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I found myself in Wonderland.

Enfance de Nathalie Sarraute

Classé dans : Avis littéraires — 30 novembre 2014 @ 23 h 28 min

EnfanceGenre : Autobiographie

Editeur : Folio

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 277

Synopsis : Ce livre est écrit sous la forme d’un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l’aide à faire surgir « quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs ouatées qui se défont et disparaissent avec l’enfance ». Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Pétersbourg et de nouveau Paris. Un livre où se dessine l’œuvre à venir, d’une sonorité unique à notre époque.

 

Avis :J’ai entendu tellement de commentaires négatifs sur ce livre que j’en ai retardé la lecture un certain temps, certaine que j’allais penser comme tout le monde. Quand j’ai commencé, j’ai eu un peu de mal avec les premières pages, et je me suis dit que les autres avaient raison, que, comme eux, je n’aimerais pas. Et bien je me suis trompée !

J’ai beaucoup aimé ce livre ! Le début est, il est vrai, un peu spécial, et on ne comprend pas forcément tout ce que l’auteure dit lorsqu’elle se parle à elle-même. On peut se sentir un peu exclu. Puis, les deux premières scènes d’enfance de Nathalie Sarraute sont, elles aussi, assez spéciales. C’est une entrée en matière qui peut rebuter certains lecteurs, surtout le deuxième passage qui m’a paru assez dégoutant. J’ai vraiment commencé à apprécier le livre à partir du moment où l’auteure plonge pleinement dans l’enfance et nous parle de sa famille, de ses amis, de ce qu’elle faisait enfant. On assiste à toutes les petites (et grandes !) trahisons des adultes, à ce que ressent la petite, mais surtout à ce que ressent l’auteure au moment où elle écrit. Lorsqu’elle met des mots sur ce qu’elle doit avoir ressentir, selon ce dont elle se souvient, elle admet que ce sont des mots et des images qu’elle n’aurait jamais employé à l’époque parce qu’elle ne pouvait pas encore ressentir tout l’impact que ce qu’elle vivait pouvait avoir. Il semble qu’elle ne se rend compte de tout ce qui lui arrive, et l’auteure, une fois adulte, explique comment elle l’a ressenti par la suite. Les nombreux voyages qu’a faits l’enfant nous font voir différents endroits, et notamment la Russie et Paris, où la petite passe la majeure partie de son enfance. La vision qu’elle a des lieux nous les fait voir d’une façon différente de ce dont on a l’habitude. Quand elle parle de noms de rue que les touristes aiment, elle explique qu’elle ne peut pas les aimer parce qu’ils sont reliés à des souvenirs de tristesse, de grisaille, d’abandon.

Les personnages, qui sont ici des êtres réels, sont vus à travers les yeux de la petite, mais aussi de l’auteure qui écrit. Celles-ci peuvent elles aussi être considérées comme des personnages. La petite est très attachante, on se retrouve parfois en elle enfant, et l’on partage ses joies et ses peines. Mais, parfois, du fait de son âge, elle ne comprend pas ce qui lui arrive vraiment, et cela m’a un peu serré le cœur. L’auteure, elle, comprend. Elle est composée de deux personnages, on peut dire, puisqu’elle dialogue avec elle-même. L’une « pose les questions », ou, en tout cas, pousse l’autre à se souvenir, à plonger dans le passé et à repêcher des souvenirs enfouis en elle. Celle qui se souvient est la narratrice, elle exprime ses sentiments d’adulte et essaie de se souvenir de ce qu’elle a dû ressentir enfant, lorsqu’elle était face aux situations relatées. On peut sentir parfois la sincérité de l’auteure, qui nous fait comprendre qu’elle a peut-être embelli un passage, qu’elle ne se souvient plus à la perfection de tel moment ou de tel autre. Ses parents sont omniprésents dans tout le livre, ce qui n’est pas forcément le cas dans tous les livres d’enfance. La mère est un peu idéalisée par sa petite fille, puis l’auteure ouvre les yeux au fur et à mesure qu’elle parle de ses souvenirs. On découvre qu’elle n’a pas forcément les réactions que l’on peut attendre d’une mère, qu’elle n’est pas si parfaite et si aimante que cela, et qu’elle ne parvient pas à comprendre Nathalie comme son père, par exemple, la comprend. Je n’ai pas vraiment apprécié la mère, et même pas du tout parfois. Le père, lui, est un personnage qui évolue : de joyeux et expressif avec sa fille, à qui il donne des surnoms qui m’ont fait sourire, il devient plus fermé, et même, – j’ai eu cette impression parfois – plus terne. Il se rembrunit, et pourtant la petite l’aime toujours autant. Leur relation est très particulière et fait un peu rêver sur les relations père/fille. C’est un personnage qu’il est difficile de ne pas trouver attachant il me semble. Véra, quant à elle, apparaît plus tard que le père et la mère – dont les noms n’apparaissent qu’une fois dans tout le livre il me semble -. J’ai trouvé que c’était un personnage que l’on ne pouvait pas vraiment aimer et pas vraiment détester. Elle est un peu entre les deux. Elle penche parfois vers la marâtre et, parfois, vers la gentille belle-mère. Le personnage de Lili est peu développé, et on peut comprendre pourquoi : l’auteure semble ne pas avoir d’affection pour elle, et éviter tout rapport. D’autres personnages se croisent, comme la « grand-mère« , ou Micha.

Ce livre nous présente aussi l’école à l’époque, et les façons de faire apprendre certaines choses aux enfants, comme l’anglais par exemple. C’est une tout autre vision, qui nous montre que la vie n’était absolument pas la même avant la première guerre mondiale et pendant cette guerre que la nôtre. J’ai trouvé cela enrichissant.

La fin est assez brutale. L’auteure s’arrête, comme si elle avait fini de parler de son enfance, comme si le moment qui suivait n’en faisait pas vraiment partie. Le dialogue prend fin sur le mot même d’enfance.

 

En définitive, un livre que j’ai vraiment aimé, même si ce n’est pas vraiment un coup de cœur. La façon d’écrire peut surprendre, mais l’on s’y fait rapidement, et l’on aime suivre la petite Nathalie dans l’enfance.

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