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I found myself in Wonderland.

L’Education sentimentale de Gustave Flaubert

Classé dans : Avis littéraires — 29 octobre 2013 @ 14 h 36 min

L'Education sentimentale de Gustave Flaubert  dans Avis littéraires couv43915657-178x300Genre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 519

Synopsis : Frédéric Moreau, jeune bachelier provincial, « tourne dans son désir comme un prisonnier dans son cachot ». Il se croit destiné aux plus grandes passions et aux succès littéraires et artistiques. En 1840, sur le pont d’un bateau, il est troublé par le charme de Mme Arnoux, femme d’un marchand de tableaux. Mais les années s’écoulent, les rêves s’effritent, et son amour lui-même s’étiole au contact de la vie parisienne. Mme Arnoux restera pourtant l’adoration de son adolescence, l’amante et la mère qui aurait pu le préserver de la vulgarité du monde. Le public et la critique de l’époque ne comprirent pas ce roman mélancolique des ambitions déçues, qui allait cependant servir de modèle à toutes les générations à venir … 

 

Avis : La couverture de cette édition montre déjà bien le sujet et l’obsession du personnage principal : une femme. Et l’on peut dire, sans mentir, que le roman tourne autour d’elle, ou, en tout cas, qu’il revient toujours à elle.

Tout commence sur un bateau. L’on découvre le héros du roman, Frédéric Moreau, alors âgé de 18 ans, qui rentre chez lui à Nogent, voir sa mère. On découvre les personnes qui l’entourent, le paysage, et il rencontre Mme Arnoux. Cette scène est courte, mais riche en émotions. C’est une rencontre sans paroles, tout en regards et en gestes. Et elle déterminera tout le roman, toutes les actions de Frédéric, les conséquences qu’elles auront sur son entourage, proche comme éloigné. Mme Arnoux devient le centre de la vie de Frédéric sans qu’ils se connaissent. L’on pourrait dire que l’histoire d’amour avorté de ce couple est l’intrigue principale du roman. L’on voit comment les scènes s’imbriquent, l’on comprend pourquoi cela se passe de telle façon et pas d’une autre grâce au recul que nous offre le point de vue omniscient. Et l’on se rend surtout compte de toutes les occasions manquées des personnages, de tout ce qui aurait pu mieux se passer, de la lâcheté de certains, de la bêtise d’autres, de l’égoïsme aussi. On ne peut s’empêcher de se dire : et si Rose n’était pas apparu ? Et si Mme Arnoux avait été moins vertueuse ? Mais les deux « amants » ne font que se croiser, et quand ils se rencontrent vraiment, c’est toujours pour séparer un long moment. Mais même ces séparations ne parviennent pas à briser l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, et, sans rien se dire, ils se comprennent. Parfois, certains actes de l’un ou de l’autre, dans leur passion, les dérangent ou les blessent, et ils cherchent à se rendre la pareille. Certaines scènes sont bouleversantes, l’on comprend aisément certaines réactions, certaines paroles, et les non-dits sont hurlés par les regards. L’amour est un thème récurrent de ce livre, et les autres femmes,  même si elles parviennent à séduire et à attirer l’attention du héros, n’arrivent jamais à lui faire oublier son unique amour, celui qu’il n’aura jamais et qu’il convoitera toujours.

D’autres thèmes ne cessent de revenir dans cette œuvre, notamment l’argent et la politique. Le premier est recherché par presque tous les personnages ; en tout cas, tous en ont besoin, et il manque souvent à ceux qui désirent réaliser de grands projets. Il est la cause de beaucoup de problèmes, et influence les relations entre les personnages, amis ou ennemis. Il est aussi l’objet de convoitise, par les héritages ou les achats d’actions. Certains parviennent à l’obtenir, et d’autres le perdent de façon absurde. La politique est également beaucoup représentée. D’ailleurs, les scènes la concernant sont lourdes, et m’ont, à force, ennuyées. Les personnages s’en occupant sont ridicules, et se contredisent à tout bout de champ ; les Républicains sont qualifiés de vertueux, alors qu’une scène à la Chambre les montre vicieux comme jamais ; les idées des personnages secondaires les poussent à dire des choses qui ne leur valent rien de bon (Sénécal par exemple), et tous finissent par virer de bord, ou par abandonner complètement la politique. A un certain moment, les scènes politiques m’ont tellement agacées (ils disent toujours la même chose !) que j’ai hésité à sauter quelques passages mais non (pas possible, j’aurais trop de remords …).

Les personnages sont très réalistes, et donc complexes. J’en ai apprécié certains, détesté d’autres. Je me suis attachée à Frédéric, même si certains de ses actes m’ont paru immoraux ou ridicules. Ainsi, il ne parvient pas à prendre la défense de son pays, à s’engager en politique et même à trouver un emploi. A peine a-t-il touché son héritage qu’il dilapide les trois quarts pour des bagatelles. Bien qu’il veuille rester fidèle à son amour, c’est un homme, et il finit par succomber aux charmes d’autres femmes. Comme dans Madame Bovary, les scènes ne sont jamais explicites, il faut les deviner, comprendre que telle personne est devenue la maîtresse de tel autre. Frédéric m’a semblé impulsif, lunatique : il peut prêter la moitié de sa fortune en trente secondes, acheter des choses qui ne l’intéressent pas parce qu’on l’en presse, être furieux contre quelqu’un pour un motif sans importance. Et toutes ses ambitions finissent par tomber à l’eau : il ne devient ni l’amant de la femme qu’il aime, ni député, ni ministre, ni rien du tout. Mme Arnoux semble être la seule femme vertueuse du livre : même si elle tente de céder à ses passions, quelque chose la retient toujours, elle ne parvient jamais à se laisser aller, et perd ce qui aurait pu la rendre heureuse. Elle m’a fait de la peine, et elle m’a paru courageuse dans un sens, et lâche d’un autre parce qu’elle n’ose jamais. Tous les autres personnages m’ont paru ridicules à un certain moment : Arnoux avec ses maîtresses et sa femme, ses multiples commerces et ses dettes, Vatnaz avec sa rancune futile et ses airs de grande dame, les amis de Frédéric, qui le manipulent, lui demandent toujours de l’argent et changent d’avis comme de chemises. Deslauriers le trahit même plusieurs fois ! Rosanette et Louise, par contre, m’ont fait de la peine, et Dussardier m’a semblé être le seul véritable ami de Frédéric. Sa mère n’est pas très présente : elle désire simplement que son fils ait une bonne situation et de l’argent.

La dernière scène où l’on voit Mme Arnoux m’a ému. Tout est fini, jamais ils n’auront pu être ensemble, elle part, il reste. La fin réunit deux personnages aux relations tumultueuses, mais qui s’aiment d’un amour fraternel, et ne peuvent se détester bien longtemps.

 

C’est donc un roman agréable, un peu long à des moments, mais intéressant. Il montre la mélancolie d’un amour perdu sans qu’il n’ait jamais été acquis, et l’on y retrouve certains traits du Romantisme dans le comportement de Frédéric.         

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