avoir pris du recul. Un personnage aussi passionné ne peut finir autrement.

J’ai lu quelques avis où Hedda était désignée comme un mélange de Madame Bovary et d’Antigone. Après réflexion, c’est vrai que ce mélange peut convenir (elle s’ennuie comme Emma, et cherche une échappatoire comme Antigone), mais j’ai trouvé Hedda plus « masculine« . Sa façon d’agir, de parler, et la manière dont finit la pièce pour elle m’ont fait penser aux grands personnages tragiques masculins plus que féminins. Emma est fleur bleue : Hedda n’a rien à voir avec un quelconque sentimentalisme, au contraire, elle est très froide et distante. Antigone, elle, cherche à agir pour son frère : il semble qu’Hedda n’agisse que pour elle-même. J’ai trouvé que la fin le prouvait bien.

 

En définitive, une pièce que j’ai appréciée, où il faut lire entre les lignes. J’ai particulièrement apprécié le personnage d’Hedda, passionné et violent. 

La condition pavillonnaire de Sophie Divry

Posté : 12 janvier, 2015 @ 11:55 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La condition pavillonnaire Genre : Contemporaine

Editeur : Notabilia

Année de sortie : 2014

Nombre de pages : 263

Synopsis : La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary … Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine. Sophie Divry est née en 1979 à Montpellier. Elle vit actuellement à Lyon. Après La Cote 400, traduit en cinq langues, La condition pavillonnaire est son troisième roman. « Car ces coïts te donnèrent bientôt le sentiment ; après avoir préparé le repas, débarrassé la table, rangé la cuisine et couché les enfants ; vu que tu n’y trouvais pas de libération, ni n’en recevais de merci ; le sentiment de faire un deuxième service. »

 

Avis : J’avais été prévenue que ce livre était fort, et qu’il ne fallait pas le lire n’importe quand au cours de sa vie. Après lecture, je confirme : ce n’est pas à mettre entre toutes les mains, ni à n’importe quel moment !

On est averti dès le synopsis que ce ne sera pas une lecture facile. Je l’ai même trouvé très laborieuse parfois : non pas à cause du vocabulaire employé, mais à cause des émotions que l’on ressent lorsque l’on lit ce livre. On se sent tour à tour joyeuse, triste, désespérée, et l’on se pose de nombreuses questions à propos de soi et de la vie. Cet ouvrage s’ouvre sur une constatation générale qui implique directement le lecteur dans le « nous » utilisé. Le narrateur présente en même temps le personnage, une femme, dont on ne connaîtra jamais le prénom complet. Par la suite, le livre n’est écrit qu’à la deuxième personne du singulier : le narrateur ne cesse de parler à son personnage. Cela donne une impression très forte sur le lecteur : j’ai eu la sensation qu’il s’adressait à moi pendant toute ma lecture, je me suis donc identifiée à M.A., je me suis glissée dans sa peau. J’ai eu le sentiment de vivre une autre vie, et c’est d’abord ce que j’aime dans ce livre. C’est ce que l’on devrait toujours ressentir en lisant : c’est un réel plaisir d’être ainsi transporté dans un monde qui pourrait être le nôtre mais qui ne l’est que dans notre imagination (et pour celui-ci, heureusement !). Cette vie que nous présente le narrateur pourrait être celle de n’importe quelle femme. Elle commence par son enfance, évolue vers l’adolescence et arrive bientôt dans l’âge adulte. Cette partie est, bien sûr, la plus longue. Et la plus douloureuse. Quand M.A. pensait vivre une vie extraordinaire, elle est déçue par celle qu’elle vit réellement. Tout lui paraît fade, rien n’est à la hauteur de ce qu’elle imaginait. Et à cause de cette insatisfaction constante, je dois dire que c’est un des livres qui m’a le plus déprimée. Cette vie, n’importe qui pourrait l’avoir, et n’importe qui pourrait ressentir exactement les mêmes choses. J’espère sincèrement que je ne me sentirais jamais comme ça de ma vie …

L’écriture est très bonne, la deuxième personne du singulier est une excellente idée qui aspire littéralement le lecteur dans le livre. Parfois, l’auteur place des descriptions d’objets ou d’évolutions de la société en plein milieu d’un passage narratif. Parfois, c’est assez frustrant, par exemple, dans la scène où M.A. hésite à entrer dans le bureau de Philippe. Mais cela nous fait aussi comprendre, après coup, que la société change peu à peu au cours de la vie des personnages. J’ai vraiment eu l’impression de voir leur vie passer.

Le personnage est donc une Emma Bovary moderne. Elle s’ennuie, ne trouve rien d’exaltant dans sa vie et cherche des distractions qui finissent par l’ennuyer. Ses proches ne trouvent pas la place qu’ils méritent auprès d’elle, qui cherche toujours mieux. Dans son adolescence, elle rêve une vie qu’elle ne se donne pas les moyens de vivre, et, lorsqu’il est trop tard, elle le regrette. Elle vit dans l’expectative, attendant, et ne vivant jamais vraiment. Elle m’a beaucoup attristé parfois, et m’a aussi beaucoup fait peur : c’est terrifiant de s’imaginer à sa place. J’ai parfois eu envie d’arrêter ma lecture, mais j’étais trop curieuse de savoir ce qui (n’) allait (pas) lui arriver ensuite. Je me suis attachée à elle, évidemment – comment ne pas s’attacher à un personnage si proche de nous par l’écriture ? -. Son mari, François, vu exclusivement par ses yeux, est assez ambivalent. Elle l’aime à la folie quand ils sont adolescents, puis finit par être désillusionnée quand ils emménagent ensemble, puis ont des enfants. Puis arrive leur vieillesse, où elle ne se rend toujours pas compte des qualités de son mari, qualités qui lui manqueront quand elle en aura besoin. Je me suis également attachée à ce personnage, qui m’a touché, malgré la vision que sa femme a de lui. En revanche, je ne me suis pas attachée – et même pas du tout – aux enfants et aux petits-enfants de M.A. J’étais complètement absorbée dans la vie du personnage et je suis passée complètement à côté d’eux. Chloé, l’amie de M.A., est attachante. Mais leur relation m’a semblé un peu superficielle …

Ce livre fait vraiment réfléchir sur la vie. Je me suis posée des tas de questions. A un moment, c’était tellement laborieux que je me suis jurée de ne pas vivre une vie comme ça. Mais la fin donne une tout autre tonalité au livre, et c’est encore plus désespérant. Je ne sais pas si tous les lecteurs de ce livre ont ressenti la même chose, il faudrait que l’on en discute, mais cela m’a frappé. J’avoue ne pas avoir pu retenir mes larmes quand le livre se termine. C’était vraiment un poignard dans le cœur. Et c’est aussi pour ces larmes – il y a bien longtemps que je n’ai pas pleuré en lisant – que « j’aime » ce livre – je ne sais pas si l’on peut vraiment aimer ce livre. On peut apprécier l’écriture et se fondre dans l’histoire, mais « aimer » … -. Il nous fait vraiment ressentir les émotions à l’état brut. Je pense que je ne me suis jamais sentie aussi mal face à un livre.

 

En définitive, un livre très bien écrit, qui fait réfléchir et ressentir des tas d’émotions diverses, où prédomine tout de même la tristesse et l’impuissance. 

12
 

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