Redbluemoon

I found myself in Wonderland.

Archive pour octobre, 2013

Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, tome 13 : La Fin de Lemony Snicket

Posté : 31 octobre, 2013 @ 3:14 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, tome 13 : La Fin de Lemony Snicket dans Avis littéraires couv39116947-191x300Genre : Jeunesse, Aventure

Editeur : Nathan

Année de sortie : 2007

Nombre de pages : 243

Synopsis : Cher lecteur,

Tu viens sans doute de prendre ce livre et tu l’entames par la fin, ou plutôt par ce petit texte à la fin, à seule fin d’y détecter le fin mot de l’histoire ou cherchant peut-être à savoir si La Fin est vraiment la fin, autrement dit la fin de la série qui commençait par Tout commence mal. Sans pour autant être une fin de série, ce livre est en effet le dernier tome des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, et je ne saurais trop t’en déconseiller la lecture, même si tu as trouvé le courage d’ingurgiter les douze tomes précédents. Du début à la fin, La Fin n’est qu’une série d’abominations, dont une tempête du style fin du monde, un breuvage à donner le tournis et du poisson cru en bouillie, sans parler de moutons sauvages, d’une cage à oiseaux rococo et de perturbants mystères au sujet des parents Baudelaire. Je m’étais fait un devoir de relater par le menu l’histoire de ces orphelins et ma mission touche à sa fin. De ton côté, libre lecteur, tu as sans doute d’autres missions et si j’étais toi je m’abstiendrais de lire La Fin, de crainte que cette fin ne m’achève.

Avec mes sentiments respectueux,

Lemony Snicket.

 

Avis : J’avoue avoir mis du temps à lire Les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, en plusieurs années même, mais je ne pouvais pas lire tous les tomes à la suite. Je les trouvais trop lourds, et je m’ennuyais à force de lire la même chose. J’ai enfin achevé cette saga, que j’ai beaucoup aimée, malgré le mal que j’ai eu à la lire ! La couverture nous montre déjà un naufrage (il faut se souvenir que, dans le tome précédent, les orphelins s’enfuient de l’hôtel Dénouement en canot, avec leur cher Comte Olaf), et nous annonce qu’il n’y a pas que les enfants qui rencontreront des problèmes dans ce tome !

Le style de l’auteur est toujours le même : il parle au lecteur et il fait partie de l’histoire, il la vit comme les enfants. En effet, le narrateur est censé raconter la vie des orphelins Baudelaire, et il ne cesse de faire des remarques sur sa propre vie, sur sa famille, ses amis, sur une mystérieuse Béatrice qu’il a aimée et vraisemblablement perdu. Lemony Snicket est, nous l’aurons compris, un pseudonyme puisque c’est aussi un personnage de l’histoire. Cela donne plus de réalisme aux aventures des orphelins. C’est vraiment un style intéressant, très agréable à lire. Il est beaucoup plus facile de rentrer dans l’histoire, de s’imaginer les personnages, ce qui a amené aux situations dans lesquelles ils se retrouvent, mais aussi d’imaginer les personnages qui ne sont plus présents, qui ont disparu et dont le narrateur parle souvent. Le pacte de lecture entre l’auteur et le lecteur est très particulier puisqu’il le dissuade de lire ses livres tout le long de la saga (comme si nous ne voulions pas connaître enfin la fin !).

L’histoire est toujours la même : les orphelins Baudelaire, Violette, Klaus et Prunille, sont encore échoués dans un lieu inconnu, et toujours suivi à la trace par leur oncle, le comte Olaf. Mais ici, dès le début, on comprend que ce tome est différent. D’abord, les personnages ont évolué au fil des tomes : les enfants ont grandi, et l’on connaît bien le comte Olaf, toujours prêt à faire un mauvais coup. Puis, les personnages que l’on ne connaît pas encore ne semblent pas comme les autres. Ils n’ont pas la même réaction que dans les autres tomes : souvenez-vous tous ces idiots qui croyaient toujours le comte Olaf, qui n’ouvraient les yeux qu’à la fin, quand il était trop tard, et même, parfois, qui n’ouvraient pas les yeux du tout ! Cette fois, l’on a vraiment l’impression d’être dans « la vraie vie », là où les gens ne sont pas dupés aussi facilement. Comme toujours, des tas de choses arrivent aux pauvres orphelins qui ne peuvent rien faire, puisque cela ne dépend pas d’eux. Ils se posent beaucoup de questions sur leur conduite, la morale, sur la société et les gens.

Comme toujours, l’auteur apprend aux enfants, à travers ses livres, des mots compliqués, des concepts particuliers, comme la morale. Je trouve cette approche intéressante, cela permet aux petits de découvrir des choses par eux-mêmes et pas seulement à l’école. Donc, comme toujours, Klaus explique les mots compliqués que les enfants rencontrent et Prunille est traduite par ses aînés. Je tiens à souligner que l’auteur est très intelligent, dans la mesure où il parvient à caser, dans un livre jeunesse, le nom d’Electre pour désigner un drame familial, ou des mots comme tangente pour parler d’un changement de sujet. Comment faire apprendre sans faire apprendre !

Ce tome est très bien, pourtant, il m’a laissé sur ma faim. Peu de réponses sont données, et l’on a un peu l’impression que l’auteur s’est moqué de nous. Je me souviens qu’un personnage, dans les tomes précédents, avait laissé entendre qu’un parent Baudelaire pourrait encore être vivant : alors, vrai ou faux ? La réponse claire n’est pas donnée. On ne sait pas si les Baudelaire retrouvent enfin les Beauxdraps. Certes, c’est bien la fin des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, mais on ne sait pas grand-chose de ce qui leur arrive ensuite. L’auteur ne fait que des suggestions, mais dit rien clairement. Apparemment, il veut laisser à ses lecteurs le soin d’imaginer la suite, mais j’aurais préféré qu’il l’écrive lui-même. D’un autre côté, ce livre clôt bien une saga comme la sienne : un peu absurde, très étrange, très mystérieuse. Et la série se referme sur un nouveau mystère autour duquel les lecteurs peuvent facilement imaginer tout un tas de choses !

 

En définitive, c’est une très bonne saga, qui se termine sur un très bon dernier tome, même si ce n’est pas vraiment une fin. C’est, bien sûr, une saga jeunesse, mais je pense que tout le monde peut la lire, cela ne fait pas de mal !      

La porte de la réflexion de Kévin Iacobellis

Posté : 30 octobre, 2013 @ 5:47 dans Avis littéraires | Pas de commentaires »

La porte de la réflexion de Kévin Iacobellis  dans Avis littéraires couv9516803-208x300Genre : Psychologie

Editeur : Bookelis

Année de sortie : 2013

Nombre de pages : 51

Synopsis :Il y a quatre ans, j’ai eu un grave accident de voiture. J’ai perdu une partie de ma motricité et je suis devenu hémiplégique. A cause de mon caractère, ma femme m’a quitté et ma peine n’a fait que s’accentuer. J’étais mal dans ma peau et je n’avais plus la motivation de continuer, c’est alors que je fais la rencontre d’Oscar, celui qui m’a percuté….

 

Avis : Le titre m’a beaucoup intrigué, je me suis demandée à quoi pouvait référer cette mystérieuse porte. Bien entendu, ce ne pouvait pas réellement en être une, et j’ai décidé de me plonger dans le livre pour le découvrir.

L’histoire est intéressante, et peut facilement toucher les gens. Les émotions du héros sont bien retranscrites, l’on comprend facilement son histoire. L’intrigue est recherchée et l’idée semble ici être de nous montrer ce que les personnes handicapées ressentent lorsqu’elles se voient juger par les autres. Je dois avouer que je ne suis pas toujours d’accord avec le personnage principal (qui, notamment, caricature les femmes) mais, j’ai déjà assisté à des moqueries envers les personnes à mobilité réduite, et ça m’a réellement dégouté. Je n’ai jamais vu l’intérêt. Mais je ne suis pas d’accord pour dire que tout le monde est pareil (et encore moins les femmes !). Certaines personnes ne savent pas comment réagir devant des personnes handicapées, et je trouve cela normal, surtout si la personne en face d’elles les regarde comme si, de toute façon, elles pensaient du mal d’elle. Elles ont peur de les blesser en leur parlant comme si de rien n’était, mais aussi en les considérant comme différentes des autres. Et souvent, comme elles ne savent pas quoi faire, elles ne font rien. Roger semble obnubilé par l’image qu’il renvoie aux autres, et les autres le sentent sans doute. Bien sûr, il y aura toujours des personnes assez stupides pour se moquer, mais je ne pense pas qu’elles soient majoritaires (ou, en tout cas, pas dans mon entourage). Ces personnes seront à jamais débiles et ne méritent pas qu’on s’y intéresse.

Les personnages sont assez complexes et tendent vers le réalisme. Roger est désespéré par la perte de sa femme, et il oscille entre plaintes et motivation. Sa femme (dont on ne connait pas le nom) semble être une égoïste sans nom et l’abandonne à la première difficulté, ce qu’il n’a pas fait. Par contre, je n’ai pas réussi à cerner Oscar. J’ai trouvé qu’il était très contradictoire, lunatique, et que les multiples descriptions qu’en fait le personnage sont en totale opposition avec ce que l’on voit de lui (comment le juge peut-il voir sa peur dans ses yeux, quand le narrateur trouve qu’il cache parfaitement ses émotions ?) En plus, je n’ai pas trop compris où l’action se situe, ni en quelle année. 

Je trouve également que le résumé en dit trop, et nous gâche un peu la surprise de découvrir ce qu’il va arriver au héros juste après son accident. La plupart des choses sont dites, et seule la moitié de l’histoire n’est pas dans le synopsis. Il y aussi un problème de chronologie : je me suis complètement perdue à certains moments parce que les actions ne sont pas liées entre elles. Le livre est écrit au présent et au passé, ce qui rend vraiment compliqué la localisation dans le temps du récit. Je me suis parfois dit : « Il a trouvé un travail, il dit qu’il le pratique encore donc, j’en déduis qu’à la fin du livre, il le fera toujours. » Mais en réalité, dans cet ouvrage, le présent n’est pas à employer comme nous l’entendons. C’est le présent du personnage qui vit l’histoire, et pas celui qui la raconte. J’avoue avoir eu du mal à suivre à certains moments. Enfin, en plus du personnage d’Oscar, certaines scènes ou réflexions du narrateur ne sont pas cohérentes. Je n’ai pas compris la scène où il déclare qu’il va se suicider, et où, dans le même paragraphe, il passe à une autre idée sans préambule, sans nous dire pourquoi il a renoncé à l’idée, ce qu’il s’est passé dans sa vie. Les paragraphes sont peut-être mal agencés. Enfin, le manque de dialogue est un peu pesant. On ne se rend pas compte que les personnages parlent, tout est filtré par le narrateur, qui ne relatent que trois fois directement les paroles des autres personnages.

J’ai trouvé la fin très surprenante mais un peu courte, tout comme le livre en lui-même. Certaines idées sont vraiment à développer. Le fond est vraiment super, l’auteur a clairement du potentiel, mais la brièveté du livre fait que l’on n’a rien le temps de voir passer, que l’on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, et qu’eux-mêmes n’ont pas le temps d’organiser leurs pensées.

 

En définitive, une excellente idée sous-jacente mais un livre trop court et assez contradictoire. Le potentiel est là, mais le développement des idées manque.       

Les Mots de Jean-Paul Sartre

Posté : 30 octobre, 2013 @ 12:26 dans Avis littéraires, Coup de cœur | Pas de commentaires »

Les Mots de Jean-Paul Sartre dans Avis littéraires couv58628648-177x300Genre : Autobiographie, Classique

Editeur : Folio

Année de sortie : 1995

Nombre de pages : 206

Synopsis : J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’Octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait …

 

Avis : J’étais très réticente à lire Jean-Paul Sartre. Je m’attendais à ne pas aimer du tout, à m’ennuyer aussi un peu. Je ne savais pas encore à quel point je me trompais !

L’auteur nous livre ici une autobiographie qui peut aussi bien être un essai sur la lecture et l’écriture, l’emboîtement des deux, le passage de l’une à l’autre. L’œuvre est divisée en deux parties : Lire et Ecrire, ce qui montre bien une progression d’un état à un autre. Je connais beaucoup de personnes qui lisent et qui, finalement, se sont mises à écrire, parce qu’il semblerait que la lecture mène irrémédiablement à l’écriture (pas pour tous bien sûr). Ce n’est évidemment pas pour autant qu’un grand écrivain sommeille en chaque lecteur, mais sans doute, chaque personne qui lit à l’imagination requise pour, à son tour, écrire, inventer une histoire, des personnages, un décor. Ici, Sartre découvre sa vocation : baigné dans les livres, la lecture, la littérature, lui aussi écrira.

On ne plonge pas directement dans l’enfance de l’écrivain : l’on découvre tout d’abord ses parents, ses grands-parents, ses oncles, tantes. Il commence par sa famille pour aboutir à sa naissance. Il découvre les livres très jeunes, et je me suis parfois reconnue dans les descriptions qu’il fait de la lecture enfantine. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être surprise et de me dire : « Hé mais moi aussi je faisais ça ! ». Il décrit la lecture comme une voix que l’on entend, la voix de l’écrivain qui nous parle à travers son livre. Sa mère lui racontait des histoires, et il a voulu lire seul. Chaque enfant à qui l’on fait la lecture finit par passer par le stade dont il parle : il fait semblant de lire, invente une histoire pour faire comme les grands. Sartre se décrit aussi comme un enfant, on peut le dire, arrogant, qui a besoin du regard de sa famille et qui est sûr d’être le centre de leur monde, et même du monde : il a besoin de lui, il se doit d’agir comme il se doit. Cela m’a fait penser à Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb, sa biographie de 0 à 3 ans, dans laquelle elle se dit essentielle, Dieu pour les autres, qui doivent la vénérer. Certains passages de Lire m’ont fait sourire ou rire : l’auteur garde son humour, même quand il parle de désespoir puéril. L’on voit également que l’éducation marque les individus à vie, puisque souvent, l’auteur avoue avoir mis vingt ans pour se débarrasser d’une opinion que les adultes lui avaient insufflée.  

La transition entre Lire et Ecrire se fait tout naturellement. Encore une fois, je m’y retrouvais : à force de lire, l’enfant a aussi envie de créer ses propres histoires, de s’inventer des personnages fictifs dont il pourra faire ce qu’il voudra. L’auteur a commencé par mimétisme, en plagiant les œuvres qu’il avait lues, puis en les modifiant, et finalement, en en créant des inédites. J’ai préféré la première partie à la deuxième : il y a plus de retours dans le présent, plus d’interventions de l’auteur à l’âge où il écrit. Elles cassaient le récit, faisaient un peu oublier où l’on s’était arrêté. Cela n’a pas pour autant gâché mon plaisir. Sartre nous parle à un moment des écrivains et de leur opinion sur leurs livres : sa description est intéressante et il nous dit même ce qu’il pensait de ses œuvres.

L’on peut dire que les livres ont permis à Sartre de découvrir la vie, qu’il s’est forgé une identité avec eux, qu’ils lui ont appris beaucoup de choses, qu’ils ont largement influencé sa vie, et l’ont finalement amené à en faire son métier. Quand on lit, l’on a tendance à s’identifier aux personnages, à entrer dans l’histoire, à imaginer comment cela aurait pu se passer autrement, à apprendre certaines choses sans y faire attention, à s’éduquer un peu par soi-même, à découvrir de nouvelles qualités, de nouveaux défauts, des choses dont personne ne nous avait parlé avant. Lire sert à quelque chose : cela sert à se faire notre propre personnalité, à changer d’opinions sur certaines choses, à les voir autrement, par les yeux d’autres différents de nous. Spontanément, on ne lit pas pour analyser le texte que l’on a sous les yeux, mais pour s’intéresser à l’histoire, découvrir ou comprendre certaines choses, idées, concepts.

 

En définitive, Les Mots est un livre enrichissant, qui nous montre la vocation d’un grand écrivain, mais qui nous fait aussi découvrir la lecture enfantine, l’écriture qui suit, l’influence des autres sur les enfants, de l’Histoire sur les individus. C’est vraiment intéressant, je le conseille à tous ceux qui lisent !          

 

 

L’Education sentimentale de Gustave Flaubert

Posté : 29 octobre, 2013 @ 2:36 dans Avis littéraires | 2 commentaires »

L'Education sentimentale de Gustave Flaubert  dans Avis littéraires couv43915657-178x300Genre : Classique

Editeur : Pocket

Année de sortie : 2012

Nombre de pages : 519

Synopsis : Frédéric Moreau, jeune bachelier provincial, « tourne dans son désir comme un prisonnier dans son cachot ». Il se croit destiné aux plus grandes passions et aux succès littéraires et artistiques. En 1840, sur le pont d’un bateau, il est troublé par le charme de Mme Arnoux, femme d’un marchand de tableaux. Mais les années s’écoulent, les rêves s’effritent, et son amour lui-même s’étiole au contact de la vie parisienne. Mme Arnoux restera pourtant l’adoration de son adolescence, l’amante et la mère qui aurait pu le préserver de la vulgarité du monde. Le public et la critique de l’époque ne comprirent pas ce roman mélancolique des ambitions déçues, qui allait cependant servir de modèle à toutes les générations à venir … 

 

Avis : La couverture de cette édition montre déjà bien le sujet et l’obsession du personnage principal : une femme. Et l’on peut dire, sans mentir, que le roman tourne autour d’elle, ou, en tout cas, qu’il revient toujours à elle.

Tout commence sur un bateau. L’on découvre le héros du roman, Frédéric Moreau, alors âgé de 18 ans, qui rentre chez lui à Nogent, voir sa mère. On découvre les personnes qui l’entourent, le paysage, et il rencontre Mme Arnoux. Cette scène est courte, mais riche en émotions. C’est une rencontre sans paroles, tout en regards et en gestes. Et elle déterminera tout le roman, toutes les actions de Frédéric, les conséquences qu’elles auront sur son entourage, proche comme éloigné. Mme Arnoux devient le centre de la vie de Frédéric sans qu’ils se connaissent. L’on pourrait dire que l’histoire d’amour avorté de ce couple est l’intrigue principale du roman. L’on voit comment les scènes s’imbriquent, l’on comprend pourquoi cela se passe de telle façon et pas d’une autre grâce au recul que nous offre le point de vue omniscient. Et l’on se rend surtout compte de toutes les occasions manquées des personnages, de tout ce qui aurait pu mieux se passer, de la lâcheté de certains, de la bêtise d’autres, de l’égoïsme aussi. On ne peut s’empêcher de se dire : et si Rose n’était pas apparu ? Et si Mme Arnoux avait été moins vertueuse ? Mais les deux « amants » ne font que se croiser, et quand ils se rencontrent vraiment, c’est toujours pour séparer un long moment. Mais même ces séparations ne parviennent pas à briser l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, et, sans rien se dire, ils se comprennent. Parfois, certains actes de l’un ou de l’autre, dans leur passion, les dérangent ou les blessent, et ils cherchent à se rendre la pareille. Certaines scènes sont bouleversantes, l’on comprend aisément certaines réactions, certaines paroles, et les non-dits sont hurlés par les regards. L’amour est un thème récurrent de ce livre, et les autres femmes,  même si elles parviennent à séduire et à attirer l’attention du héros, n’arrivent jamais à lui faire oublier son unique amour, celui qu’il n’aura jamais et qu’il convoitera toujours.

D’autres thèmes ne cessent de revenir dans cette œuvre, notamment l’argent et la politique. Le premier est recherché par presque tous les personnages ; en tout cas, tous en ont besoin, et il manque souvent à ceux qui désirent réaliser de grands projets. Il est la cause de beaucoup de problèmes, et influence les relations entre les personnages, amis ou ennemis. Il est aussi l’objet de convoitise, par les héritages ou les achats d’actions. Certains parviennent à l’obtenir, et d’autres le perdent de façon absurde. La politique est également beaucoup représentée. D’ailleurs, les scènes la concernant sont lourdes, et m’ont, à force, ennuyées. Les personnages s’en occupant sont ridicules, et se contredisent à tout bout de champ ; les Républicains sont qualifiés de vertueux, alors qu’une scène à la Chambre les montre vicieux comme jamais ; les idées des personnages secondaires les poussent à dire des choses qui ne leur valent rien de bon (Sénécal par exemple), et tous finissent par virer de bord, ou par abandonner complètement la politique. A un certain moment, les scènes politiques m’ont tellement agacées (ils disent toujours la même chose !) que j’ai hésité à sauter quelques passages mais non (pas possible, j’aurais trop de remords …).

Les personnages sont très réalistes, et donc complexes. J’en ai apprécié certains, détesté d’autres. Je me suis attachée à Frédéric, même si certains de ses actes m’ont paru immoraux ou ridicules. Ainsi, il ne parvient pas à prendre la défense de son pays, à s’engager en politique et même à trouver un emploi. A peine a-t-il touché son héritage qu’il dilapide les trois quarts pour des bagatelles. Bien qu’il veuille rester fidèle à son amour, c’est un homme, et il finit par succomber aux charmes d’autres femmes. Comme dans Madame Bovary, les scènes ne sont jamais explicites, il faut les deviner, comprendre que telle personne est devenue la maîtresse de tel autre. Frédéric m’a semblé impulsif, lunatique : il peut prêter la moitié de sa fortune en trente secondes, acheter des choses qui ne l’intéressent pas parce qu’on l’en presse, être furieux contre quelqu’un pour un motif sans importance. Et toutes ses ambitions finissent par tomber à l’eau : il ne devient ni l’amant de la femme qu’il aime, ni député, ni ministre, ni rien du tout. Mme Arnoux semble être la seule femme vertueuse du livre : même si elle tente de céder à ses passions, quelque chose la retient toujours, elle ne parvient jamais à se laisser aller, et perd ce qui aurait pu la rendre heureuse. Elle m’a fait de la peine, et elle m’a paru courageuse dans un sens, et lâche d’un autre parce qu’elle n’ose jamais. Tous les autres personnages m’ont paru ridicules à un certain moment : Arnoux avec ses maîtresses et sa femme, ses multiples commerces et ses dettes, Vatnaz avec sa rancune futile et ses airs de grande dame, les amis de Frédéric, qui le manipulent, lui demandent toujours de l’argent et changent d’avis comme de chemises. Deslauriers le trahit même plusieurs fois ! Rosanette et Louise, par contre, m’ont fait de la peine, et Dussardier m’a semblé être le seul véritable ami de Frédéric. Sa mère n’est pas très présente : elle désire simplement que son fils ait une bonne situation et de l’argent.

La dernière scène où l’on voit Mme Arnoux m’a ému. Tout est fini, jamais ils n’auront pu être ensemble, elle part, il reste. La fin réunit deux personnages aux relations tumultueuses, mais qui s’aiment d’un amour fraternel, et ne peuvent se détester bien longtemps.

 

C’est donc un roman agréable, un peu long à des moments, mais intéressant. Il montre la mélancolie d’un amour perdu sans qu’il n’ait jamais été acquis, et l’on y retrouve certains traits du Romantisme dans le comportement de Frédéric.         

Madame Bovary de Gustave Flaubert

Posté : 24 octobre, 2013 @ 12:02 dans Avis littéraires | 4 commentaires »

Genre : ClassiqueMadame Bovary de Gustave Flaubert  dans Avis littéraires couv52967645

Editeur : La Bibliothèque

Année de sortie : 2009

Nombre de pages : 545

Synopsis : C’est un géant. La taille haute, le corps massif, le regard clair, Flaubert, né la même année que Baudelaire à l’hôtel-Dieu de Rouen où son père est chirurgien, est le Viking de la littérature. Il consacrera cinq ans à Madame Bovary, rivé à sa table de travail, moine au service de l’art, écrivant quelques lignes par jour, raturant, reprenant, corrigeant inlassablement, se tuant à la tâche. Comme Stendhal ou Baudelaire, Flaubert cherche une issue au romantisme. Il l’achève, au deux sens du mot, comme Bonaparte achève la Révolution : il l’accomplit et il y met fin. Madame Bovary se situe à la jonction entre romantisme et naturalisme. Madame Bovary paraît d’abord en 1856 dans la Revue de Paris, fondée par Maxime Du Camp quelques années plus tôt. Du Camp, toujours amical, avait écrit à Flaubert : « Tu as enfoui ton roman sous un tas de choses bien faites, mais inutiles. On ne le voit pas assez. Il s’agit de le dégager. C’est un travail facile. Nous le ferons faire sous nos yeux par une personne exercée et habile. » Au dos de la lettre de Du Camp, Flaubert écrivit simplement : « Gigantesque ». Dans le rôle inattendu de critique littéraire, Mgr Dupanloup, cité par les Goncourt, crée la surprise en voyant plus juste que Du Camp : « Madame Bovary ? Un chef-d’œuvre, Monsieur. Oui, un chef-d’œuvre pour ceux qui ont confessé en province. » Avec Balzac, le visionnaire, avec Stendhal, le Milanais égoïste et mélomane, Flaubert, le bûcheron, le besogneux qui sent l’huile, diront ses adversaires, le patron, diront ses partisans, est l’un des trois fondateurs de notre roman moderne.

 

Avis : Comment ne pas connaître Madame Bovary ? Il fait partie de ses classiques dont on entend parler régulièrement, dont on connaît l’histoire, mais que l’on n’a jamais lus. Peut-être que le fait d’entendre trop parler d’un livre nous dissuade de le lire. Etudes littéraires obligent, je me suis lancée dans cette lecture, qui ne m’a pas laissé la même impression que certaines personnes qui m’en avaient parlé.

Les premières pages nous présentent un personnage ridiculisé tout le long du livre : Charles Bovary. Dès le début, il est présenté comme un garçon timide, mal à l’aise et un peu stupide, qui ne comprend pas ce que l’on veut de lui, et qui n’agit jamais comme on  le voudrait. On peut se demander qui raconte la première scène, puisque l’auteur utilise un « nous », qui ne reviendra jamais dans toute l’œuvre, écrite à la troisième personne, même si parfois, on se retrouve dans la tête de certains personnages, comme Emma lorsqu’elle rêve. Cette première entrée en matière nous montre déjà que l’auteur ne semble pas porter ses personnages dans son cœur et qu’il risque de les malmener au fil des chapitres.

Nous découvrons Emma dès le deuxième chapitre de la première partie : le fait qu’elle ne soit pas présentée en premier peut montrer que, tout le long du livre, elle sera reléguée au second plan. Elle l’est déjà ici par l’auteur. Déjà, dans ses pensées, on comprend qu’elle a longtemps rêvé l’amour, et elle jette ce désir sur le premier homme qui la remarque, à savoir Charles Bovary, à qui elle ne correspond absolument pas. Elle rêve de voyages, de Paris et de libertés, quand lui préfère la stabilité, son chez-lui. Ils se ressemblent si peu, que l’on se demande vraiment pourquoi ils finissent par se marier. Par la suite, Emma se rend compte que son rêve est impossible, en tout cas avec Charles, et elle décide de l’humilier en cachette, en prenant un amant. Elle pense vraiment qu’elle sera heureuse de cette façon et qu’elle ne sera pas une maîtresse comme les autres, qu’elle sera aimée plus que les autres, et même exclusivement. Avoir un amant est pour elle fantastique. Mais elle finit par être abandonnée et pense au suicide. Pourquoi continuer à vivre sans amour ? Elle l’oublie pourtant, la peur de la mort l’empêchant de passer à l’acte. On se rend vite compte qu’Emma est très égoïste : elle ne se soucie de Charles que rarement, dans des espèces d’excès de tendresse, et sa fille est très peu mentionnée par elle, excepté quand elle va la rechercher chez la nourrice. Elle ne pense qu’à elle, et ne fait pas attention aux choses matérielles comme l’argent, qui finira par lui manquer. Elle ne se prive de rien, et par là, prive son mari et sa fille de quelque chose qui leur revient pourtant de droit. Elle en veut à Charles de l’avoir épousé et reporte sa haine sur lui. Elle ne se remet pas en question et finit par fuir les problèmes de façon définitive.

Les autres personnages, comme le pharmacien Homais, ont parfois autant d’importance que les personnages principaux. Ils prennent le dessus sur les autres, comme Rodolphe et Léon avec Emma, ou Homais, qui est le dernier personnage dont on parle, le seul qui ait atteint son but. Lorsque l’auteur nous livre les pensées des amants d’Emma, l’on se rend compte que l’amour n’est pas réciproque, et même, on sait qu’Emma ne les aime pas non plus. Elle les désire, se raccroche à eux pour échapper à l’ennui de sa vie. Ils ne semblent rien ressentir à sa mort. Seul Justin, qu’Emma ne considéra jamais vraiment, éprouve quelque chose lorsqu’elle meurt.

La vie d’Emma est marquée par de multiples émotions fortes. Elle est l’incarnation du Romantisme. Tout d’abord, elle rêve d’amour à la lecture de certains livres, puis elle se marie, pensant qu’elle va connaître la passion que les ouvrages lus lui ont montrée. Mais elle ne la trouve pas auprès de Charles. Elle la découvre avec ses amants ; puis la ferveur religieuse, la haine, le suicide. Emma semble être une force qui veut aller, mais qui ne peut pas trouver le bonheur qu’elle recherchait.

On découvre, à la fin du livre, qu’Emma, qui se croyait aimée, n’est pas même respectée par les autres personnages. A sa mort, personne ne semble vraiment ressentir de tristesse à part l’homme qui l’a aimé et qu’elle a détesté : Charles. Les autres s’ennuient, mais restent par politesse. A son enterrement, certains ne viennent pas, d’autres négligent les codes vestimentaires. Personne n’a réellement de compassion pour elle. Bien qu’elle soit décrite dans le roman comme belle, délicieuse, majestueuse comme une reine parfois, elle n’est pas aimée, comme elle l’a toujours voulu.   

A la fin du roman, les morts des personnages sont présentées de façon particulière : quand celle d’Emma est longue et douloureuse, celle de Charles est très rapide, il ne s’en rend sans doute pas compte. Elles sont à l’image de leur vie. Emma meurt de façon spectaculaire quand Charles s’éteint de façon insignifiante. De plus, il est « vide », comme sa vie.

Tout le long du livre, l’auteur nous montre son habileté stylistique. Les choses ne sont jamais vraiment dites, elles sont souvent implicites, sous-entendues, et l’on met parfois du temps à les comprendre. Par exemple, la scène de la calèche avec Léon est significative, comme la promenade dans les bois avec Rodolphe. Mais l’auteur ne dit pas clairement ce qui se passe, il le laisse entendre en donnant juste des indices spatio-temporels, ou des réflexions que se fait Emma après l’action. C’est très subtil, et cela donne encore plus de relief à l’histoire.

 

En fin de compte, j’ai bien aimé ce classique, qui montre bien les opinions de Flaubert sur le romantisme et les femmes qui s’imaginent trouver la vérité dans les livres. C’est une œuvre riche très agréable à lire.   

 

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