Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour le 30 octobre, 2013

La porte de la réflexion de Kévin Iacobellis

Posté : 30 octobre, 2013 @ 5:47 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La porte de la réflexion de Kévin Iacobellis  dans Avis littéraires couv9516803-208x300Genre : Psychologie

Editeur : Bookelis

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 51

Synopsis :Il y a quatre ans, j’ai eu un grave accident de voiture. J’ai perdu une partie de ma motricité et je suis devenu hémiplégique. A cause de mon caractère, ma femme m’a quitté et ma peine n’a fait que s’accentuer. J’étais mal dans ma peau et je n’avais plus la motivation de continuer, c’est alors que je fais la rencontre d’Oscar, celui qui m’a percuté….

 

Avis : Le titre m’a beaucoup intrigué, je me suis demandée à quoi pouvait référer cette mystérieuse porte. Bien entendu, ce ne pouvait pas réellement en être une, et j’ai décidé de me plonger dans le livre pour le découvrir.

L’histoire est intéressante, et peut facilement toucher les gens. Les émotions du héros sont bien retranscrites, l’on comprend facilement son histoire. L’intrigue est recherchée et l’idée semble ici être de nous montrer ce que les personnes handicapées ressentent lorsqu’elles se voient juger par les autres. Je dois avouer que je ne suis pas toujours d’accord avec le personnage principal (qui, notamment, caricature les femmes) mais, j’ai déjà assisté à des moqueries envers les personnes à mobilité réduite, et ça m’a réellement dégouté. Je n’ai jamais vu l’intérêt. Mais je ne suis pas d’accord pour dire que tout le monde est pareil (et encore moins les femmes !). Certaines personnes ne savent pas comment réagir devant des personnes handicapées, et je trouve cela normal, surtout si la personne en face d’elles les regarde comme si, de toute façon, elles pensaient du mal d’elle. Elles ont peur de les blesser en leur parlant comme si de rien n’était, mais aussi en les considérant comme différentes des autres. Et souvent, comme elles ne savent pas quoi faire, elles ne font rien. Roger semble obnubilé par l’image qu’il renvoie aux autres, et les autres le sentent sans doute. Bien sûr, il y aura toujours des personnes assez stupides pour se moquer, mais je ne pense pas qu’elles soient majoritaires (ou, en tout cas, pas dans mon entourage). Ces personnes seront à jamais débiles et ne méritent pas qu’on s’y intéresse.

Les personnages sont assez complexes et tendent vers le réalisme. Roger est désespéré par la perte de sa femme, et il oscille entre plaintes et motivation. Sa femme (dont on ne connait pas le nom) semble être une égoïste sans nom et l’abandonne à la première difficulté, ce qu’il n’a pas fait. Par contre, je n’ai pas réussi à cerner Oscar. J’ai trouvé qu’il était très contradictoire, lunatique, et que les multiples descriptions qu’en fait le personnage sont en totale opposition avec ce que l’on voit de lui (comment le juge peut-il voir sa peur dans ses yeux, quand le narrateur trouve qu’il cache parfaitement ses émotions ?) En plus, je n’ai pas trop compris où l’action se situe, ni en quelle année. 

Je trouve également que le résumé en dit trop, et nous gâche un peu la surprise de découvrir ce qu’il va arriver au héros juste après son accident. La plupart des choses sont dites, et seule la moitié de l’histoire n’est pas dans le synopsis. Il y aussi un problème de chronologie : je me suis complètement perdue à certains moments parce que les actions ne sont pas liées entre elles. Le livre est écrit au présent et au passé, ce qui rend vraiment compliqué la localisation dans le temps du récit. Je me suis parfois dit : « Il a trouvé un travail, il dit qu’il le pratique encore donc, j’en déduis qu’à la fin du livre, il le fera toujours. » Mais en réalité, dans cet ouvrage, le présent n’est pas à employer comme nous l’entendons. C’est le présent du personnage qui vit l’histoire, et pas celui qui la raconte. J’avoue avoir eu du mal à suivre à certains moments. Enfin, en plus du personnage d’Oscar, certaines scènes ou réflexions du narrateur ne sont pas cohérentes. Je n’ai pas compris la scène où il déclare qu’il va se suicider, et où, dans le même paragraphe, il passe à une autre idée sans préambule, sans nous dire pourquoi il a renoncé à l’idée, ce qu’il s’est passé dans sa vie. Les paragraphes sont peut-être mal agencés. Enfin, le manque de dialogue est un peu pesant. On ne se rend pas compte que les personnages parlent, tout est filtré par le narrateur, qui ne relatent que trois fois directement les paroles des autres personnages.

J’ai trouvé la fin très surprenante mais un peu courte, tout comme le livre en lui-même. Certaines idées sont vraiment à développer. Le fond est vraiment super, l’auteur a clairement du potentiel, mais la brièveté du livre fait que l’on n’a rien le temps de voir passer, que l’on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, et qu’eux-mêmes n’ont pas le temps d’organiser leurs pensées.

 

En définitive, une excellente idée sous-jacente mais un livre trop court et assez contradictoire. Le potentiel est là, mais le développement des idées manque.       

Les Mots de Jean-Paul Sartre

Posté : 30 octobre, 2013 @ 12:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Les Mots de Jean-Paul Sartre dans Avis littéraires couv58628648-177x300Genre : Autobiographie, Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1995

Nombre de pages : 206

Synopsis : J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’Octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait …

 

Avis : J’étais très réticente à lire Jean-Paul Sartre. Je m’attendais à ne pas aimer du tout, à m’ennuyer aussi un peu. Je ne savais pas encore à quel point je me trompais !

L’auteur nous livre ici une autobiographie qui peut aussi bien être un essai sur la lecture et l’écriture, l’emboîtement des deux, le passage de l’une à l’autre. L’œuvre est divisée en deux parties : Lire et Ecrire, ce qui montre bien une progression d’un état à un autre. Je connais beaucoup de personnes qui lisent et qui, finalement, se sont mises à écrire, parce qu’il semblerait que la lecture mène irrémédiablement à l’écriture (pas pour tous bien sûr). Ce n’est évidemment pas pour autant qu’un grand écrivain sommeille en chaque lecteur, mais sans doute, chaque personne qui lit à l’imagination requise pour, à son tour, écrire, inventer une histoire, des personnages, un décor. Ici, Sartre découvre sa vocation : baigné dans les livres, la lecture, la littérature, lui aussi écrira.

On ne plonge pas directement dans l’enfance de l’écrivain : l’on découvre tout d’abord ses parents, ses grands-parents, ses oncles, tantes. Il commence par sa famille pour aboutir à sa naissance. Il découvre les livres très jeunes, et je me suis parfois reconnue dans les descriptions qu’il fait de la lecture enfantine. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être surprise et de me dire : « Hé mais moi aussi je faisais ça ! ». Il décrit la lecture comme une voix que l’on entend, la voix de l’écrivain qui nous parle à travers son livre. Sa mère lui racontait des histoires, et il a voulu lire seul. Chaque enfant à qui l’on fait la lecture finit par passer par le stade dont il parle : il fait semblant de lire, invente une histoire pour faire comme les grands. Sartre se décrit aussi comme un enfant, on peut le dire, arrogant, qui a besoin du regard de sa famille et qui est sûr d’être le centre de leur monde, et même du monde : il a besoin de lui, il se doit d’agir comme il se doit. Cela m’a fait penser à Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, sa biographie de 0 à 3 ans, dans laquelle elle se dit essentielle, Dieu pour les autres, qui doivent la vénérer. Certains passages de Lire m’ont fait sourire ou rire : l’auteur garde son humour, même quand il parle de désespoir puéril. L’on voit également que l’éducation marque les individus à vie, puisque souvent, l’auteur avoue avoir mis vingt ans pour se débarrasser d’une opinion que les adultes lui avaient insufflée.  

La transition entre Lire et Ecrire se fait tout naturellement. Encore une fois, je m’y retrouvais : à force de lire, l’enfant a aussi envie de créer ses propres histoires, de s’inventer des personnages fictifs dont il pourra faire ce qu’il voudra. L’auteur a commencé par mimétisme, en plagiant les œuvres qu’il avait lues, puis en les modifiant, et finalement, en en créant des inédites. J’ai préféré la première partie à la deuxième : il y a plus de retours dans le présent, plus d’interventions de l’auteur à l’âge où il écrit. Elles cassaient le récit, faisaient un peu oublier où l’on s’était arrêté. Cela n’a pas pour autant gâché mon plaisir. Sartre nous parle à un moment des écrivains et de leur opinion sur leurs livres : sa description est intéressante et il nous dit même ce qu’il pensait de ses œuvres.

L’on peut dire que les livres ont permis à Sartre de découvrir la vie, qu’il s’est forgé une identité avec eux, qu’ils lui ont appris beaucoup de choses, qu’ils ont largement influencé sa vie, et l’ont finalement amené à en faire son métier. Quand on lit, l’on a tendance à s’identifier aux personnages, à entrer dans l’histoire, à imaginer comment cela aurait pu se passer autrement, à apprendre certaines choses sans y faire attention, à s’éduquer un peu par soi-même, à découvrir de nouvelles qualités, de nouveaux défauts, des choses dont personne ne nous avait parlé avant. Lire sert à quelque chose : cela sert à se faire notre propre personnalité, à changer d’opinions sur certaines choses, à les voir autrement, par les yeux d’autres différents de nous. Spontanément, on ne lit pas pour analyser le texte que l’on a sous les yeux, mais pour s’intéresser à l’histoire, découvrir ou comprendre certaines choses, idées, concepts.

 

En définitive, Les Mots est un livre enrichissant, qui nous montre la vocation d’un grand écrivain, mais qui nous fait aussi découvrir la lecture enfantine, l’écriture qui suit, l’influence des autres sur les enfants, de l’Histoire sur les individus. C’est vraiment intéressant, je le conseille à tous ceux qui lisent !          

 

 

 

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